CHAPITRE DIX-HUITIËME
hommes on marcherait aux Prussiens qui viendraient l’attaquer au midi.
L’armée anglaise, mutilée à Waterloo, avait bien diminué de valeur (1).
Quant aux autres armées de la coalition, on n’aurait pas à compter avec elles sous Paris, avant le 10 juillet; et, à cette époque même, elles ne pourraient y porter que le coi’ps bavarois et l’avant-garde russe, qui maintenant étaient encore à quatre marches de Châlons-sur-Marne. Ce serait, il est vrai, plus de soixante mille hommes, que viendraient appuyer successivement, à peu de jours de distance, plus de deux cent mille Russes, Wurtembergeois, Autrichiens, etc., suivis eux-mêmes de fortes réserves. Mais, d’ici là, si on battait, comme cela était très-possible, certain même, les Prussiens elles Anglais, l’effet moral de la victoire serait assez puissant pour soulever la nation, pour la pousser aux résolutions extrêmes; et, devant un pareil mouvement, les souverains alliés hésiteraient sans doute à poursuivre la guerre à outrance. Ils consentiraient à une transaction non indigne d’une grande nation. C’est une œuvre terrible, même avec les forces les plus considérables, que de soumettre un peuple de trente millions d’âmes, luttant pour son indépendance.
En tout cas, lors même qu’on voudrait capituler, mieux
(!) Wellington écrivait, le 25 juin, au ministre Bathurst : « Nous sommes en bien mauvaise position ; nous n’avons pas le quart des munitions que nous devrions avoir; et je crois vraiment qu’à l’exception de ma vieille infanterie d’Espagne, j’ai non-seulement la plus mauvaise armée, mais encore la plus mal équipée et le plus mauvais état-major qu’on ait jamais réunis. » {The dispatches^ etc., t. XII.)
En faisant une large part à l’exagération du général qui voulait stimuler le zèle du ministre, presser l’arrivée des renforts, des approvisionnements, il reste là une preuve suffisante de la diminution de valeur de l’armée anglohollandaise.
WATERLOO
valait une capitulation après une victoire, que sous le coup d’une défaite comme celle de Waterloo.
Voilà ce qu’on aurait pu répondre à Carnot, à l’ancien rapporteur militaire du comité de salut public, aujourd’hui si déchu, à ses calculs, à ses découragements.
Mais Masséna les appuya de sa faiblesse actuelle et de l’autorité de son énergie d’autrefois. Soult les exagéra, affirmant que la rive gauche n’était pas tenable; que les ouvrages mêmes de la rive droite pouvaient être facilement forcés entre Saint-Denis et la Villette, et que l’ennemi pénétrerait, alors, pêle-mêle dans Paris avec nos troupes.
De tous ces avis bien prévus, et donnés par des militaires de grand renom, Fouché conclut, comme toujours, à la nécessité d’une soumission immédiate.
Le patriotisme, la fierté d’un vieux soldat se révoltèrent pourtant à toutes ces ignominies : le maréchal Lefebvre soutint qu’on pouvait, qu’on devait se défendre et non rechercher le deshonneur d’une capitulation désarmée. Dupont (de l’Eure), Thibaudeau, le général Gazan parlèrent comme lui ; ils furent les seuls.
Le conseil, néanmoins, n’osa assumer la responsabilité d’une résolution formelle.
Lefebvre, en démontrant que les retranchements au nord de Paris étaient susceptibles d’une longue résistance, avait demandé combien de temps il faudrait pour en construire au sud ; on trouva là le moyen d’échapper à une décision.
C’était une question spéciale, dit-on, hors de la compétence des membres non militaires qui étaient en grande majorité dans le conseil ; on invita le pouvoir exécutif à la soumettre à un autre conseil composé d’hommes de guerre; et on se sépara.
Pendant cette délibération, Exelmans avait quitté son bivac près de Montrouge et marché sur Versailles, où l’on