CHAPITRE D1X-HU1T[EME
avait dit, elle s’était laissé persuader que cette masse de citoyens, recrutée pourtant dans toutes les classes, si ardente à venger les injures de la patrie, en voulait aux magasins, aux hôtels, aux richesses de la bourgeoisie. C’était la calomnie de Blücher, propagée par des Français; calomnie qui avait reçu déjà, qui devait recevoir encore les démentis de l’histoire, qui servait alors d’auxiliaire à la trahison, comme on l’a vue servir depuis aux faiblesses, aux lâchetés, aux ambitions contre le dévouement, le patriotisme le plus sincère, le plus intelligent.
Le 6 juillet, au matin, les Anglais et les Prussiens prirent possession de toutes les barrières de Paris ; et les dernières colonnes de l’armée française se mirent en marche vers la Loire.
Elle était forte encore, il faut le répéter, de soixante et onze mille hommes, dont quinze mille de cavalerie, et son artillerie de campagne comptait près de deux cents bouches à feu attelées.
En ce moment, le corps de Rapp était rejeté sous le canon de Strasbourg; Lecourbe, sous les murs de Béfort. Ni l’un ni l’autre n’avait reçu les ordres qui, de Philippeville, le 19 juin, au dire de Napoléon, les avaient appelés à Paris et à Lyon; d’ailleurs, ils les auraient reçus, qu’il leur eût été bien difficile de les exécuter, les alliés ayant passé le Rhin et la Moselle, à la nouvelle des premiers coups de canon tirés sur la Sarabre. Suchet, après une suspension d’armes de trois jours, non renouvelée, était en pleine retraite sur le Rhône. Lamarque avait pacifié la Vendée et n’avait pas marché vers Paris ; comme Rapp et Lecourbe, il n’avait reçu aucun ordre.
Brune, pressé de front par un corps piémontais, harcelé de flanc par quatre à cinq mille insurgés royalistes. Dauphinois et Provençaux, se repliait sur Toulon.
WATERLOO
Marseille, arborant le drapeau blanc à la nouvelle de Waterloo, avait chassé la garnison, les fonctionnaires de l'Empire; et d’affreux massacres, préludes de bien d’autres scènes non moins atroces, avaient déshonoré son royalisme. Decaen, Clausel, vers les Pyrénées, n’avaient eu encore aucune attaque à subir; mais l’insurrection royaliste s’organisait de tous côtés, dans le Midi.
Le 7 juillet, Blücher et Wellington occupèrent Paris,
Pour la seconde fois en quinze mois, et presque jour pour jour, la capitale de la France subissait l’invasion étrangère. La vieille monarchie avait su la préserver de celte humiliation, pendant des siècles, même lorsque notre frontière n’était pas à quarante lieues de Montmartre ; la République, dans les plus terribles circonstances, l’avait protégée aussi par la victoire, refoulant au loin la coalition des rois. L’Empire seul, par ses ambitieuses folies, soulevant contre nous, et les peuples, et les aristocraties, et les souverains de l’Europe, devait apprendre au monde que Paris n’était pas inviolable.
Dans la nuit du 7 au 8 juillet, Blücher envoya un détachement s’établir aux Tuileries et chasser les collègues de Fouché au pouvoir exécutif. A quelques heures de là, le palais de la chambre élective était fermé sous la protection de la force armée ; et, quand les représentants y arrivèrent pour continuer leur discussion de théorie constitutionnellCj on leur fit savoir que cette pitoyable comédie de l’aveuglement, de la peur, de la trahison, avait trouvé son terme. Malheureusement, ce terme n’était pas le châtiment mérité.
Le ministre de l’intérieur venait d’envoyer aux préfets une circulaire ou il disait : « Les chefs des armées alliées ont pris t' engagement solennel de respecter.,, nos institutions, nos intérêts, nos couleurs nationales. »