CHAPITRE SiyiÈlME
circoiislances. Diflicultcs, périls extrêmes! pour en triompher, ce n’aurait pas été trop, ce n’aurait même pas été assez peut-être de posséder encore la résolution, l’énergie, l’activité d’Italie, de Ratisbonne, ou d’avoir le retour de jeunesse de Champ-Aubert et de Montmirail.
L’armée française était numériquement inférieure de moitié aux années anglo-hollandaise et prussienne.
Vaincre était donc une œuvre bien ardue déjà pour Napoléon. Mais il fallait plus encore : il fallait vaincre complètement, rapidement, sur le moment, sur l’heure; car, à la première nouvelle des hostilités, Russes, Autrichiens, Allemands de tous pays, allaient s’élancer sur nos provinces de l’Est, sur la route de Paris; et il était indispensable d’avoir mis hors de cause l’ennemi de Belgique assez tôt pour revenir ooposer une digue à cette formidable invasion.
Ainsi, promptes, grandes, foudroyantes victoires contre les armées anglo-hollandaise et prussienne, telle était la première, l’absolue nécessité de la guerre dans le plan adopté par Napoléon.
Si ces armées combattaient réunies, il n’avait guère de succès, surtout de succès rapides à espérer; et il était certain de ne pouvoir leur infliger de ces défaites qui réduisent le vaincu à une longue impuissance.
Cette considération avait déterminé le choix de sa ligne d’opérations.
A proprement parler, il avait eu à choisir entre quatre lignes : de Lille ou de Valenciennes, sur la droite ou le centre de Wellington; de Civet, sur la gauche de Blücher ; d Avesnes, sur la direction où les deux généraux se trouvaient en contact.
En se portant contre la droite du premier ou la gauche du second, il aurait pressé l’un sur i’auîre; laissé leurs ar-
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niées reliées ensemble et en aurait, en quelque sorte, hâté la concentration commune.
En se portant contre le centre de Wellington, il aurait eu plus de difficultés, plus de dangers à rencontrer, sans beaucoup d’espérance d’un résultat bien différent.
En débouchant d’Avesnes sur l’extrémité de l’aile gauche anglo-hollandaise et de l’aile droite prussienne, difficultés et dangers pouvaient être considérables aussi, comme généralement dans toute attaque centrale. Mais Napoléon avait pensé qu’il les trouverait moindres que dans tout autre plan d’opérations.
Attribuant à Wellington circonspection et lenteur, reconnaissant à Blücher audace et activité, il avait calculé que celui-ci viendrait s’opposer à l’armée française avant même d’avoir pu réunir toutes ses forces, tandis que Wellington hésiterait à secourir son allié avant d’avoir concentré la plus grande partie des siennes.
Ce calcul était bien hasardé. Mais Napoléon comptait en j outre beaucoup sur les conséquences d’un fait qu’il connaissait bien : la divergence des lignes d’opérations de ses ; deux adversaires. ^
Puisque Blücher se basait sur Cologne et le Rhin, Wel- ; lington sur Anvers et la mer du Nord, il devait en résulter, dans tous les cas, de l’incertitude, du trouble pour la corn- ; binaison de leurs mouvements; et, dans le cas spécial d’une ^ attaque sur le milieu même de leur front, plus d’incertitude, | plus de trouble encore; le général français le croyait, et il voyait là une grande chance de succès immédiat, la possibilité de se placer tout de suite entre les armées ennemies, ' en rejetant l’une dans la vallée de la Meuse, l’autre sur l’Escaut.
Tels étaient les motifs qui l’avaient décidé à déboucher d’Avesnes sur leur ligne de contact.
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Celle ligne élait, à peu près, la grande cliaussée de Bruxelles h Cliarleroi. Il fallait donc s’avancer brusquement, avec une cxlrènic rapidité, dans celte direction, y précipiter les masses françaises, sans donner à Wellington et à Blüclicr le temps de concentrer leurs divisions éparpillées, on l’a vu, sur de vastes espaces.
Une cliaussée qui conduit deNamur à Nivelles, court parallèlement à la frontière française, on est éloignée d’une distance moyenne de douze à quatorze lieues, et coupe perpendiculairement la chaussée de Bruxelles à Cliarleroi. (y. l'Atias, pi. 1 )
Elle était la grande communication transversale des cantonnements anglo-hollandais et prussiens, dont l’espionnage avait suffisamment indiqué la disposition générale.
Si l’on parvenait à s’en saisir promptement, les deux armées ennemies se trouveraient séparées ou, tout au moins, excessivement gênées pour se réunir l’une à l’autre. Il était donc d’une importance capitale de l’atteindre tout d’abord. Une marche forcée pouvait y suffire.
Cette marche. Napoléon l’avait résolue. Elle était le but de la première journée de la campagne.
Le soir du 14 juin, l’armée, nous l’avons dit, campait sur trois directions et en autant de colonnes.
Ces directions convergeaient vers Cliarleroi, ville située TAir la Sambre.
La colonne de gauche était formée par les corps de Reillc et de d’Erlon; celle du centre, parles corps de Vandamme, de Lobau, la garde impériale et les réserves de cavalerie; celle de droite, par le corps de Gérard et une division appartenant à ces réserves.
Les bivacs retentissaient encore des acclamations des soldats surexcités par l’allocution de Napoléon, quand des
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officiers partirent du quartier général. Us allaient communiquer aux chefs des corps d’armée l’ordre de mouvement pour la journée du lendemain.
A gauche, Reille (2® corps), bivaqué sur la rive droite de la Sambre, à Leers, devait se mettre en marche à trois heures du matin, descendre le cours de cette rivière en s’emparant de la pelite ville de Thuin, du hameau d’Alne, où se trouvent des ponts, et arriver vers neufheures à Marchienne, autre petite ville, bâtie sur la Sambre, à une demilieue au-dessus de jCharleroi.
De Leers à Marchienne, la dislance n’est que de cinq lieues environ (1) ; mais il n’y avait pas alors de chaussée pour la parcourir.
D’Erlon (1^^ corps), bivaqué à près de deux lieues en arrière de Leers, à Solre-sur-Sambre, devait suivre la meme route, en partant à la même heure que Reille; serrer sur lui le plus tôt possible ; relever par une division les troupes ' qu’il aurait laissées à Thuin et au hameau d’Alne et faire ; construire une tête de pont sur chacun de ces points.
Au centre, Pajol corps de cavalerie) devait se porter i sur Charleroi, à deux heures et demie du matin, précédé , delà division de cavalerie de Vandamme (3^^ corps), placée momentanément sous son commandement.
Vandamme, lui-même, devait appuyer ce mouvement dè$ . trois heures, et être suivi, à quatre, par Lobau (6® corps); ^ à cinq, par la jeune garde; à cinq et demie, par les chas- | seurs ; à six , par les grenadiers à pied de la vieille 5 garde. |
Le maréchal Grouchy, avec le 2® corps de cavalerie, de- 1 vait monter â cheval â cinq heures et demie et tenir le flanc droit de celte longue colonne. Les 3^ et 4® corps de la même
(1) Ici, comme dans loul le cours de noire récit, nous comptons par lieue de quatre kilomètres.