‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 34 sur 198 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Le corps de Pirch I était, au pied du versant nord du plateau depuis Sombreffe jusqu’aux Trois-Burettes , sur la chaussée de Namur à Nivelles.

Le corps de Thielmann se tenait, vers le Point-du-Jour, en colonnes sur cette chaussée et sur celle de Charleroi, ayant une division à Tongrinne.

Blücher avait bien mis à profit le temps que lui avait laissé Napoléon ; et son armée tout entière aurait été réunie là, sans le retard apporté à l’exécution de ses ordres par Bûlow. Maintenant Bûlow forçait la marche pour réparer sa faute; mais c’était bien tard. Il s’avançait de Hannut par la voie romaine. De Hannut au plateau dé Ligny, il y a dix ou onze lieues.

La position prise par Blücher était celle que, suivant le plan convenu d’avance avec Wellington, l’armée prussienne devait occuper pendant que Tarmée anglo-hollandaise occuperait, en masse, les Quatre-Bras.

Ainsi placées, ces deux armées se trouveraient en communication par la large chaussée de Namur à Nivelles, à moins de trois lieues l’une de l’autre, prêtes à se donner un mutuel appui. Elles couvriraient Bruxelles, objectif certain delà marche de Napoléon débouchant de Charleroi; et, en cas d’échec isolément subi, sur le plateau de Ligny ou aux Quatre-Bras, résultat possible d’une bataille qui devancerait leur réunion, l’armée anglaise se retirerait par Genappe, i’armée prussienne par Wavre sur la capitale de la Belgique, pour se réunir, suivant les circonstances, soit en arrière, soit même en avant de cette ville, et, dans cette dernière supposition, en disputer ensemble l’accès à l’ennemi jusque-là victorieux. Blücher, il est vrai, se trouverait dans la nécessité d’abandonner, au moins pour quelque temps, sa ligne d’opérations, mais cet inconvénient serait bien largement compensé par l’avantage de la réunion.

WATERLOO

Telles avaient été les considérations qui avaient déterminé la résolution des généraux alliés.

Napoléon ne reconnut pas immédiatement, on va le voir, la force réelle des Prussiens. Les mouvements de terrain, les massifs d'arbres, la hauteur des moissons trompèrent son œil exercé. 11 ne s’expliquait pas d’ailleurs comment Blücher aurait massé là une grande partie de ses forces pour risquer un combat isolé, tandis que l’intérêt évident du général prussien et du général anglais était de ne combattre qu’après leur réunion. Mais ce qui lui paraissait inexplicable lui aurait semblé tout naturel, s’il eût pu savoir ce qui se passait alors en face de lui, au moulin de Bussy. Là, en effet, Blücher, qu’il croyait encore peut-être à Namur, Wellington, qu’il croyait à Bruxelles, concertaient une action commune pour la journée même.

Mon armée se rassemble aux Quatre-Bras, disait ce dernier; j’aurai bientôt assez de forces sur ce point pour tenir en échec tout ce qui s’y présentera et vous porter, ici même, une aide puissante. « A quatre heures, je serai ici. (1) »

(1) Der Feldzug von 1815 in Frankreich, hinlerlassene Werke des Générais Cari von Clausewitz. YIII Band. Berlin 1835.

Clausewitz, fort lié avec Gneisenau le chef d'élat-major et le conseiller toujours écouté de Blücher, a écrit, sans doute sur une communication de son ami, les paroles que nous rapportons. Il dit, d’ailleurs, que ce fut la promesse de secours de Wellington qui décida Blücher à recevoir la bataille.

Wagner {Plane der Schlachten und Treffen, etc. Berlin 1825) s’exprime formellement comme Clausewitz sur ce point.

Damitz, officier prussien, qui a composé son histoire de la campagne de 1815 {Geschichte des Fcldziigs von 1815, etc. Berlin 1837) sur les documents laissés par le général Grolman, quartier-maître général de l’armée prussienne, affirme de son côté, de la façon la plus nette, que la résolution définitive d'accepter la bataille ne fut prise que sur la ferme assurance {nach dieser festen Versicherung) de l’aide des Anglais. « Wellington, écrit-il aussi, dit en propres termes : Je suis convaincu qu'à deux heures j’aurai assez de troupes rassemblées (aux Quatre-Bras) pour prendre l’offensive. » Quant à la manière même dont l'armée anglaise aiderait les Pru.ssiens, il fut entendu, écrit

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