‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 169 sur 198 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

ôtait chargé, lui avait fait rebrousser chemin vers Paris, lui remettant une lettre où, s’adressant à Davout, il disait qu’il n’osait même pas annoncer au général en chef prussien la demande d’armistice; qu’une suspension d’armes serait accordée seulement au cas où Paris et Parmée voudraient se rendre.

Davout avait lu ; et il avait subi l’outrage fait à l’armée, à lui-même, sans songer à le punir. Les insolentes prétentions de l’ennemi ne soulevaient dans ce cœur avili que la crainte de ne pouvoir y obéir sans exciter une insurrection civile et militaire.

Fouché, partageant ses alarmes, avait expédié des affidés à Wellington et à Blücher, pour les conjurer de ne pas pousser à bout la population et l’armée. « Nous retenons à grand’peine l’une et l’autre, faisait-il dire aux généraux ennemis ; mais elles éclateront et contre nous et contre vous, s’il faut leur parler de déposer les armes. »

Le missionnaire de Fouché auprès de Blücher était le général Tromelin, le même qui avait déserté de l’armée en avant de Laon (1). L’autre était l’anglais Macirone, ancien aide de camp de Murat, le roi déchu. Tromelin arriva, dans la nuit, à Versailles, quartier général prussien ; Macirone fut retenu par nos avant-postes, qui faillirent le fusiller.

Davout, continuant à tromper l’armée, comme Fouché la population parisienne, par l’annonce d’une bataille trèsprochaine, ordonna à Vandamme de faire des démonstrations sur son front.

Vandamme avait sa gauche à Gentilly, son centre à Montrouge, sa droite repliée en arrière de Vaugirard.

Dès l’aube du Jour, il fit avancer une division sur Issy, où les Prussiens s’étaient barricadés. Elle fut repoussée. Ap-

(1) Tromelin commandait une brigade dans le corps de Lobau,

WATERLOO

puyée par une autre division, elle recommença l’attaque, et n’eut pas plus de succès, Zieten ayant fait donner presque tout son corps, pendant que Vandamme n’engageait qu’une faible partie de ses troupes.

Ce combat stérile et meurtrier continuait, quand Tromelin, de retour de sa mission, vint trouver Vandamme. Il quittait Blücher, qu’il avait escorté jusqu’à Meudon.

Le feu cessa.

Il était sept heures du matin.

Blücher, persuadé par la lettre de Wellington, par les observations de Fouché, modérait ses exigences. Tromelin allait prévenir le chef du pouvoir exécutif qu’il n’avait plus qu’à choisir des négociateurs et les envoyer à Saint-Cloud. A quatre heures du soir, ils y rencontreraient les fondés de pouvoirs anglais et prussiens.

Les bases acceptées pour la négociation étaient la reddition de Paris, la retraite de l’armée derrière la Loire.

Cette honteuse nouvelle circula bientôt dans les lignes françaises. Officiers et soldats éclatèrent en menaces, en imprécations contre Davout, Vandamme, certains maréchaux et généraux, contre Fouché et le gouvernement.

Ils étaient trahis, vendus, livrés; et criaient partout le prix donné à chacun des traîtres pour son infamie (1). Dans Paris, la fermentation devint très-grande, surtout dans les faubourgs, parmi les fédérés et les tirailleurs de la garde nationale. Mais, faute d’une audacieuse initiative, tout ce débordement de colères restait sans résultat.

A quatre heures, comme il avait été dit, les négociateurs se rencontrèrent au palais de Saint-Cloud. C’étaient, d’une part, le général prussien Müffling, le colonel anglais Hcrvey; de l’autre, Bignon, ministre des affaires étrangères

(1) Souvenirs militaires, par le général Berthezène.

Page 1