CHAPITRE DIX-SEPTIEME
fantei'ie, cinq mille de cavalerie (1) et, probablement, deux mille cinq cents des autres armes), était en très-bon état, pourvue de cent bouches à feu bien attelées, bien approvisionnées (2). Dans l’autre moitié, vingt mille . hommes au plus étaient armés, l’artillerie manquait à peu près complètement (3) ; mais ces vingt mille hommes, remis, maintenant, assez bien en ordre, étaient susceptibles de grands efforts ; et les fusils, les canons qui faisaient défaut allaient sans doute arriver bientôt de Paris.
Avec toutes ses forces, Grouchy pouvait donc agir, manœuvrer, retarder la marche de l’ennemi, donner au gouvernement quelque temps pour prendre des mesures de défense.
Mais où était l’ennemi? Le maréchal n’allait pas tarder à le savoir. Soit avis reçu, soit prévision, il s’inquiéta du flanc gauche de l’armée, si négligé par So-ult ; et, dans la soirée, il ordonna à d’Erlon d’aller occuper Compïègne, en le faisant appuyer par Kellermann. Les quatre divisions d’infanterie du premier étaient réduites à quatre mille six cent quarante-trois hommes, officiers compris ; et il n’avait que six bouches à feu, qu’on venait de lui adjoindre (4). Le second comptait seulement 1,462 hommes à cheval, sans un seul canon (5).
D’Erlon, pressant le pas, marcha toute la nuit ; mais, à cinq heures du matin, ses éclaireurs, en arrivant devant Compiègne, se heurtèrent à ceux des Prussiens.
(1) Lettre de Groacliy au ministre de la guerre, datée de Réthel, le 24 juin (Archives Au dépôt de la guerre).
(2) Grouchy avait tiré des munitions de Mézières.
(3) Les corps de Kellermann et de Milhaud, notamment , n’avaient pas sauvé une seule pièce. (Post-scriptum d'une lettre de Kellermann à Soult, du 24 juin. — Archives du dépôt de la guerre.)
(4) Situation du 26 juin signée par le chef d’état-major du l'c corps (Archives du dépôt de la guerre),
(5) Situation du 24 juin, signée par Kellermann.
WATERLOO
Jagow, dirigé, on l’a vu, sur cette ville par Zieten, avait marché aussi toute la nuit; et, depuis une demi-heure, il l’occupait avec sa division et quelque cavalerie.
D’Erlon attaqua immédiatement ; mais, après un engagement de peu de durée, il apprit, des paysans en fuite devant l’invasion de leurs villages, que toute l’armée prussienne approchait; et il battit en retraite, défilant par sa gauche, gagnant Senlis par Verberie, afin d’aller se placer en face des corps qui devaient être sur 1e point d’occuper, qui avaient occupé déjà peut-être Pont-Sainte-Maxence et Creil et ne pouvaient tarder à en déboucher.
Il expédia ensuite à Grouchy avis de son mouvement et de celui de l’armée prussienne.
Les euirassiers de Kellermann, précédant l’infanterie de d’Erlon, atteignirent Senlis vers dix heures du soir. Mais, comme ils y entraient, ils furent accueillis par une fusillade qui les força à rebrousser chemin. L’ennemi était déjà dans la ville. D’Erlon, voulant éviter un combat de nuit, ne pas compromettre sa troupe, cherchant à couvrir de son mieux la gauche et les derrières de l’armée, appuya vers Montl’Évêque, où il prit position sans être inquiété.
Sur l’avis heureusement envoyé par d’Erlon, Grouchy avait écrit à Vandamme de diriger, « sans perte d’une minute, » et des points où elles se trouveraient au reçu de l’ordre, toutes ses divisions sur la Ferté-Milon, d’où elles gagneraient Dammartin par Azy. Lui-même avait mis en marche sur Villers-Cotterets toute la partie de l’armée réunie autour de Soissons.
La hâte était, en effet, bien nécessaire; on était exposé à payer bien cher la négligence incroyable de Soult.
Zieten avait passé l’Oise à Corapiègne, porté trois de ses divisions au delà de la forêt jusqu’à Bethencourt et faisait avancer la quatrième, commandée par Pirch 11, avec de la