‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 176 sur 198 · II · texte numérisé non relu

II

WATERLOO

Au contraire, un reproche bien mérité par Ney, notre récit en fait également la remarque, c’est de n’avoir pas marché aux Anglo-Hollandais quand leur retraite se dessina nettement, quand il n’eut réellement plus devant lui qu’une arrière-garde, c’est-à-dire vers midi.

Là, Ney manqua incontestablement de vigilance ou de perspicacité. Wais cette faute, nous l’avons dit aussi, n’exerça et ne pouvait exercer aucune influence sensible sur le résultat de la journée.

Lors même que Ney se serait avancé, dès midi, ou même plus tôt, des hauteurs de Frasnes, où iLbivaquait, vers les Quatre-Bras; lors même qu’il aurait, chassant l’ennemi devant lui, pris position sur ce point, vers une heure, comme il l’aurait pu facilement ; lors même, si plus on veut, qu’il se serait assez avancé au delà des Quatre- Bras pour laisser la route immédiatement libre aux corps arrivant de Marbais, le temps n’en aurait pas moins manqué pour livrer bataille aux Anglo-Hollandais puisque, Lobau et la garde n’ arrivèrent sur les Quatre-Bras que vers deux heures, puisque, ce qui est tout à fait décisif, l’orage, qui éclata en ce moment même, ralentit à l’extrême par sa violence persistante la marche des troupes, les jeta dans un effroyable pêle-mêle et paralysa les opérations militaires y suivant les expressions mêmes de M. Thiers (1).

Au surplus, bien que cela n’importe pas au débat, nous voulons signaler une étrange erreur de topographie et une erreur de fait que commet M. Thiers, quand il représente Napoléon aux Quatre-Bras, comme réduit à un seul débouchéy le pont de Genappe, et attendant, pendant trois heures, que soixante et dix mille hommes aient déülé par là.

La vérité est qu’à Genappe et aux environs, la Dyle, qui n*a pas encore six kilomètres de cours, n’est, même par les grosses pluies, qu’un simple ruisseau presque partout accessible et partout guéable à la cavalerie et à l’infanterie. Pour l’artillerie, ce ruisseau n’est pas aussi facile. Mais, en 1815, il offrait, outre le pont de Genappe, le pont de Ways-la-Hutte, qui est à un quart de lieue audessous de celui-ci et par lequel passa une des divisions anglaises,

(Q Tome XX, pages Vô7, 158.

NOTES

celle d’Alten, ou du moins son artillerie, et le pont de Thy, qui est à un quart de lieue aussi de celui de Ways-la-Hutte, et où passa la brigade Vivian ; enfin, il y avait tout près et en amont de Genappe un large gué où passa, avec son artillerie, la division Perponclier et immédiatement au-dessus de ce gué le pont de Loupoigne; et, pour se rendre à ces points de passage, il se trouve des chemins à peu près parallèles à la chaussée de Bruxelles et aboutissant à celle de Namur à Nivelles, en deçà, au delà des Quatre-Bras et tout auprès.

Il y a loin, on le voit, de cette topographie faite sur place à cet étroit défilé, à ce débouché unique du pont de Genappe que nous montre M. Thiers et par où, nous affirme-t-il, Napoléon devait faire nécessairement écouler soixante et dix mille fantassins, cavaliers et artilleurs avec leur matériel, pendant trois heures.

Rien n’aurait donc été plus facile que de former, aux approches et en deçà des Quatre-Bras, deux colonnes des troupes arrivant de Marbais et de les diriger sur les ponts de Ways-la-Hutte et de Thy, pendant que Ney, se formant aussi en deux colonnes, aurait porté Tune, parla chaussée de Bruxelles, sur le pont de Genappe, et l’autre sur le pont de Loupoigne, sur le gué que venait de franchir la division Perponcher ; et, à coup sûr, pour l'armée ainsi fractionnée et passant à peu près partout la Dyle à gué, pendant que son artillerie l’aurait passée sur quatre on cinq points à la fois, ce petit cours d’eau n’aurait pas été l’occasion d’un ralentissement de marche appréciable.

Si Napoléon eût dépensé trois heures, comme l’affirme M. Thiers, à faire défiler soixante et dix mille hommes avec leur artillerie sur le pont de Genappe, il n’aurait eu, par conséquent, à s’en prendre qu’à lui-même pour un pareil emploi du temps. Mais le fait est que, sans user de toutes les facilités que lui offraient les lieux, il n’eut pas la tranquille naïveté ou la négligence que lui attribue M. Thiers, sans s’en douter.

Ayant perdu la moitié de la journée, arrivant aux Quatre-Bras (1)

(1) Napoléon n’ayant quitté le champ de bataille de Ligny que vers midi et demi, ne put guère être avant une heure et demie aux Quatre-Bras, car il avait près de trois lieues à faire pour s’y rendre. En tous cas, Lobau et la garde, qui étaient encore à midi passé sur Marbais, ne pouvaient pas être aux Quatre-Bras avant une heure et demie.

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vers une heure et demie, n’ayant devant lui qu’une extrême arrièregarde, une arrière-garde de cavalerie, croyant l’armée anglo-hollandaise hors de son atteinte pour le reste du jour ou du moins n’espérant pas la rejoindre assez tôt pour lui livrer bataille dans l’aprèsmidi; persuadé, M. Thiers lui-même le dit, que « les Prussiens étaient hors de cause pour deux ou trois jours au moins , » — ils le prouvèrent bien le lendemain, — surtout, voyant la pluie qui déjà tombait à verse et menaçait de tomber longtemps, il ne crut pas, sans doute, nécessaire de hâter, autant qu’il l’aurait pu, la marche de ses troupes : il ne les divisa pas tout de suite, aux abords des Quatre- Bras, en quatre colonnes comme, à coup sûr, il n’aurait pas manqué de les diviser en d’autres circonstances; mais il n’usa pourtant pas trois heures à les faire défiler sur le pont de Genappe. Presque toutes passèrent la Dyle à gué et sur les divers ponts qui se trouvaient près et en amont comme en aval de ce bourg; et, si la plus grande partie de son artillerie la passa sur le pont même de Genappe, plusieurs batteries la passèrent sur les autres ponts, en même temps ; en outre, il n’eut pas à attendre que le corps de Reille, c’est à dire seize mille hommes, presque le quart de ses forces eût passé ce cours d’eau, car ce corps formait l’arrière-garde et s’arrêta, bivaqua sur Genappe même; et de tout cela il résulta que, sans être tout à fait aussi rapide qu’il aurait pu l’être, le passage dé la Dyle n’exigea pas trois heures, n’en exigea peut-être pas une.

Ce qui rendit excessivement lente la marche des Quatre-Bras aux hauteurs de Rossomme, ce fut la violence et la persistance de l’orage et non le passage de la Dyle qui, à Genappe et auprès, n’est, nous le répétons, qu’un simple ruisseau qui est presque partout guéable aux fantassins et aux cavaliers, même par les grosses pluies, et qui est muni de plusieurs ponts pour le passage des voitures (1).

En résumé et en laissant de côté cette digression sur l’erreur de topographie et l’erreur de fait commises par M. Thiers, il est impossible, on le voit, de ne pas conclure de cette longue discussion que

(1) M. Thiers, quand il raconte la déroute du lendemain, s’aperçoit, nous devons le dire , que la Dyle, qu’il appelle le Thy, est guéable pour les fantassins et les cavaliers; mais il persiste à ne voir d’autre pont que celui de Genappe. (Voir tome XX, p. 252.)

NOTES

« les hésitations a de Ney, signalées, pour la première fois, de Sainte- Hélène, sont comme « Vimmense fatigue des troupes » aperçue pour la première fois aussi par M. Thiers, de pures imaginations.

On peut Talfirmer sans crainte, cette longue matinée du 17 juin fut perdue, comme celle de la veille, par le fait seul de Napoléon dormant, se reposant quand il aurait fallu être à cheval, hésitant lorsqu’il aurait fallu se décider instantanément.

La veille, les heures gaspillées pendant la matinée avaient manqué le soir pour remporter sur les Prussiens une victoire décisive. Aujourd’hui, de plus longues heures encore gaspillées de même ne se retrouvaient pas pour frapper un grand coup sur les Anglo-Hollandais ; et à peine atteignait-on leur extrême arrière-garde, que le plus violent orage paralysait nos opérations.

Tant il est vrai qu’à la guerre il n’est temps perdu qui ne soit tine faute et parfois une faute capitale, irréparable !

Mais, pour défendre Napoléon du reproche d’indolence et d’indécîsion, M. Thiers ne s’en est pas tenu à alléguer la fatigue des troupes et les hésitations de Ney. Même on dirait qu’il s’est défié un peu de la solidité de sa double allégation, car il en a cherché et trouvé une troisième qui, si elle était fondée, suffirait seule pour absoudre son héros.

11 prétend que « le temps n’était pas la considération importanto dans la journée du 17 (1). »

On pouvait laisser couler les heures à son aise, sans souci, sans préjudice aucun !

Cette assertion appartient en propre à M. Thiers, nous le répétons; et il n’est aucun écrivain qui n’ait émis un avis tout opposé. Napoléon lui-même, reconnaissant, à Sainte-Hélène, la faute commise, mais la rejetant, cela va de soi, sur Ney, a regretté amèrement le temps perdu (2).

« Après avoir battu les Prussiens, ainsi raisonne M. Thiers, il fallait battre les Anglais, et le plus tôt était le mieux. Pour les battre, il fallait les rencontrer, et la possibilité de cette rencontre dépendait

(1) Tome XX, pages 278, 279.

(2) Campagne dç 1815 } J/moim, tome IX,

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^ de Wellington et non.de Napoléon, Une demi-marche seulement nous séparant des Anglais, on ne pouvait songer à les gagner de vitesse : s’ils voulaient la bataille, nous les trouverions en avant de la foret de Soignes, sans avoir besoin de nous presser^ sinon ils mettraient la forêt entre eux et nous, et la bataille deviendrait impossible...

« Napoléon ne pouvait pas absolument devancer les Anglais à l’entrée de la forêt de Soignes pour les obliger à combattre. Sa seule ressource, évidemment, c’était l’ardeur de Blücher, Yambition de Wellington (i) et non une rapidité de marche que la fatigue des troupes, les hésitations de Ney, un orage épouvantable rendaient impossible et que la proximité de la forêt de Soignes eût rendue inutile. »

On voit d’un coup d’œil le peu de consistance de ce raisonnement.

Pour battre les Anglais, il fallait les rencontrer, c’est certain ; mais ce qui ne l’est pas du tout, c’est que la rencontre dépendît de Wellington, c’est que la proximité de la forêt de Soignes lui permît de l’éviter. On est pleinement autorisé, au contraire, à affirmer que le général anglais y aurait eu la plus grande difficulté, si Napoléon eût montré décision et activité.

En effet, nous n’étions pas, comme le dit M. Thiers, a une demimarche des Anglais, puisque Ney avec quarante mille hommes campait à portée de fusil de Wellington qui en avait quarante-six mille; il n’y avait que les trente mille hommes destinés à marcher de Ligny aux Quatre-Bras qui fussent à une demi-marche de ce dernier point. Mais cette proximité même, ici et là, loin d’être défavorable, était tout à fait avantageuse. Elle offrait le plus facile moyen de frapper un coup terrible, décisif peut-être.

Qu’à la tête de ses réserves Napoléon partît des hauteurs de Brye,

(1) M. Thiers définit ainsi l’ambition qu’il attribue à Wellington : « îl aspirait à terminer lui-même la querelle de l’Europe contre nous, et à en avoir le principal honneur. » (Page 177.) Nous ignorons les données sur lesquelles est basée cette assertion complètement neuve. Mais ce que nous savons bien, c’est qu’elle est contredite par la demande qu’en ce moment même Wellington adressait à Blücher de venir l’appuyer pour livrer bataille ; et qu’elle est en complet désaccord avec les vues élevées de la lettre qu’à quelques jours de là. le 2 juillet, le général anglais écrivit au général prussien, (Voir 1. 1, pages 174, 17i?de notre livre.)

NOTES

un peu avant quatre heures du matin, par la chaussée de Sombreffe aux Quatre-Bras ; qu’il vînt tomber, ce qui n’exigeait aucun effort de marche, vers six heures, sur les avant-postes anglo-hollandais; que Ney, prévenu de ce mouvement, sortît brusquement de ses bivacs et attaquât, au même moment, de son côté; et cela suffisait.

N’ayant fait encore, on le sait avec toute certitude, aucune disposition de retraite, ignorant le résultat de la bataille de Ligny, en apprenant la première nouvelle par les premiers coups de canon de Napoléon^ surpris, ou à très-peu près, par la double attaque simultanément dirigée sur son flanc et sur son front, Wellington n’aurait pu éviter la bataille, c’est-à-dire la défaite, le désastre (1).

La proximité où se trouvaient nos deux camps de celui du général anglais, loin d’être une circonstance défavorable, offrait donc un avantage signalé, nous le répétons. Elle permettait de prendre, d’écraser Wellington entre une attaque de front et une attaque de flanc.

Mais, au cas même où l’on voudrait admettre, contre toute probabilité, que Wellington aurait réussi à éviter une bataille aux Quatre- Bras, à évacuer cette position sans grand dommage, on aurait eu, pour agir contre lui, de longues heures de jour, depuis six heures du matin, jusqu’à trois ou quatre de l’après-midi, moment où l’orage, par sa violence croissante devint un très-pénible obstacle à la marche; et, alors, ou bien il aurait accepté la lutte à l’entrée de la forêt de Soignes, à Mont-Saint-Jean, ou il aurait prolongé sa retraite à travers la forêt. Or, dans le premier cas, il aurait été battu promptement, sans pouvoir recevoir aucune aide de Blücher; et, dans le second, il aurait été rejeté au delà de cette position de Mont-Saint- Jean, si forte, si étudiée, au delà même de Bruxelles; il aurait été

(i) Celte conclusion serait plus rigoureusement vraie encore si la description topographique de M. Thiers était exacte, s’il n'y avait eu, comme il Ta dit précédemment, en arrière des Quatre-Bras, aucun autre débouché que le pont de Genappe; car s’il fallait trois heures au moins, à Napoléon, pour faire défiler par là ses soixante et dix mille hommes, U'en aurait fallu deux, au moins, à Wellington pour y faire défiler ses quarante-six mille hommes : deux heures ^qui nous auraient suffi pour le détruire, àl? Thiers n’y a pas pris garde^

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forcé d’appeler sur Anvers, et sans être sûr de les y rallier, toutes celles de ses divisions qui étaient encore sur Braine-le-Comte et sur Enghien ; et, de plus, il aurait été, et réellement cette fois, séparé de Blücher resté à Wavre.

Contrairement à l’assertion de M. Thiers, le temps était donc la considération importante, la considération capitale, le 17 juin.

Que Napoléon ne perdît pas de temps, ce jour-là, et il remportait une victoire éclatante sur les Anglo-Hollandais, ou, tout au moins, il se garantissait contre la terrible chance d’avoir à les combattre réunis aux Prussiens, il conjurait la défaite, la déroute, le désastre, Waterloo.

Mais ce n&fut pas seulement vis-à-vis des Anglo-Hollandais qu’il y eut beaucoup de temps, et du plus précieux, perdu dans cette journée. Pendant que nous restions inactifs contre Wellington, nous ne faisions rien non plus contre Blücher.

Napoléon laissa aux Prussiens la première moitié du jour; et Grouchy, trop tardivement chargé de les poursuivre, ne leur en disputa pas la seconde. Telle est la conclusion à laquelle notre récit a logiquement abouti.

M. Thiers est d’avis différent.

Selon lui. Napoléon n’eut aucun tort; et « Grouchy perdit à peu près la journée sur la route de Wavre [\), »

C’est dans l’ordre. Après que Ney a été sacrifié à gauche dans l’intérêt de Napoléon, Grouchy doit l’être à droite dans le même intérêt. La légende est impitoyable.

Ici encore, M. Thiers s’est pourtant un peu écarté des versions inventées à Sainte-Hélène et par nous démontrées radicalement fausses; mais, une fois de plus, en s’en écartant, il ne s’est rapproché ni de la vérité ni de l’impartialité.

Cette yowmee, qu’il accuse Grouchy d'avoir à peu près perdue sur

(i) M. Thiers n’évalue pas toujours de même, nous devons le dire, le temps qu’il reproche à Grouchy d’avoir perdu, le 17 Juin. C’est à la page 282 qu’il écrit que ce maréchal perdit à peu près la journées mais, aux pages 192, 254, 289, il n’évalue la perle de temps qu’à la moitié de la journée, à V après-midi ; et, à la page 290, celte évaluation descend à cinq ou six heures de celle même après-midi. On va voir que, de tout cela, pas un mot n’est exact.

NOTES

la route de Wavre, se divise, relativement à ce maréchal, en deux parties. L’une est comprise entre le point du jour et le moment où il reçut son commandement, l’autre entre ce moment même et la nuit. Dans la première, il n’est responsable de rien (1); dans la seconde, il l’est de tout, dans la mesure du moins de ses instructions et des circonstances.

Nous en viendrons bientôt à sa période de responsabilité; mais, auparavant, il faut préciser la durée de la période précédente et rappeler, examiner comment le temps y fut employé contre les Prussiens; car elle forme, nous y insistons, une partie intégrante de là journée: et l’usage qui en fut fait exerça une influence décisive sur les faits subséquents.

Selon M. Thiers, Groucby reçut son commandement après le départ du corps de Lobau pour Marbais, c’est-à-dire après dix heures et avant onze, instant précis où, on l’a vu dans cette note même, M. Thiers ne sachant plus que faire de Napoléon sur les hauteurs de Brye, le lance au galop vers les Quatre-Bras. Mais, nous en avons donné la preuve irréfragable, il l’y lance trop tôt d’une heure et plus. C’est déjà un motif bien fort de croire qu’il a avancé également le moment où le maréchal reçut son commandement; mais ce motif n’est pas le seul : il en est d’autres encore et de plus décisifs. Notre récit en fournit un, car on y voit que, s’appuyant sur le témoignage, à coup sûr peu suspect, du général Bernard, aide de camp de Napoléon et témoin oculaire, Grouchy assure n’avoir reçu son commandement qu’à midi passé; et nous ajoutons ici que Gérard, très-acharné contre Grouchy et très-partial, a singulièrement confirmé cette affirmation si bien étayée. Il a écrit, en effet, que son ordre de marche lui avait été donné « vers midi et demi » ; et, s’il y avait eu du temps, même fort peu de temps perdu pour le lui donner, il n’aurait pas manqué de le dire, afin de mieux accuser Grouchy. On peut donc, sans chance d’erreur, compter, du point du jour à midi ou midi et demi, la période de non-responsabilité de ce maréchal, la

(1) « Mon intention est que tous les généraux prennent directement vos ordres; ils ne prendront les miens que lorsque je serai présent, yt {Lettre de Napoléon à Grouchy^ le citéeX. I, pages i3S, 139, 140 de notre livre.)

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période, par conséquent, où Napoléon seul est responsable de la manière dont le temps est employé contre les Prussiens.

Que fallait-il faire? Nous ne répondons pas nous-mêmes à cette question ; nous ne pourrions que nous répéter. Nous laissons parler M. Thiers.

« Il s’agissait, écrit-il, de ne laisser aux Prussiens aucun repos le lendemain (de Ligny) et de leur tenir sans cesse Vépée dans les reins^ pour que les hommes débandés devinssent des hommes perdus, et que l’armée prussienne fût diminuée par la poursuite autant qu'elle aurait pu l'être par la bataille elle-même (si d’Erlon y eût pris part) (1). »

Cela fut-il fait? Certainement non, puisque la moitié du jour avait fui quand Napoléon donna à Grouchy son commandement et qu’alors et même bien des heures auparavant, il n’était déjà plus d’épée assez longue pour atteindre aux reins des Prussiens, plus de bras assez long pour saisir leurs soldats débandés. L’heure avait passé sans retour, emportant avec elle l’occasion de détruire leur armée.

A Napoléon donc, car seul il commandait, à Napoléon la responsabilité de la perte de cette demi-journée, qui aurait pu être décisive et qui s’écoula sans que rien fût fait de ce qui aurait dû l’être, selon M. Thiers lui-même.

A la vérité, peu après avoir énoncé ce qu’il fallait faire, M. Thiers veut atténuer la portée de ses paroles.

(c Avant de se mettre à la poursuite des Prussiens, dit-il, il fallait que la cavalerie en eût retrouvé les traces. On se serait exposé, sans cette précaution, à s’engager dans une fausse voie, et ce qui n’était pas un inconvénient pour la cavalerie légère qui avait des ailes, en aurait eu de très-grands pour l’infanterie qui n’avait que ses jambes et qui était déjà très-fatiguée (2). »

Mais cette restriction, loin de justifier Napoléon, fait ressortir mieux encore son apathie, son indécision.

En effet, si avant de mouvoir l’infanterie, il était indispensable d’avoir retrouvé les traces de l’armée prussienne, il aurait fallu se

(t) Tome XX, page UO.

(2) Tpme, XX p. 145.

WOTES.

hâter de les chercher dans toutes les directions. Or, c’est précisément encore ce que ne fit pas Napoléon. Cela résulte du récit de M. Thiers comme du nôtre, et n’est d’ailleurs ni contesté ni contestable.

La veille, il avait prescrit qu*une division de cavalerie légère, conduite par Pajol, une seule, montât à cheval avant le lever du soleil pour reconnaître la retraite de Blücher. Son ordre avait été obéi. Mais malheureusement, il envoyait cette unique division dans la direction de Namur. Elle s’y était portée; et la prise qu’elle y avait faite de quelques canons et équipages avait achevé de fy fourvoyer, si bien que, durant toute la matinée et même la journée, elle chercha à l’est les Prussiens qui se retiraient au nord, et ne put en donner que des nouvelles vagues ou erronées.

Rien de plus ne fut fait « pour retrouver les traces des Prussiens. »

Pendant que, tournée vers Namur, cette division battait vainement l’estrade. Napoléon dormait, se reposait à Fleurus, puis après sommeil et repos, indécis, abattu, allait sur le champ de bataille de Ligny passer une revue inutile, user des heures en futiles discours, en causeries oiseuses; et, là même, il ne songeait pas à lancer dans le demi-cercle en avant de lui, à la recherche des Prussiens, de leurs traces, une ou deux des divisions de cavalerie légère qu’il avait sous la main (1).

A chercher de la sorte, on est sûr de ne pas trouver; aussi ne trouva- t-il pas.

Autrement il cherchait naguère; et il trouvait.

Deux ans auparavant, lorsque son activité était pourtant déjà sujette à des intermittences , et sa puissance de résolution aussi , le lendemain même de la*victoire de Dresde, il était à cheval dès l’aube du jour, aux avant-postes de ses troupes bivaquant dans la boue ; ii s’assurait sur l’heure, par les rapides rapports de sa cavalerie, par

(1) Celte indolente négligence de Napoléon a échappé complètement à M. Thiers. Il ne s’aperçoit de la nécessité d’éclairer le demi-cercle en avant de Ligny pour retrouver les traces des Prussiens que lorsque Napoléon n’est plus là. Napoléon une fois parti, il gourmande rudement Grouchy de ne pas iancer sa cavalerie dans toutes les directions,

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lui-même, de la retraite de ses ennemis, des routes qu’ils suivaient; et il poussait, sans perte de temps, son armée sur leurs pas.

Avec la même activité, la même décision, le 1 7 juin, il aurait été, avant trois heures du matin, sur le plateau de Bussy; il en aurait fait partir trois ou quatre reconnaissances; et, tout aussitôt elles lui auraient appris que les traces des Prussiens étaient trouvées, que l’armée prussienne elle-même était tout près de lui , qu’en ce moment elle venait de retirer de Brye ses derniers bataillons et occupait encore Sombreffe.

Alors en jetant, tout de suite, sur ces vaincus encore assez mal en ordre et qui n’étaient pas concentrés, toutes les forces réunies sous sa main, il lui aurait été facile de les battre de nouveau, de compléter leur défaite, de les accabler, de les mettre hors de cause pour longtemps. Alors également, si ne marchant pas ainsi en masse contre eux, si se divisant comme il se divisa plus tard et fort mal, il eût lancé immédiatement Groucby avec trente-trois mille hommes sur leurs pas, ce détachement, profitant de l’heure, aurait ramassé par milliers leurs traînards, leurs soldats débandés, aurait assailli, détruit. leurs arrière-gardes, un de leurs corps d’armée peut-être et aurait empêché sans doute la concentration de leur armée sur Wavre.

Mais activité, décision, tout manqua à Napoléon. Il laissa échapper le seul moment propice pour un succès décisif, s’il agissait en masse, pour un succès partiel, mais considérable néanmoins, s’i agissait avec un simple détachement.

A midi ou midi et demi, il n’avait pas encore agi du tout; il ignorait ce que ies Prussiens étaient devenus. Leurs traces mêmes, il ne les avait pas retrouvées, ces traces qu’il fallait absolument, selon M. Thiers, avoir découvertes avant de mettre l’infanterie en mouvement; et lorsqu’il donna son commandement à Groucby, il lui laissa pour première obligation le soin de les chercher, de les trouver, de les suivre au loin.

Ainsi, comme nous l’avons dit dans notre récit, la première moitié de la journée fut perdue par le fait de Napoléon, pas du tout par celui de Grouchy ; perdue sur place , sans bouger , et pas du tout sur la route de Wavre; et l’une des conséquences de ce gaspillage du temps

plus précieux fut que Groucby, recevant l’ordre de poursuivre les

INOTES.

Prussiens, depuis si longtemps disparus, ne savait pas même dans quelle direction il devait marcher pour avoir chance de les rencontrer.

Ce fut ainsi qu’il commença sa période de responsabilité, celle que nous avons à examiner maintenant.

Nous avons rapporté les instructions verbales de Napoléon à Grouchy; et nous les avons rapportées d’après ce maréchal luimême (1), les regardant comme authentiques parce qu’elles concordent avec la marche des faits, avec tout ce qu’on connaît des pensées et des projets de Napoléon en cet instant du jour, parce qu’elles n’ont jamais été sérieusement contestées et qu’elles ont même été acceptées comme exactes par un témoin, critique passionné du maréchal.

M. Thiers veut cependant que le chef de l’armée française ait tenu à son lieutenant un langage beaucoup plus explicite et lui ait défini, bien autrement que ne le dit ce dernier, la mission dont il le chargea.

M. Thiers assure notamment que Napoléon recommanda, avec insistance, à Grouchy, tout à la fois de ne pas perdre les Prussiens de vue et de manœuvrer de manière à rester constamment en communia cation avec la grande armée française, et toujours entre elle et les Prussiens; et il veut aussi qu’à cet ordre ait été joint l’avis lancer la cavalerie sur Wavre d'un côté, sur Namur de Vautre pour découvrir la retraite des Prussiens.

La différence entre la version de Grouchy et celle-ci est donc capitale. Dans l’une, il est à peu près abandonné à lui-même; dans l’autre, il est assujetti à des conditions précises, comme l’ont prétendu les Mémoires de Sainte-Hélène,

Les détails dans lesquels il entre, à ce sujet, M. Thiers les tient,

(i) Voir t I, p. 238 de notre livre. Dans tout notre livre, nous n’avons rien emprunté aux écrits du maréchal Grouchy qu’avec une extrême circonspection, rien admis de ses dires qui ne fût appuyé par des pièces officielles, des témoignages authentiques. En butte à des critiques sans nombre, quelques-unes justes, la plupart iniques ou ignorantes, assailli même d’accusations calomnieuses, Grouchy en a eu l’esprit si troublé que ses écrits, les derniers surtout, se sont ressentis de ce trouble. C’est au point qu’il a négligé parfois de rapporter ou a mal rapporté des faits, des pièces officielles qui le justifient sur des points importants, et qu’il est tombé dans des variations, des Goniradictions choquantes»

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dit-il, « d’un témoin oculaire, du maréchal Gérard, un des hommes les plus droits et les plus véridiques, qu’il ait connus. » Mais cette assurance ne suffit pas pour nous persuader. Nous croyons même très-fermement qu’il a entendu le témoignage qu’il invoque, comme il lit les documents les plus importants, à travers son idée préconçue; ces documents où il voit des choses qui n’y sont pas et où il n’aperçoit pas les choses qui y sont.

Gérard, en effet, a publié contre Grouchy deux brochures trèspartiales, très-acerbes ; et non-seulement il n’a pas contesté la version de celui-ci sur les instructions verbales de Napoléon, mais encore il l’a acceptée comme exacte, il l’a reproduite textuellement dans son second écrit et il en a fait la base de ses critiques (1).

Or, il n’est pas douteux que, s’il l’eût trouvée incomplète, mensongère, il n’aurait pas manqué de le déclarer nettement ; et que, s’il eût pu dire à Grouchy ; a J’étais présent ; l’empereur vous a parlé autrement que vous ne le faites parler, » il l’aurait dit et bien haut.

C’est donc rester dans le vrai que de s’en tenir à la version de Grouchy,

Mais immédiatement après ses instructions verbales. Napoléon modifia un peu, sur des indices nouveaux, sa manière d’envisager les choses; et laissant moins de vague à ses ordres, il dicta à Bertrand pour Grouchy les instructions que nous avons reproduites dans notre récit (2). Celles-ci donnent son dernier mot. Elles assignent au maréchal un premier but à atteindre : Gembloux, où il doit se rendre avec toutes ses forces ; et elles lui prescrivent de poursuivre l’ennemi, de tâcher de pénétrer ce qu’il veut faire.

C’est donc en examinant comment il exécuta cette mission qu'on peut reconnaître s’il perdit ou ne perdit pas de temps.

Le temps! s’il fallait en croire M. Thiers, le maréchal n’aurait fait autre chose que le gaspiller.

C’est le jugement porté par Napoléon. Nous en avons déjà fait justice. Mais M. Thiers se basant pour le répéter sur un récit et des

<1) Dernicrcs ohsermlions^ etc., par le général Gérard. Pages 17, 18. (2) Voir t, 1, pages 241, 242 de notre livre,

NOTES

allégations qui diffèrent assez notablement de ce qu’on lit, à ce sujet, dans les écrits de Sainte-Hélène, nous avons à prouver que récits et allégations manquent absolument d’exactitude.

Ayant fait partir, à onze heures, pour les Quatre-Bras, Napoléon qui, à midi passé, nous le savons, était encore à Ligny, M. Thiers raconte « qu'entre Marhais et les Quatre-Bras, la cavalerie légère lancée à travers champs sur notre droite, avait vu des blés couchés par le passage de troupes nombreuses (1) ; » et il continue ainsi : « C’était une preuve qu’un corps prussien avait pris la route de Tilly, conduisant vers Wavre.., c’était une indication qui détruisait tout à fait la supposition d’une retraite des Prussiens vers le Rhin (2), et Napoléon, n’ayant pas en ce moment le maréchal Soult auprès de lui, se servit du grand maréchal Bertrand pour donner au maréchal Grouchy une direction plus positive que celle qu’il lui avait assignée de vive voix deux heures auparavant. Il lui prescrivit de se diriger sur Gembloiix qui était sur la route de Wavre (S), et qui avait aussi l’avantage d’être par la vieille chaussée romaine en communication

(1) Aucune colonne prussienne n’eut à dépasser et ne dépassa Marbaîs. (Voir les historiens prussiens et autres.)

(2) Si cette indication eût détruit, tout à fait, dans l’esprit de Napoléon, la supposition d’une retraite des Prussiens vers le Rhin, il n’aurait pas manqué de le dire à Grouchy et de lui envoyer des instructions en conséquence; il lui aurait ordonné surtout de marcher droit sur Wavre : il ne l’aurait pas dirigé sur Gemhloux. Mais il renonçait si peu à la si’pposition d une retraite des Prussiens vers le Rhin que, dans la dépêche même dont parle ici M. Thiers, après l’avoir mal lue, il regarde comme également possible que Biücher se sépare des Anglais ou se réunisse à eux. « Il est important, dit-il, de pénétrer ce que l'ennemi veut faire : ou il se sépare des Anglais, ou ils veulent se réunir encore pour couvrir Bruxelles et Liège. » (Voir cette dépêche, t. I, pages 241, 242 de notre livre.)

(3) On est un peu moins loin de Wavre à Gemhloux qu’à Ligny ; mais il ne s ensuit pas qu’on puisse dire, sans grande inexactitude, que Gemhloux est sur la route de Ligny à Wavre {voir V Atlas, carte n® 1). On n’a jamais dit, que nous sachions, que Fontainebleau ou Chartres est sur la route de Paris à Orléans, bien qu’à Fontainebleau comme à Chartres on soit moins loin d’Orléans qu’à Paris.

La route de Ligny ou Saint-Amand à Wavre est par Mellery ou Gentinnes €l Mont-Saint-Guibert,

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avec Namur (1) et Liège. Il lui recommandait de bien s’éclairer sur tous les points (2). »

M. Thiers raconte ensuite, avec la même assurance, que celte dépêche alla chercher au loin Grouchy, qui « en se séparant de Napoléon à SombrefFe (3), avait couru comme une tête légère sur Namur, où on lui avait dit que Pajol avait ramassé des fuyards et du canon ; » qu’elle le rencontra « galopant fort inconsidérément dans la direction de**cette ville... ; qu’ alors il se mit à courir sur Gembloux, en ordonnant à son infanterie de l’y suivre; et que cette infanterie, composée des corps de Vandamme et de Gérard, ne fut mise en mouvement que vers trois ou quatre heures de l’après-midi ; qu’elle arriva tard, à cause du mauvais temps, à Gembloux; et que Grouchy la laissa s’y reposer, afin de lui donner une bonne fin de journée et de pouvoir la mettre en marche le lendemain de très-bonne heure. » Et M. Thiers termine par cette réflexion « qu’il était bieri fâcheux, lorsqu’on avait les Prussiens à poursuivre vivement, de n’avoir fait que deux lieues et demie dans la journée (4). » S’il fallait l’en croire, et sans doute il parle sur des indications aussi sûres, des témoignages aussi certains que d’habitude. Napoléon, à quelques heures de là, aurait exprimé plus rudement le même avis : il aurait trouvé bien médiocre la conduite du maréchal, bien mal employée wncjowruce de poursuite, dans laquelle on n’avait fait que deux lieues et demie.

Ainsi exposée, la conduite de Grouchy n’est pas médiocre; elle est ridicule. Mais cette exposition est inexacte. La vérité est tout autre.

11 ne s’écoula pas deux heures entre les instructions verbales de Napoléon à Grouchy et la dictée des instructions écrites par Bertrand, deux heures que M. Thiers fait dépenser au maréchal en

(!) La chaussée romaine n’a jamais servi et ne peut servir à communiquer entre Gembloux et Namur, ville qu’elle laisse à plus de cinq lieues, à vol d’oiseau, à sa droite, en courant sur Maestricht. (PmV V Atlas, carie w» !.)

(2) M. Thiers a lu, dans la dépêche, ce qui aurait dû y être et ii y est pas. Elle porte : « Vous vous ferez éclairer sur la direction de Namur et de Maestricht. » (Voir cette dépêche, t. I, pages 24!, 242 de notre livre.)

(3) Napoléon ne mit pas les pieds à Sombreffe.

14) Pages !53, 156, 173, 176.

NOTES

sottes galopades du côté de Namur. Pour trouver ces deux heures, M. Thiers fait partir Napoléon à onze heures pour les Quatre-Bras, tandis qu’à midi il était encore sur Ligny (1); et il lui fait dicter à Marbais, qui est à plus d’une lieue de ce dernier point, les instructions qu’il dicta à Ligny même (2). L’histoire ne peut s’accommoder de pareilles inadvertances. Les instructions orales furent suivies de si près par les instructions écrites, que Gérard qui avait entendu Napoléon donner les premières à Grouchy, et qui, en conséquence des secondes, « reçut vers midi et demi l’ordre de se mettre en mouvement dans la direction de Gembloux (3) » n’a trouvé aucune perte de temps à reprocher au maréchal, nous en avons fait la remarque, et nous rappelons, au surplus, que les instructions orales furent données à midi passé (4).

Les instructions écrites n’eurent pas à faire, de Marbais à la poursuite de Grouchy, la longue course que M. Thiers leur fait exécuter et pendant laquelle il fait galoper encore le maréchal vers Namur « comme une tête légère. » Dictées à Ligny, elles le trouvèrent si vite que Gérard et Vandamme recevaient, à midi et demi déjà, l’ordre de se rendre à Gembloux, le premier de la bouche même de Grouchy, le second par l’entremise d’un de ses aides de camp.

Vandamme et Gérard ne se mirent pas en mouvement vers trois ou quatre heures; mais plus tôt. Vandamme qui, on le voit, se prépara assez vite à partir, quitta son bivac de Saint-Amand vers deux heures, alla passer près de Ligny où était Gérard; et, vers trois heures, celui-ci commença à marcher en se mettant à la queue de Vandamme. M. Thiers devrait ne pas ignorer cela, car c’est Gérard lui-même qui en témoigne (5), Gérard, « le plus véridique des hommes qu’il ait connus, » nous a-t-il dit.

(1) « Sa Majesté va se rendre à Marbais. » [Lettre de Soult à Ney,

datée en avant de Ligny le 17 juin, à midi et citée 1. 1 p. 237 de notre livre.)

(2) Voir ces Instructions, t. I, pages 241, 242 de notre livre. Elles sont datées de Ligny.

(3) Quelques documents, etc., par le général Gérard.

(4) Voir t. I, pages 237, 238 de notre livre.

(5) « Le quatrième corps ^^Gérard) reçut vers midi et demi Tordre de se mettre en mouvement vers Gembloux en suivant le troisième corps (Van-

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