CHAPITRE HUITIÈME
Hissaient vers Namur ou Haiinut, que les Angla-Hollaridais se repliaient sur Anvers.
Il oubliait ses lenteurs, ses retards de la veille et du matin même. 11 comptait sans la ténacité de Wellington, sans l’activité, l’audace de Blücher, toujours jeune en dépit des années. Souffrant, indécis, abattu, il jugeait ses adversaires sur sa mesure.
Ces illusions duraient encore quand il descendit de voiture sur le plateau de Fleurus (1).
Il était plus de onze heures. La moitié de la journée était perdue!
Groucliy venait de faire occuper par Vandamme la ville de Fleurus évacuée, dès le matin, par l’infanterie prussienne. Rajol, soutenu parles dragons d’Exelmans, avait replié un corps de cavalerie ennemie qu’on apercevait, maintenant, en avant de Ligny, échangeant avec lui des coups de canon.
La garde commençait à déboucher des bois. Les cuirassiers de Milhaud la suivaient. Gérard ne paraissait pas encore aux abords du plateau.
Le corps d’infanterie, sous Lobau, avait été laissé en attente près de Charleroi (2).
La terre était poudreuse, le soleil ardent, la chaleur suffocante.
(1) Le général Lamarque, dans un Essai historique sur les Ccnt-Jours^ dit que l’empereur, en arrivant sur le plateau de Fleurus, ne croyait pas à la présence de l’ennemi; qu’il alla trouver Vandamme, qui lui annonça vainement la réunion des Prussiens ; qu’il envoya plusieurs officiers pour s’en assurer, mais qu'il ne voulait pas y croire. {Souvenirs et mémoires du général Lamarque, publiés par sa famille. — Paris, 1856.)
(2) « Le 16, tandis que le centre se portait sur Fleurus et que le maréchal Ney était à Frasnes avec une partie de l’aile gauche, le 6® corps fut laissé à Charleroi avec l’ordre de se porter au secours de ce dernier, s’il en avait besoin. Tel était l’objet d’une mission dont je fus chargé. » {Campagne de 1815, par le colonel E.-F. Janin, sous-chef d’état-major du C® corps.}
Des troupes ennemies se montraient à Saint-Auiand, à Ligny, vers Brye, vers Sombreffe.
Dès l’arrivée de la garde et du corps de Gérard, à une heure (1), Napoléon fit former l’armée : Vandamme (3^ corps) en avant de Fleurus, ayant derrière lui la division Girard, détachée du corps (2); Gérard (4^ corps) au centre ; Pajol et Exelmans (1er et 2^ corps de cavalerie), à droite ; la garde, cavalerie, infanterie, artillerie, Milhaud (4® corps de cavalerie), en deuxième ligne derrière le rideau, à hauteur de Fleurus.
Pendant que se faisaient ces dispositions. Napoléon, peu accompagné, parcourut la chaîne des vedettes, monta sur les hauteurs, dans des moulins a vent, et reconnut le terrain et les forces de l’ennemi devant lequel il s’arrêtait. .
Le plateau de Fleurus s’étend en ondulations assez prononcées. Vis-à-vis de Saint-Amand et de Ligny, il s’abaisse, au nord, par une pente régulière fortement inclinée, au pied de laquelle serpente un ruisseau qui donne ou emprunte son nom à ce dernier village.
Au delà de ce ruisseau, le terrain se relève par une p^nte semblable mais plus courte et irrégulière, qui soutient un plateau fortement ondulé dont le point culminant est occupé par le moulin à vent, dit de Bussy, qu’on aperçoit à un millier de mètres par le nord-ouest du village de Ligny.
Le Ligny a sa source près de la chaussée de Namur à Nivelles, vers le cabaret des Trois-Bureltes. Il coule, d’abord, du nord-ouest au sud-est; mais il prend une direction
Ci) Quelques documents sur ta bataille de Waterloo, par le général Gérard.
(2) Celte division venait d’être appelée de Wangenies, où elle avait bivaqiié. Dans la dépêche écrite à Ney, quelques instants auparavant. Napoléon l’avait, cependant, comprise au nombre des huit divisions laissées à c. maréchal.
Ce ne fut pas le seul mécompte de C( lui ci dans cette journée.
GHAIMTHE HUITIEME.
presque perpendiculaire à celle-ci, vers lenord-ust, à partir de son confluent avec un petit ruisseau qui vient de Wangenies. Le village de Saint-Amand s'élève au-dessus de ce confluent, et tout auprès. Bâti en entier sur la rive droite du Ligny, il ne forme, à proprement parler, qu’une longue rue parallèle à la première direction de ce cours d’eau.
Sur la même rive, à quatre cents mètres au-dessus de Saint-Amand, se trouvent un château et une ferme contiguë; et, plus haut encore, à une distance moindre de ces deux bâtiments, le village de Saint-.4mand-la-Haye, duquel se détache, du côté de l’ouest, un groupe de quelques maisons, dénommé Saint-Amand-le-Hameau.
En remontant encore le ruisseau d’un millier de mètres, on rencontre, situé sur ses deux rives, le village de Wagnelée.
A mille mètres, ou un peu plus, en aval de Saint-Amand, le Ligny, coulant, comme nous venons de le dire, au nordest, traverse dans toute sa longueur le grand village dont il porte le nom, contourne ensuite le pied de mamelons sur le revers desquels est bâti Sombrelfe, fait brusquement le coude à hauteur de ce bourg, et prenant son cours au sud, va envelopper les monticules de Tongrinne et se jeter plus loin encore, après un nouveau changement de direction, dans rOrneau, affluent de laSambre.
Ses eaux n’ont pas plus de trente centimètres de profondeur. Mais ses bords, taillés verticalement, hauts d'un mètre à deux mètres, son lit large de deux à trois, tout bordé d’arbres plantés serrés, forment un obstacle, surtout pour l’artillerie, excepté dans le village même de Ligny, où l’on a pratiqué de larges rampes à droite et à gauche d’un pont.
Tous les villages et hameaux dont nous venons de parler
WATERLOO
sont de construction solide, et entourés, coupés parfois de plantations, de jardins, de vergers clos de fossés, de haies vives, de murs et de chemins creux.
La chaussée de Chaiieroi à Namur suit le bord septentrional du plateau de Fleurus, descend par une pente rapide sur le ruisseau de Ligny, le passe sur un pont maçonné et se confond, un peu au delà, au Point-du-Jour, avec la chaussée de Nivelles à Namur.
Le Point-du-Jour est un groupe de deux maisons.
Le bourg de Sombreffe en est à quinze cents mètres, à Touest. La chaussée de Namur à Nivelles le traverse, >coupe, trois quarts de lieue plus loin, par le nord de Brye, au ca- ^ baret des Trois-Burettes, la voie romaine (1); va longer, à une demi-lieue plus loin encore, le village de Marbais, et arrive aux Quatre-Bras. Entre ces deux derniers points, il j n’y a pas deux lieues.
Dans sa dépêche du matin, Napoléon, on se le rappelle, ■ avait prescrit au maréchal Ney d’envoyer, après avoir oc- < cupé les Quatre-Bras, une division d’infanterie à Marbais,
(( afin qu’il pût l’attirer à lui, à Sombreffe, s’il en avait besoin. )) ;
Au moment où, la lunette à la main, il examinait le ter-^ rain au delà du ruisseau de Ligny et ce qui s’y passait, trois | des quatre corps formant l’armée prussienne s’y trouvaient, rassemblés. ;
Zieten occupait Saint-Amand et Ligny par quelques ba-^ taillons. Il avait sa cavalerie en avant du second de ces villages et la masse de ses troupes sur Brye et le point culminant de Bussy.
(i) Oii, plus exactement peut-être, voie de Brunehaul. Elle conduit de Bavay à Tongres et Maeslricht. Les paysans rappellent la chaussée des Diables, les diables, dit la légende, bayant construite dans une seule nuit. Elle est devenue ti ès-élroile par suite des empiétements continuels des propriétaires riverains.