‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 23 sur 198 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

arme devaient inarclier sur sa trace, cliacuii à une heure d’intervalle.

De leurs bivacs en avant de Beaumont à Charleroi, les troupes du centre avaient sept lieues à parcourir sur des chemins de traverse, dans un pays très-accidenté.

A droite, Gérard (4® corps) devait se diriger aussi sur Charleroi, mais seulement quand toutes ses troupes seraient réunies. De Philippeville à Charleroi, il y a sept lieues.

Dans cet ordre général de mouvement , l’empereur annonçait que « son intention était d’avoir passé la Sambre avant midi, et de porter l’armée à la rive gauche de cette rivière. »

Nous avons dit les précautions qu’il avait prises pour cacher à l’ennemi la marche des corps cantonnés sur la frontière de Metz à Valenciennes, et la présence de l’armée entre Sambre et Meuse. Dans la nuit, des espions revenant de Namur et de Bruxelles, quartiers généraux de Blücher et de Wellington, lui apprirent qu’ils y avaient laissé tout fort tranquille. Mais que s’y était-il passé, depuis leur départ? De Namur à Beaumont, il y a plus de quinze lieues; de Bruxelles, il y en a plus de vingt.

Leur rapport donnait, cependant, à peu près la certitude que, vers le milieu de la journée, les généraux ennemis avaient ignoré encore les mouvements qui s’opéraient sur la frontière. La nuit se passa sans autre incident.

Avant le point du jour, la diane retentissait dans les bivacs, joyeux et impatients de la lutte.

La colonne formant la gauche de l’armée s’ébranla, suivant l’ordre, à trois heures du matin, le corps de Reille en tète.

Reille, presque au sortir de ses bivacs, donna sur les avant-postes prussiens, lis étaient sous les armes. 11 les re-

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plia ; et, à quatre heures, son canon était en batterie contre Thuin, défendu par un bataillon de landwehr,

La campagne de Belgique était commencée.

Après une courte résistance, l’infanterie prussienne fut chassée de Thuin. Malgré une poursuite très-vive, elle essaya de tenir à Montigny-le-Tilleul ; elle en fut chassée aussi. Appuyée, alors, par deux escadrons, elle fit encore face en arrière; mais dragons et fantassins, abordés par notre cavalerie, furent rompus, culbutés; ils laissèrent deux cents prisonniers, une centaine de tués et de blessés et se retirèrent à grand’peine sur Marchienne. Un bataillon l’occupait avec deux pièces d’artillerie.

Marchienne est bâti sur les deux rives de la Sambre. En 1815, il n’y existait qu’un seul pont fort étroit, aboutissant des deux côtés â des rues presque aussi étroites.

Par un singulier excès d’imprévoyance, qu’on allait retrouver â d’autres passages de la même rivière, aucuno disposition n’avait été prise pour faire sauter ce pont. Les Prussiens se hâtèrent de le barricader. Mais, après s’être canonnés et fusillés quelque temps avec l’avant-garde de Reille, ils évacuèrent la ville et battirent en retraite sur Gilly, par Damprémy, sans être inquiétés. Il était dix heures.

Le pont déblayé, Reille y fit défiler le 2® corps, ce qui fut assez long, le massa un peu au delà et le porta ensuite sur les hauteurs, à une lieue en avant de Marchienne, dans la direction deJumet, l’étendant jusqu’à la chaussée de Charleroi à Bruxelles.

Celte position occupée, il attendit de nouvelles instructions.

Il exécutait ainsi un ordre de Napoléon, daté de huit heures et demie du malin.

Une dépêche expédiée un peu plus lard prescrivit à

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tl’Erlon de passer la Sambre à Aine ou bien à Marcliienne, de s’avancer jusqu’à la roule de Charleroi à Mous et de se former sur plusieurs lignes, de manière à se rapprocher de Reille. Cette route longe Marcliienne. Mais d’Erlon n’était pas encore près d’atteindre la Sambre.

Au centre de l’armée, Pajol, formant tête de colonne avec le 1*^'' corps de cavalerie et la division Domon (cava* lerie de Vandamme) monta à cheval à l’heure indiquée et marcha sur Charleroi. Près de Ham-sur-Heure, il rencontra un demi-bataillon prussien tenant la ligne des avant-postes, le sabra, lui fit deuxeentsprisonniers, et, vers huit heures, arriva à Marcinelle.

Ce village, séparé du pont de Charleroi par une digue longue de deux cents mètres, étroite et bordée de haies, venait d’être abandonné par les Prussiens. Le pont était fermé par une palissade et barricadé en arrière. Pajol fit essayer d’un hourra sur la digue par sa brigade d’avantgarde. La tentative échoua sous le feu des tirailleurs ennemis embusqués derrière les haies.

11 fallait de l’infanterie pour aller plus loin. Pajol se croyait suivi, à peu de distance, par celle du 3® corps. Il n’en était rien.

L’incurie de l’état-major avait été cause que Vandamme n’avait pas eu connaissance opportune de l’ordre général de mouvement donné la veille. A six heures du matin, ses trois divisions d’infanterie s’étaient trouvées encore dans leurs bivacs. Elles ne les avaient quittés qu’à .sept.

Les premiers bataillons qui vinrent appuyer Pajol furent ceux de la jeune garde.

Napoléon, tardivement prévenu de l’inaction du 3® corps, leur avait fait suivre une traverse à gauche de celle que devait prendre celui-ci; et, un peu avant midi, ils arrivèrent devant Charleroi.

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Leur approche détermina la retraite des Prussiens; les sapeurs et marins de la garde se jetèrent sur la palissade du pont, la hache à la main, la détruisirent, ainsi que la barricade en arrière, et ouvrirent le passage. Pajol traversa Gharleroi (1), immédiatement suivi par la jeune garde.

De cette ville à Bruxelles, il y a treize lieues. Une chaussée y conduit et passe par Gosselies, Frasnes, les Quatre-Bras, Genappe et Waterloo. Tout près de Gharleroi, une autre chaussée s’embranche sur celle-ci et se dirige par Gilly et Fleurus sur Namur.

Sa longueur est de dix lieues.

En sortant de Gharleroi, Pajol détacha le général Glary avec un régiment de hussards, sur la route de Bruxelles pour éclairer sa gauche, pour se relier à Reille, qui passait alors, on l’a vu, la Sambre à Marchienne, à une demi-lieue en amont de Gharleroi; et avec le reste de ses troupes, il s’avança sur la route de Namur. Mais il s’y avança peu.

11 avait devant lui la garnison de Gharleroi, un bataillon, qui avait fait retraite en bon ordre et reçu le secours de plusieurs bataillons, d’un régiment de cavalerie et d’une batterie.

Il s’arrêta en face de ces forces, un peu en deçà de Gilly, village k une lieue de Gharleroi, et se borna k escarmoucher.

Napoléon, venu sur le terrain, fit passer Lefebvre Desnoëttes, avec les chasseurs et les lanciers de la garde et deux batteries, sur la chaussée de Bruxelles pour appuyer Glary; et il donna l’ordre k Duhesme, commandant la division de jeune garde, de porter, dès qu’ils auraient débouché de

(t) « Le général Pajol entra à Gharleroi à midi. » {Bulletin du iojuin.)

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Cliarlcroi, trois de ses régiments en soutien de Pajol et le quatrième en réserve de Lefebvre Desnoéttes, ii mi-chemin de Gosselics. De Cliarleroi à ce village, il y a un peu moins de deux lieues.

La droite de l’armée avait marché plus lentement que le centre et la gauche.

Gérard (4® corps) avait dû attendre l’approche d’une de ses divisions restée, la veille, à trois ou quatre lieues en arrière de Philippeville; et il ne ne s’était mis en mouvement qu’a cinq heures.

Les colonnes venaient de s’ébranler; elles marchaient, ardentes, vers Cliarleroi, quand tout à coup le bruit se répandit que le général commandant la division d’avant-garde venait do déserter, passant en Belgique avec tout son étatmajor. L’odieuse nouvelle était vraie. Gérard, lui-même, en reçut la confirmation immédiate par une lettre que lui adressait le déserteur, le lieutenant général Bourmont.

Ancien officier de l’armée de Gondé, ancien chef de bandes royalistes dans l’Ouest, longtemps prisonnier d’État sous le Consulat et l’Empire, nommé colonel, en 1810, au mépris de la loi, avancé en grade depuis par son courage et ses talents, employé activement par le gouvernement royal, Bourmont avait adhéré, dès le 13 mars, à la cause de Napoléon. Maintenant, il faisait défection. « On ne me verra pas dans les rangs étrangers, écrivait-il à Gérard ; ils n’auront de mol aucun renseignement capable de nuire à l’armée française... Mais je tacherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. )) Triste excuse d’un acte inexcusable : d’un crime!

Bourmont avait pour complices son chef et son-sous-chef d’état-major, le colonel Clouet, le chef d’escadron Villoutreys, ses deux aides de camp, Dandigné, de Trelan, et le

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capitaine Sourda, autre officier attaché à son état-major (1).

Ainsi se trouvait déjà justifiée cette croyance du soldat à des trahisons qui n’attendaient, pour éclater, que l’heure favorable.

La division abandonnée par Bourmont était furieuse. Gérard se porta au galop dans ses rangs et parvint à lui rendre quelque calme, en assurant que cette abominable défection ne pouvait exercer, maintenant, aucune influence sur le résultat des opérations de l’armée.

D’après l’ordre général de mouvement, le 4® corps, on l’a vu, devait se diriger sur Charleroi. Mais, dans l’après-midi, une dépêche du major-général, datée de trois heures et demie (2), lui prescrivit d’appuyer à droite et de gagner Châtelet, village situé au bord de la Sambre, à une lieue et demie au-dessous de Charleroi.

L’avant-garde de Gérard, on peut le dire tout de suite, n’y arriva que vers cinq heures, et trouva le pont intact, le village sans défenseurs. Deux bataillons prussiens, qui l’avaient occupé jusqu’à deux ou trois heures, s’étaient retirés vers Fleurus.

Le gros du 4® corps était attardé par le terrain accidenté et les mauvaises traverses qu’il avait à parcourir.

Ainsi, de deux à trois heures, les trois colonnes formant

(1) Tous les écrits de Sainte-Hélène disent que Bourmont a déserté le U juin. C’est une inexactitude calculée qui a été répétée par la plupart des écrivains français.

L’élat ofTiciel des mutations de l’état-major du 4e corps existe; cl il porte la désertion de Bourmont et de scs complices au 15 juin. Du reste, la lettre que Bourmont adressa à Gérard pour lui annoncer sa désertion est datée de Florennes (près de Philippeville), le 15 juin.

(2) Dans les precedentes éditions, nous avions dit que celle dépêche était . de la matinée. C’était une erreur. Nous la rectifions sur une copie plus exacte

du registre d’ordres de l'état-major général. Elle était, d’ailleurs, sans importance.

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