CHAPITRE DIX-HUITÎÈME
du canal de Saint-Denis, à une demi-lieue de cette ville, était au pied de la ligne de nos retranchements. Défendu par un seul bataillon, il avait été emporté après une vive résistance. La faible troupe qui l’occupait, n’étant pas soutenue, s’était repliée en bon ordre dans les fortifications ; et l’action avait dégénéré en une fusillade insignifiante de plusieurs heures.
Cependant, la ferme contenance de nos soldats et une reconnaissance soigneusement faite de la ligne de nos retranchements avaient convaincu Blûcher que, même avec le secours des Anglo-Hollandais, il serait impossible de la forcer.
Ceux-ci étaient encore éloignés. Leur avant-garde ne devait pas dépasser Louvres dans la journée; et, le soir, ils se trouveraient échelonnés de là à Pont-Sainte-Maxence, ayant même trois divisions formant plûs du tiers de leur infanterie et toute leur artillerie de réserve, sur ce dernier point, à plus de dix lieues des Prussiens.
Ce fut dans une telle situation de leurs armées que Blûcher et Wellington, qui, dans l’après-midi, était venu conférer avec le général prussien, résolurent d’opérer au sud de Paris, avec une partie de leurs forces.
Grâce à la négligence de Napoléon, continuée par le pouvoir exécutif, par Davout, Paris, sur» la rive gauche de la Seine, était resté sans fortifications. Trois ou quatre redoutes à peine ébauchées, voilà tout ce qu’on avait fait, de ce côté, avant comme depuis Waterloo; en ce moment même, on n’y comptait pas trois cents terrassiers.
Les généraux ennemis le savaient; Fouché ne le leur avait pas laissé ignorer; et c’était là ce qui déterminait, maintenant, leur plan d’opérations.
Ce plan était de porter toute l’armée prussienne sur la rive gauche de la Seine, et d’investir avec elle Paris par les
xWATERLOO.
collines qui le dominent au midi; d’intercepter ses communications de ce côté encore, de l’alarmer pour ses approvisionnements , pendant que l’armée anglaise viendrait s’établir à la place des Prussiens devant nos retranchements du nord.
; Impatient, on passa, sur-le-champ, du projet à l’exécution.
Vers cinq heures du soir, le corps de Thielmann, qui, dans la matinée, s’était porté de Dammartin à Gonesse, se dirigea, par Argenteuil, sur Saint-Germain, poussant en avant de lui la brigade de cavalerie de Sohr (1), pour appuyer en toute hâte une colonne volante qui avait surpris le pont sur la Seine au Pecq, au pied même de la hauteur sur laquelle est bâti Saint-Germain.
Le corps de Zieten suivit ce mouvement cinq heures plus tard, marchant sur Maisons, village situé en aval de cette ville et possédant un pont. Avec un peu de prévoyance, du côté des Français, ce pont aurait été détruit. Il n’était pas même gardé.
Pour dissimuler cette manœuvre, Zieten eut ordre de laisser ses avant-postes devant nos lignes ; et Bülow garda ses positions.
Le lendemain 1" juillet, vers six heures du matin, Bülow mit en marche sur Saint- Germain, par Argenteuil, toute sa cavalerie, son artillerie de réserve avec une de ses divisions d’infanterie, et, plus tard, dans l’après-midi, au fur et à mesure de l’arrivée des premières divisions anglaises, le reste des troupes prussiennes.
Vers midi, l’armée de Blücher était ainsi disposée : la brigade de cavalerie de Sohr arrivait sur Versailles, ayant à
(l) Celte brigade clait délaehce du corps de Pirch I, laissé, comme on l’a vu, sur la Sambre,