CHAPITRE DIX-HUITIÈME
23 mars, jour où le roi avait passé sur le sol étranger, ne réservait de rigueurs que pour les chefs du mouvement du 20 mars, rappelait les garanties libérales de la Charie avec promesse d’y ajouter encore, et rassurait les propriétaires de biens nationaux, le pays inquiet du rétablissement des dîmes et des droits féodaux.
La lecture de ces pièces était un arrêt d’exil, de mort pour plusieurs qui l’écoutaient. Mais les malheurs d’autrui n’émeuvent que les cœurs généreux. Les engagements solennels du roi furent accueillis par l’immense majorité avec une satisfaction mal dissimulée. On le savait, d’ailleurs, le roi, arrivé depuis deux jours au château d’Arnouville, tout près de Paris, les avait confirmés aux nombreux visiteurs eaiipressés de lui porter l’hommage de leur dévouement plus ou moins intéressé.
Gela suffit pour faire passer sur le déshonneur infligé, par la capitulation, à l’armée, à Paris, à la France.
On convint, néanmoins, que, dans la séance publique qui allait se tenir, à quelques heures de là, on se tairait sur les proclamations royales; qu’on lirait seulement la capitulation. Dire l’effet sans la cause était un acte de prudence, exigé par l’irritation populaire.
Au lever du soleil, comme on se séparait, nos troupes se retirèrent des postes avancés, et les Anglais et les Prussiens les y remplacèrent.
Les chambres, publiquement réunies, se montrèrent ce qu’elles avaient été dans leurs comités secrets. Pas une protestation ne se fit entendre. En revanclie,^ les représentants votèrent à l’armée une adresse que plusieurs d’entre eux furent chargés de porter. Ils lui décernaient des remercîments, et l’assuraient « qu’ils ne se séparaient pas d’elle. «
Gela fait, ils s’étaient remis gravement à discuter leur projet de constitution.
WATERLOO
Cependant, tout se préparait pour l’évacuation de Paris. On désarmait les retranchements , et l’artillerie en était acheminée sur les routes de la Loire; des convois de munitions la suivaient; les différents corps recevaient des ordres de départ.
Dans tous les rangs, ces mesures furent accueillies par des explosions de colère. Des officiers, des soldats brisèrent épées et fusils, déchirèrent leurs uniformes, et abandonnèrent le drapeau trahi; des rassemblements se formèrent dans différents camps, injuriant les généraux qui cherchaient à ramener le calme, menaçant d’entrer dans Paris et d’y faire justice des traîtres. Sur plusieurs points, des officiers se réunirent pour se concerter, pour protester contre la capitulation, pour voir s’il ne se rencontrerait pas un général de quelque renom qui voulût prendre le commandement de l’armée et la mener à l’ennemi.
La nouvelle de ces tumultes, portée dans certains quartiers de là ville par les déserteurs, y jeta une grande exaltation et ameuta la foule. Des troupes de fédérés, formées dans les faubourgs, se dirigèrent vers le centre de Paris en criant : A bas les traîtres l Des tirailleurs de la garde nationale, des soldats sortis armés des casernes, se répandirent dans les rues, tirant des coups de fusil, augmentant le trouble. Un moment, on put croire que gouvernement, chambres et capitulation allaient disparaître sous les colères de l’armée et du peuple.
Mais ces colères n’étaient que des convulsions, les derniers battements de l’artère épuisée.
Aucun chef ne se présenta pour conduire le mouvement militaire; les troupes s’affaissèrent dans leur propre exaspération ; les tirailleurs de la garde nationale se laissèrent licencier; et les douze légions de cette garde vinrent dissiper elles-mêmes les rassemblements populaires. On lui