‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 21 sur 198 · U Ani^lais · texte numérisé non relu

U Ani^lais

7,500 (légion allemande au service de rAnglelcrrel ;

15,800 Hanovriens;

25,000 IIollando-Bclges;

4,300 Nassau (au service des Pays-Bas);

3,000 Nassau (conliogent du duché de ce nom) ;

C,700 Brunswickois.

Les Anglais étaient de vieux soldats presque tous éprouves dans les rudes campagnes de la Péninsule, fiers à juste titre d'avoir affranchi l’Espagne de la domination impériale et porté, après six années de guerre, les drapeaux de la Grande-Bretagne, de l’embouchure du Tage aux bords de la Garonne; six années qui avaient commencé, qui s’étaient continuées avec dés chances diverses et avaient fini par une longue série de succès non interrompus, où figurait la journée de Vittoria, le Leipzig du Midi.

Pleins de confiance en eux-mômes et en leurs chefs, ’ convaincus de la supériorité de leurs généraux sur les gé- ^ néraux français, de celle de Wellington sur Napoléon ; imbus de ce ferme sentiment du devoir, trait caractéris- ! tique du militaire formé à l’école sévère de Wellington, ces , soldais constituaient des troupes d’élite dans toute l’acception du mot.

Il en était ainsi de la légion allemande du roi, rangée de- ; puis douze ans sous l’étendard britannique et vieillie, elle ^ aussi, au feu de la guerre péninsulaire. \

Le contingent hanovrien se composait, pour un tiers, de i troupes de ligne; pour deux tiers, de landwehr. Son orga- ! nisation datait de l’affranchissement du Hanovre. La ligne ^ ne comprenait, à peu près, que d’anciens soldats, d’anciens officiers des armées impériales et des hommes aguerris dans la campagne de l’indépendance. La landwehr, au contraire, comptait un assez grand nombre d’hommes

C11A14TUE ClNQUlElVIE.

nouveaux au iiiélier des armes; mais on lui avait donné d’excellents cadres, do très-bons clicfs; clic avait au cœur les sentiments de patriotisme exalté qui animaient alors toute rAllcmagnc; ce n’était certainement pas une troupe sans valeur.

Bataillons de ligne, bataillons de landwehr étaient formés en brigades commandées par des officiers de leur nation ; et ces brigades unies, cftins les divisions, aux Anglais, aux légionnaires allemands, devaient emprunter une grande force à l’exemple , au contact de troupes dès longtemps éprouvées.

L’organisation de l’armée liollando-belge avait commencé avec le soulèvement de la Hollande contre la tyrannie napoléonienne, à la fin de 1813. Elle s’était continuée depuis, mais n’était pas complète. La Belgique n’avait encore fourni qu’un faible contingent. Une moitié de l’infanterie était de milice hollandaise, l’autre moitié de bataillons de ligne hollandais et belges. Dansja cavalerie et l’artillerie, il n’y avait que des troupes de ligne (1).

Les corps de la ligne s’étaient d’abord entièrement recrutés de déserteurs de l’armée impériale et de volontaires enrôlés, pour la plupart, dans les premiers temps de l’insurrection nationale; plus tard, ils s’étaient renforcés d’officiers, de soldats licenciés du service de France et revenus des prisons étrangères, où les avaient jetés nos désastres. Un bataillon de vélites de la garde impériale avait ainsi rejoint, à la paix, le drapeau de la Hollande affranchie.

Malgré les vices inhérents à toute organisation de date trop récente, ces corps de la ligne étaient généralement propres à un bon service de guerre.

(1) Nous ne parlons ici que des corps qui faisaient partie de Tannée anglo-hollandaise active; car Tarmce liollando-h. Igc avait aussi des corps de cavalerie et d’artillerie de milice.

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Ceux de la milice ne les valaient pas. Ils se composaient en partie de volontaires, en partie d’hommes levés par la voie du sort. Ils avaient nommé, à l’élection, la moitié des officiers de compagnie (1); l’autre moitié etles officiers supérieurs procédaient du choix du roi.

L’amalgame n’était pas encore assez intime entre ces divers éléments, et tous ces bataillons étaient inexpérimentés. Mais la haine de Napoléon, l’amour de l’indépendance nationale animaient les jeunes miliciens comme les soldats de la ligne; et on pouvait en attendre de généreux efforts.

La plupart des généraux et des officiers supérieurs, beaucoup d officiels inferieurs hollandais et belges, avaient conquis leurs grades dans les sanglantes campagnes de la République et de 1 Empire; et leur chef, le jeune prince d’Orange, grandi sous Wellington, en Espagne, était, par ses talents et son intrépidité, tout à fait digne de les commander.

La brigade de Nassau au service du royaume des Pays- Bas avait plus de soldats jeunes que d’anciens. Mais ses cadres, formés des débris d’un régiment longtemps au service de France, étaient bons; jeunes et vieux soldats étaient pleins d’ardeur.

L’organisation des troupes de Brunswick remontait à la fin del année 1813. Elle avait été poussée avec vigueur et rapidement achevée.

Ces troupes comptaient un grand nombre de militaires de tout rang, aguerris les uns sous le drapeau britannique, les autres sous le drapeau de l’Empire. Leur exaltation était grande; et elles se montraient fières d’obéir au prince ré-

(t) L’eleclion ii 'avait pu porter que sur d'anciens officiers. Malgré celle restriction, le roi Guillaume s était montré, ici, plus libéral que Napoléon à 1 egard des gardes nationales mobilisées.

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(Je Brunswick, qui avait fait ses preuves decaracti^re, d’audace et de dévouement à la patrie allemande.

Ëpurée du petit contingent saxon qui s’était mutiné à Liège, au commencement de mai, l’armée prussienne présentait une masse puissante. Elle était formée, pour un tiers, de régiments de landwelir; pour deux tiers, de régiments de ligne.

La landwelir avait été, en grande partie, aguerrie en 1813 et 18U; et ses cadres étaient très-solides. La ligne, à peu d’exceptions près, était de vieille troupe.

Cette armée, vigoureuse représentation de toutes les classes de la nation prussienne, était animée, jusqu’au fanatisme, de l’amour de la patrie, de l’indépendance nationale. Dans chaque Français, elle voyait un ennemi mortel. Funeste effet de l’ambition de Napoléon ! Ce n’étaient plus là les soldats de Valmy et d’Iéna, froids, indifférents à la querelle de leur roi, faciles à la défaite, prompts à la déroute. La haine de la conquête, les injures de la patrie en avaient fait des vaillants. Battus dans bien des rencontres, en deçà et au delà du Rhin, ils s’étaient, chaque fois, retrempés dans leurs revers. Deux noms, deux dates dominaient leurs souvenirs : Leipzig et Paris.

Leurs chefs partageaient leurs passions, leur enthousiasme, et leur inspiraient toute confiance.

Napoléon se trompait : deux Prussiens valaient plus qu’un Français.

Ce qui pouvait diminuer beaucoup la puissance des deux armées anglo-hollandaise et prussienne, c’était qu’elles obéissaient à deux chefs de caractère tout opposé; c’était aussi qu’elles avaient deux lignes d’opérations divergentes : Blücher se basant sur Cologne et le Rhin, Wellington sur Anvers et la mer du Nord. Mais ces inconvénients devaient disparaître aux jours des combats. Les

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deux généraux n'imitèrent pas les lieutenants dégénérés de Napoléon, en Espagne: ils se donnèrent aide prompte, cordiale, effective, décisive.

Napoléon avait pu avoir la mesure exacte de Blücher, souvent et rudement frappé par lui. Cependant, il Testimait peu. C’était une erreur. Esprit peu cultivé, nature rude, passionnée pour le plaisir autant que pour la guerre, Blücher n’atteignait pas au premier rang; mais un caractère indomptable, un patriotisme ardent, une promptitude de coup d’œil et de résolution remarquable, une activité extrême en dépit de la vieillesse, une persévérance que rien ne lassait, une grande audace et une grande habitude de la tactique et de la stratégie de Napoléon en faisaient un adversaire de réelle valeur. Ses soldats l’avaient surnommé marscfiaU Vorwârts (le maréchal En avant), bien que, sou- , vent, il eût été obligé de les mener en arrière. Mais, en der- , nier ternie, il les avait conduits de l’Oder et de l’Elbe au ; Rhin et du Rhin à Paris. *

Wellington ne s’était pas encore trouvé en face de Napoléon. Mais à la vigueur des coups portés à l’Empire, en i Portugal, en Espagne, en France, il avait été facile de re- ■ connaître en lui le premier, et de beaucoup le premier, des généraux ennemis. Cependant, Napoléon ne lui accordait pas les qualités du général en chef. On eût dit qu’en le signa- : lant, au Moniteur, comme un officier incapable^ téméraire, ; présomptueux, ignorant, destiné à essuyer de grandes ca- j tastrophes; qu’en changeant, dans la feuille officielle de l’Empire, ses succès en défaites ou en rencontres sans im- ' portance; qu’en taisant à la France Vittoria, la Nivelle et bien d’autres journées funestes à nos armes, il était sûr de l’avoir abaissé au niveau des chefs vulgaires.

Certes, la différence était grande entre le général anglais te Napoléon. Mais elle l’était beaucoup moins que celui-ci

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lio SC l’imaginait et que, longtemps, on ne l’a cru dans notre pays abusé par des mensonges.

L’un avait le génie de la guerre à la plus haute puissance; mais la politique insensée de l’empereur altérait, troublait les conceptions merveilleuses du stratège; et l’énergie, l’activité physique faisaient souvent défaut aux nécessités dévorantes, aux durs labeurs des expéditions de guerre.

L’autre n’était qu’un général de talent, mais d’un talent si complet, enté sur de si fortes qualités, qu’il atteignait presque au génie. Doué d’un bon sens extrême; politique profond ; religieux observateur des lois de son pays; excellent appréciateur des hommes ; instruit à fond de tout ce qui constitue la science et le métier des armes; faisant parfois des fautes, mais sachant ne pas s’y obstiner après les avoir reconnues ; soigneux du bien-être de ses soldats, ménager de leur sang; dur au désordre, impitoyable aux déprédateurs; habile à concevoir et à exécuter; prudent ou hardi, teraporiseur ou actif suivant la circonstance; inébranlable dans la mauvaise fortune, rebelle aux enivrements du succès; âme de fer dans un corps de fer (1), Wellington, avec une petite armée, avait fait de grandes choses ; et cette armée était son ouvrage (2). 11 devait rester et il restera une des grandes figures militaires de ce siècle.

Né en 1769, il avait quarante-six ans, l’âge de Napoléon.

A la fin de 1806, après la déroute de l’armée et de la monarchie prussienne, Blücher, prisonnier de guerre à Hambourg, montrait une foi inébranlable dans la chute de Napoléon. 11 prédisait la venue prochaine d’un temps où

(1) Iran duke (duc de fer), ont dit de lui tes Anglais.

(2) Pour savoir ce qu’était l’armée anglaise quand Wellington en prit le commandement et encore plus tard, il faut lire les dépêches et les rapports oflicicls, où il eu fait le tableau véridique.

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l’Europe se lèverait contre lui, fatiguée, exaspérée de ses exigences et de ses déprédations.

Peu après son arrivée en Espagne, et pendant toute la guerre, Wellington n’avait pas été moins absolu dans cette croyance; on la trouve nettement exprimée, à diverses dates, dans ses dépêches officielles, meme en 1810, après Wagram et le mariage autrichien. Quand toute l’Europe, moins l’Angleterre et la Péninsule, semblait à jamais asservie à Napoléon, Wellington rassurait les ministres de la Grande-Bretagne, effrayés, presque lassés de la lutte, et leur faisait toucher du doigt les causes qui devaient infailliblement amener la ruine de la monarchie impériale.

L’année 1814 avait donné raison au général prussien et au général anglais dans leurs prévisions si anticipées. La résurrection prodigieuse de l’Empire était bien loin d’avoir ébranlé leur croyance; ils ne doutaient pas de sa fin prochaine.

Dans son langage soldatesque, Blûcher promettait à ses Germains de les mener bientôt boire encore les vins de France; et Wellington, dès le 12 mars, écrivait de Vienne, au ministre Gastlereagh : « Je n’ai pas le moindre doute que, si Bonaparte renverse le roi de France, il tombera sous les efforts cordialement unis des souverains de l’Europe (1). ))

Les rois coalisés ne pouvaient placer en de meilleures mains le commandement des deux armées qui devaient supporter le premier choc de Napoléon.

(1) The dispatches, etc., t. XII.

CHAmilE SIXIEME

15 JUIN. — CiiARLEROi. — Nupoléon. — Ligne d’opéralions choisie. — Ordre de niouvcmcnl pour le 15 juin. — Mai’che de l’aile gauche de l’armée. — l’rise de Thuin, de Hlarchienne. — Passage de la Samhre. — Rlarche du centre. — Prise de Charlcroi. — Pajol s'arrête en deçà de Gilly. — Marche de l'aile droite. — Désertion de Bourrnont. — L’avant-garde arrive à Châtelet. — Tout le corps de Zielen sur le point de se trouver concentré. — Prise de Gosselies. — Le maréchal Ney reçoit le commandement de l’aile gauche. — 1! porte une avant-garde à Frasnes. — Combat de Gilly. — Position des divers corps, à la nuit. — Résultat incomplet de la journée. — Observations.

Napoléon était vieux avant l’âge. Le long exercice du pouvoir absolu, les efforts prolongés d’une ambition sans limites, le travail excessif du cabinet et de la guerre, les émotions, les angoisses de trois années de désastres inouïs, la chute soudaine de cet empire qu’il avait cru fondé à jamais, l’odieuse oisiveté de l’exil, une double maladie dont les crises se multipliaient en s’aggravant avaient profondément altéré sa vigoureuse organisation.

Son œil brillait du même éclat; son regard avait la même puissance; mais son corps alourdi, presque obèse, ses joues gonflées et pendantes indiquaient la venue de cette époque de la vie où la décadence physique de l’homme a commencé.

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11 subissait maintenant les exigences du sommeil, que naguère il maîtrisait à son gré. Les fatigues des longues journées à cheval, des courses rapides lui étaient devenues insupportables (1).

Il avait gardé la même facilité, la même abondance, la même force de conception; mais il avait perdu la persévérance de l’élaboration de la pensée, et, ce qui était pis, la promptitude, la fixité de la résolution. Comme certains hommes au déclin de l’âge, il aimait à parler, à discourir, et perdait de longues heures en stériles paroles (2). A prendre un parti, il hésitait longtemps ; l’ayant pris, il hésitait à agir, et, dans l’action même, il hésitait encore. De sa précédente ténacité, il ne lui restait que cette obstination fréquente, et déjà bien funeste, à voir les faits non tels qu’ils étaient, mais comme il aurait convenu à son intérêt qu’ils fussent.

Sous les coups répétés de la défaite, son caractère s’était brisé. 11 n’avait plus cette confiance en soi, élément presque indispensable à la réussite des grandes entreprises : il doutait maintenant de la fortune qui, pendant quinze années, avait prodigué des faveurs inouïes au général, au consul, à l’empereur. « Il sentait même, c’est lui qui l’avoue, un abattement d’esprit; il avait l’instinct d’une issue malheureuse. »

Cet affaiblissement physique, cette diminution morale étaient mal en rapport avec les difficultés, les périls des

(Ij Voir noie II.

(2) « Il inlcrrompait les conversations les plus importantes pour se livrer à des entretiens qui ne louchaient en rien à ses destinées. Il ne domptait plus, comme autrefois, les distractions, le sommeil, la fatigue. Sa puissance d’attention semblait à son terme. » Benjamin Constant, qui s’exprime ainsi dans ses Mémoires sur les Cent-Joiirs, vit, on le sait, très-fréquemment Napoléon à celte époque, et travailla souvent avec lui.

— « 11 (Napoléon) m’envoyait chercher, deux ou trois fois par jour, pour causer des heures entières. » {Mémoires de Lavaletle.)

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