‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 164 sur 198 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

» Existe-t-il des munitions suffisantes pour plusieurs combats ?

» Enfin, peut-on répondre du sort de la capitale et pour combien de temps? »

Procès-verbal de la délibération devait être dressé, signé par les maréchaux et officiers généraux présents, et expédition en devait être envoyée, séance tenante, au pouvoir exécutif.

Tous les maréchaux, alors à Paris, avaient répondu à l’appel qui leur était fait.

Les opinions se partagèrent ; la discussion fut des plus vives. Elle échappa, tout de suite, au cercle dans lequel le pouvoir exécutif voulait l’enfermer.

Les principales questions qu’il avait posées ne pouvaient recevoir que des réponses négatives ou douteuses ; et, par le motif seul qu’il les avait posées, il était clair qu’il n’attendait que ces réponses obligées pour capituler, en abritant sa responsabilité sous l’autorité de grands noms militaires.

Pour le moment, avec un peu de bonne foi et de résolution, il n’y avait pas d’autres questions à examiner que celle-ci : Y a-t-il des munitions pour plusieurs combats, des vivres pour plusieurs jours? Y a-t-il de très-grandes chances, la certitude même de succès considérables, en attaquant les armées prussienne et anglaise, dans les positions si aventurées qu’elle viennent de prendre?

Ce fut à ces termes, en effet, que les hommes de caractère voulurent réduire le débat. Les munitions étaient en abondance, les vivres assurés, dirent-ils ; les chefs de l’artillerie, de l’administration, Davout lui-même l’affirmaient; les renseignements précis qu’on avait, l’inspection de la carte ne permettaient pas même de discuter devant des militaires la certitude d’une victoire qui rejetterait les Anglo- Prussiens au delà de l’Oise; il fallait donc se battre, se hâter

WATERLOO

vers celte victoire, qui relèverait nos drapeaux abaissés par la défaite, le moral de la nation, nous donnerait quelque temps pour réunir de nouveaux moyens de défense, et nous mettrait à même d’obtenir de meilleures conditions, s’il fallait absolument traiter, quand paraîtraient devant Paris les masses parties des bords du Rhin. Ce n’est pas une attitude humble, découragée, qui désarme les prétentions de l’ennemi.

Nul n’entreprit, d’abord, de nier les chances assurées d’un grand succès militaire. Mais plusieurs, et notamment les marécliaux, répondirent qu’on avait devant soi une question politique, non une question militaire, qu’il fallait la résoudre par des considérations politiques. Or, dans leur opinion, la politique exigeait une immédiate soumission aux Bourbons. Dès que Louis XVIII remonterait sur le trône, les armées étrangères s’arrêteraient dans leur marche, évacueraient même le territoire ; la France retrouverait les libertés inscrites dans la Charte, les bienfaits de la paix, la prospérité. Il n’y avait pas à craindre des réactions violentes. La bonté, la générosité du roi, en étaient de suffisantes cautions; et Soult, Davout, Grouchy, converti au royalisme depuis son retour à Paris, Masséna, d’autres encore répétaient, à l’envi, qü’on devait se fier, en toute assurance, au cœur du chef des Bourbons, à son intérêt même, qui exigeait l’oubli des récentes injures.

Puis, sur les contradictions qu’ils rencontrèrent, ils en vinrent à soutenir qu’une victoire sur les Anglo-Prussiens aurait pour résultat d’accroître les exigences des coalisés, de réduire la France à une soumission sans conditions.

Enfin, le débat s’échauffant de plus en plus, Davout alla jusqu’à prétendre que la victoire dont on parlait avec tant d’assurance était fort douteuse, ajoutant, d’ailleurs, que toujours le destin des batailles était incertain ; et que, si l’on

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