CHAPITRE DIX-HÜITIEME
quelque distance en arrière la colonne volante qu’elle avait ralliée au Pecq ; Zieten et Thielmann -étaient établis sur Saint-Germain ; Bülow avait sa cavalerie et une division d’infanterie à Argenteuil, ses autres troupes dans la plaine Saint-Denis.
Wellington n’avait pas môme fait faire une marche de nuit à ses colonnes; et c’était à peine si, en ce moment, quinze mille de ses soldats approchaient de nos lignes. Le tiers de son armée et son artillerie de réserve étaient bien en arrière de Louvres; le reste s’allongeait entre ce point et le Bourget.
Les deux armées ennemies, ainsi éparpillées sur une ligne de plus de quinze lieues, réduites, par les détachements laissés sur leurs lignes d’opérations et par les fatigues de la route, à moins de cent dix mille hommes, étaient à la merci de Davout. Ce maréchal disposait, en effet, les situations officielles le prouvent (1), de soixante et onze mille hommes de toutes armes, armés, équipés, dont quinze mille de cavalerie, de six mille tirailleurs, car il en avait fait armer trois mille de plus que Napoléon, de la garde nationale dq Paris, de mille hommes de la garde nationale active des départements. Le service de l’artillerie des retranchements était assuré par des canonniers de la ligne, de la mariné, des Invalides, par des compagnies des écoles, aidées de pointeurs pris dans la ligne.
Davout connut les mouvements de l’armée prussienne dans la matinée de très-bonne heure, peut-être la veille. S’il fût sorti des retranchements , vers sept ou huit heures du matin, même à dix, avec cinquante mille hommes, il pouvait donc culbuter, détruire Bülow, qui n’en avait plus vingt mille, et, marchant ensuite à la rencontre de l’armée an-
(1) Archives du dépôt de la guerre. Voir note R poui’ le délai!.
WATERLOO
glaise fractionnée eu colonnes de marche, lui faire subir un échec des plus signalés, la rejeter au delà de l’Oise.
Les corps de Zielen et de Thielmann, aventurés à Saint- Germain, coupés de leur ligne d’opérations, n’auraient pas ensuite échappé à un désastre.
Blücher, malgré sa fougue juvénile, Wellington, si sagement mesuré, avaient certainement prévu le sort auquel ils s’exposaient en opérant comme ils le firent. Aussi avaientils compté, a-t-on dit, et tout le démontre, sur l’inertie de l’armée française, que Fouché leur garantissait.
Davout, si docile sous la main du traître, ne le fit pas manquer à sa promesse.
La nouvelle du mouvement des Prussiens sur la rive gauche de la Seine s’était répandue parmi les troupes campées dans les retranchements; généraux, officiers et soldats attendaient avec impatience, réclamaient à grands cris l’ordre de sortir des lignes ; Vandamme faisait dire que les colonnes prussiennes étaient à Saint-Germain. Davout, résolu à laisser liberté de manœuvre à l’ennemi, trompa toutes ces ardeurs en faisant exécuter une faible attaque contre Aubervilliers, et des démonstrations sans plus de portée sur d’autres points; il écrivit à Vandamme, qui réunissait sous son commandement toutes les troupes de la rive gauche, de lancer Exelmans vers Saint-Germain, par Versailles, et de te soutenir avec les 3® et 4® carps d’infanterie ; il ordonna au corps de d’Erlon, à la garde, de se tenir prêts à marcher, au premier moment, pour appuyer cette opération, en allant passer la Seine au pont de Neuilly; il annonça qu’il préparait tout pour une grande bataille ; puis, avant dix heures, il partit pour Paris.
Il y était appelé par Fouché, qui avait besoin de sa présence à une sorte de conseil de guerre qu’il avait convoqué, pour cet instant de la journée, aux Tuileries,