CHAPITRE DlX-HUlïlEME
signalait la présence des Prussiens. Outre son corps de dragons, Vandamme lui avait donné huit escadrons de chasseurs, trois de hussards commandés par Piré et un bataillon du W de ligne.
Exelmans, bien renseigné, paraît-il, sur le mouvement de l’ennemi, avait fait filer rapidement, sur sa droite, par les bois de Meudon et de Ville-d’Avray, Piré avec les chasseurs et l’infanterie, lui ordonnant d’aller se poster en embuscade en arrière de Versailles, à Rocquencourt, sur la route de Saint-Germain; et lui-même avait pris sa route par Plessis-Piquet, avec le reste de sa cavalerie.
Il arrivait près de Vélizy, à une lieue et demie en avant de Versailles, quand il donna sur une colonne prussienne. C’était la brigade de Sohr, forte de sept à huit cents chevaux. Chargée de front et de flanc, elle fut culbutée et rejetée sur Versailles. Elle essaya, mais en vain, d’y tenir. Fusillée par quelques braves gai’des nationaux accourus individuellement sur la scène de la lutte, abordée de nouveau par Exelmans, elle se replia en toute hâte vers Saint- Germain. Mais, arrivée à Rocquencourt, elle tomba dans l’embuscade tendue; et après une énergique résistance, elle y laissa son chef avec les trois quarts de ses hommes et de ses chevaux.
Un demi-bataillon de tirailleurs delà garde nationale qui s’était joint spontanément à Piré, au moment de son départ de Montrouge, se comporta fort bien dans cette affaire,
Exelmans, continuant son mouvement, parvint, vers sept heures du soir, en vue de Marly. Une division du corps de Thielmann, celle de Borcke, en sortait. Exelmans, n’ayant pas assez d’infanterie, évita le combat, et se replia, par Versailles, sur Montrouge, où il n’arriva que fort avant dans la nuit.
Il avait dû être soutenu, nous l’avons dit, par tous les
WATERLOO
corps aux ordres de Vandamme; il ne l’avait pas été : au moment même où ceux-ci s’ébranlaient, un contre-ordre de Davout avait arrêté leur mouvement. Ce contre-ordre, Davout l’avait expédié des Tuileries après avoir causé quelques instants avec Fouché. D’Erloa, la garde, qui devaient opérer avec Vandamme, avaient été laissés immobiles dans leurs bivacs.
Dans tous les camps au sud, au nord de Paris, officiers et soldats, indignés, exaspérés de l’inaction où on les retenait, de la perte d’une nouvelle journée, crièrent à la trahison ; elle était flagrante.
Ce fut, pour ainsi dire, au bruit des colères de l’armée que se tint le conseil de guerre auquel était renvoyé l’examen de la question posée, par le maréchal Lefebvre, dans la réunion des Tuileries.
Il s’assembla, au quartier général de la Villette, sous la présidence de Davout, à neuf heures du soir.
La question de Lefebvre avait engendré tout un programme d’autres questions sur lesquelles un arrêté du pouvoir exécutif appelait à délibérer « tous les maréchaux présents à Paris, les commandants de corps d’armée que Davout jugerait susceptibles d’éclairer la délibération, les généraux commandants en chef, l’artillerie et le génie et le général Gazan.»
Le même arrêté formulait ainsi ce programme :
« Quel est l’état des retranchements et leur armement, tant sur la rive droite que sur la rive gauche?
» L’armée peut-elle défendre toutes les approches de Paris, même sur la rive gauche de 1a Seine?
» L’armée pourrait-elle recevoir le combat sur tous les points en même temps?
» En cas de revers, le général en chef pourrait-il réserver ou recueillir assez de moyens pour s’opposer à l’entrée de vive force dans Paris?