CHAPITRE DlX-IIHlTIÈiME
Quand on ne veut pas se battre, on réunit un conseil de guerre : c’est une règle générale; et Ton est presque sûr d’y trouver une majorité pour les déterminations les moins généreuses, les plus faibles. Fouché connaissait la règle et l’appliquait, se croyant bien certain, d’ailleurs, du résultat de la délibération, par la composition même de son conseil.
Il l’avait formé des membres du pouvoir exécutif, des ministres, des présidents, vice-présidents et secrétaires des deux chambres, des maréchaux Masséna, Soult, Lefebvre et Grouchy, des généraux Gazan, Évain et Mouton-Duvernet.
Davout ouvrit la discussion par un exposé rapide de l’état des forces concentrées sur Paris, de leurs positions, des mouvements des armées ennemies; et il en conclut imperturbablement que la résistance était impossible.
Carnot, qui venait de visiter les deux rives de la Seine avec le général Grenier, résuma l’avis de celui-ci et le sien : « Les travaux de campagne exécutés sur la rive droite étaient suffisants pour mettre Paris, de ce côté, à l’abri de toute insulte; mais, sur la rive gauche, tout était à découvert, le champ restait libre aux entreprises de l’ennemi. Les Prussiens avaient réussi à porter la masse de leurs forces de ce côté, et paraissaient disposés à attaquer. Sans doute, il serait facile de les repousser, mais ils pourraient, ou revenir à la charge après avoir fait leur jonction avec l’armée anglaise, ou se retrancher sur la ligne de hauteurs qui s’étend, à gauche, de Sèvres vers Meudon, à droite, vers Saint- Cloud; et, dans cette position, ils donneraient aux autres armées de la coalition le temps d’arriver, de compléter l’investissement de Paris, de le réduire par défaut de subsistances, de couper toute retraite ànos troupes, et de les forcer à se rendre à discrétion. »
Paris était découvert au sud, grâce à l’incurie de Napo-
WATERLOO
léon continuée par le pouvoir exécutif, dont Carnot faisait partie ; les Prussiens avaient franchi la Seine, parce que ce même pouvoir n’avait pas eu la vulgaire précaution d’en faire détruire ou garderies ponts. Tout cela était vrai, mais cela seul était vrai. Il n’y avait pas à craindre Injonction des armées prussienne et anglaise ; car, en ce moment même, il ne fallait qu’une détermination un peu vigoureuse pour détruire la plus grande partie de l’une, et battre, repousser l’autre au delà de l’Oise. Mais, dans le cas où ne se ferait pas cette manœuvre, que le bon sens du dernier soldat indiquait, il était encore inadmissible qu’Anglais et Prussiens se réunissent où l’indiquait Carnot; car il aurait fallu, pour cela, qu’ils renonçassent complètement à leurs lignes d’opérations, sans pouvoir en prendre une autre qui leur offrît la moindre sécurité.
Il n’était pas à craindre davantage que les Prussiens vinssent s’établir sur les hauteurs entre Meudon et Saint- Cloud , car on avait tout le temps de les y prévenir ; et puis cette position même , si on les laissait bénévolement l’occuper, pouvait être tournée par Suresnes et Neuilly.
Le 30 mars 1814, il y avait quinze mois seulement de cela, et Carnot l’oubliait, vingt mille hommes, n’ayant pas une redoute, pas un fossé pour se couvrir, avaient défendu le nord de Paris, toute la journée, contre une armée combinée deux fois plus forte que celle de Wellington.
Aujourd’hui, les abords de ce côté étaient garnis de retranchements, pourvus d’une nombreuse artillerie. En y laissant douze mille hommes de troupes de ligne, en y envoyant six mille tirailleurs de la garde nationale, chiffre qui, avec une simple distribution de fusils, serait porté à quinze mille, on pouvait assurer la défense de Paris au nord contre les Anglais, pendant qu’avec soixante mille