CHAPITRE HUITIÈME. m
d’Exelmans) ; six pièces d’aidillerie sont tombées au pouvoir de nos dragons.
A la suite de ce coup de vigueur, le combat est devenu très-vif dans le coude du Ligny, surtout vers la ferme de Potriaux et le pont. Une partie de la division de Borcke s’y est engagée contre les fantassins de Hulot, qui font des prodiges d’activité et de valeur.
11 était sept heures et demie ou un peu moins. La bataille restait indécise.
Napoléon disposait encore de la moitié de l’infanterie de la garde, de la division Guyot (grenadiers et dragons de la garde), des cuirassiers de Milhaud et du corps de Lobau : vingt-quatre mille hommes environ, ou le tiers à peu près de son armée. Blücher, au contraire, avait successivement fait entrer en ligne les cinq sixièmes de la sienne. Mais trois de ses divisions, bien fatiguées, bien réduites, il est vrai, avaient été retirées de la lutte et lui offraient des ressources.
Il venait d’apprendre qu’il n’avait plus à compter sur le secours des Anglo-Hollandais, violemment engagés euxmêmes aux Quatre-Bras, disaient les derniers avis reçus. Mais, loin d’ôtre ébranlé, il restait plein de confiance. Il crut meme le moment venu d’un dernier effort qui lui donnerait le gain de la journée, et résolut de frapper un grand coup sur la gauche de son ennemi, de la déborder, de l’écraser et de saisir, enfin, la chaussée de Fleurus. C’était pour cette manœuvre même qu’il avait compté sur l’appui des Anglo-Hollandais. Mais, Wellington lui manquant, il allait tenter seul ce qui avait dû se faire à deux.
11 dirige sur la Haye trois bataillons de la division Langen (corps de Pirch I) qui n’ont pas encore donné, deux bataillons de celle de Sleinmetz, si rudement atteinte au commencement de la bataille; et la- division Tippelskirchen,
WATERLOO
qui vient d’ôtre si maltraitée aussi et n’a guère eu que le temps de regarnir ses gibernes, reçoit l’ordre de rentrer en ligne.
Le vieux maréchal galope sur le flanc de ses colonnes, les anime du geste et de la voix; leur promet la victoire pour prix d’une dernière rencontre ; pousse en avant Brause et Pirch II, toujours aux prises avec Duliesme et Habert, et étend de plus en plus sa ligne à droite du Hameau, de manière à envelopper la gauche de Vandamme. La cavalerie de Jürgas couvre encore ce mouvement.
Duliesme et Habert plient sous le choc. Mais la brigade de chasseurs à pied de la garde vient les soutenir; les glorieux débris de la division Girard reviennent au feu; Domon et Subervie tiennent en respect les escadrons de Jürgas. Le nouvel effort de Blücher est arrêté. De Saint- Amand à la Haye, de la Haye au Hameau et plus loin encore, la lutte est furieuse.
On en est la; et Blücher, irrité, exaspéré de l’arrêt que subissent ses troupes, se multiplie en vain au milieu d’elles, les excitant à avancer, quand tout à coup il s’éloigne au galop le plus vite de son cheval.
Il vient d’apprendre que sa présence est indispensable sur un autre point du champ de bataille.
Les réserves conduites par Napoléon avaient, en effet, continué leur marche et frappé un terrible coup. i
Arrivées à hauteur de Ligny, toujours disputé par Gé- ^ rard, elles avaient été disposées pour l’attaque: l’artillerie allant immédiatement contre -battre les batteries prussiennes; les bataillons de la garde serrant en masse face I au village; la cavalerie en arrière, prête à suivre la route ' qu’ils étaient chargés d’ouvrir. Ils devaient pénétrer dans Ligny, achever de le déblayer et marcher ensuite au plateau de Bussy, clef du champ de bataille.