‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 166 sur 198 · CHAPITRE DIX-HUITIËME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIËME

» 4" (Si, en cas de revers, on pourrait s’exposer à l’entrée de vive force dans Paris?)— Aucun général ne peut répondre des suites d’une bataille.

» 5® (S’il existe des munitions pour plusieurs combats?) — Oui.

» 6® (Si l’on peut répondre du sort de la capitale?) — Il n’y a aucune garantie à cet égard. »

Datée du quartier général de la Villette, à trois heures du matin, cette pièce, qui n’était pas même un procèsverbal, fut expédiée immédiatement à Fouché.

11 l’attendait avec impatience. Dès qu’elle lui fut parvenue, il réunit ses collègues du pouvoir exécutif. Après une courte délibération, ils furent unanimes sur la nécessité d’une capitulation immédiate; et ils envoyèrent àDayout l’autorisation de la solliciter.

La veille, au matin, nous l’avons dit, le maréchal s’était adressé à Wellington et à Blücher pour leur demander un armistice. L’un et l’autre l’avaient refusé par deux dépêches écrites sur-le-champ, mais en des termes bien différents. Le premier s’excusait, en quelque sorte, de ne pouvoir y consentir, forcé qu’il était de se conformer aux intentions des souverains alliés, intentions que, disait-il, il croyait connaître; et regrettait de ne pouvoir arrêter l’effusion du sang. Le second, se laissant emporter à toute la fougue de son caractère, de sa rudesse, de ses haines, déclarait qu’il voulait profiter de la victoire, menaçait Paris de toutes les conséquences d’une prise d’assaut, refusait de traiter d’aucun armistice avant d’y être entré; et voulait, ajoutaitil, y entrer pour protéger les honnêtes gens contre le pillage dont ils étaient menacés par la canaille (1).

(i) Wîf woîlen in Paris einrûckeiî, üm die refchllichen Leüle in SchullÉ 2li nclimen gegen die Piünderung, die ilinen von Seiien des Pdbels drolit.

Il, 13

Blücher gardait au cœur le souvenir irrité des bulletins de l’Empire, qui avaient injurié jusqu’à la reine de Prusse ; il renvoyait aveuglément à la plus honnête population les aveugles accusations lancées naguère par Napoléon aux patriotes de l’Allemagne.

Ainsi s’étalent formées, exaltées, accumulées, sous l’action incessante de l’ambition d’un homme, ces affreuses haines internationales, dont la France, encore une fois, devenait la victime.

De Saint-Germain, où il avait porté son quartier général, Blücher avait envoyé communication, à Wellington, de sa réponse à Davout. Le général anglais, avec ce calme, cette sûreté de jugement, traits distinctifs de son caractère, en avait été très-mécontent, et il avait cherché à ramener son allié à une plus saine intelligence de leur position commune. Il lui écrivit une lettre qu’il faut rapporter; car elle jette un grand jour sur l’état réel des choses :

« Gonesse, le 2 juillet 1815.

» Avec les forces que vous et moi avons sous nos ordres, à présent, attaquer Paris serait risquer beaucoup. Je suis convaincu qu'il serait impossible de le faire de ce côté (au nord) avec quelque espoir de succès. Il faudrait donc que l’armée que je commande traversât la Seine deux fois et gagnât le bois de Boulogne avant de pouvoir faire l’attaque ; et, même alors, si nous réussissions, nos pertes seraient très-sérieuses.

» 11 faut nous exposer à des pertes sérieuses quand cela est nécessaire; mais, ici, cela ne l’est pas. En attendant quelques jours, nous aurons l’armée du maréchal prince de Wrède, et, avec elle, les souverains alliés, qui décideront du parti à prendre ; ou, si nous le préférons, nous pouvons arranger toutes nos affaires en consealant à l’armistice proposé.

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