‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 44 sur 198 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Après quelques instants donnés au jeu de l’artillerie (1), la charge avait battu; la redoutable phalange avait défilé devant Napoléon, qui lui montrait, à travers les fumées de la poudre et des incendies, la position à emporter; et elle s’était précipitée sur Ligny, ivre d’enthousiasme et de fureur, aux cris de « Vive l’empereur ! pas de quartier ! » Le feu croisé des batteries ennemies , les rues encombrées de cadavres et de blessés, les maisons en flammes, une résistance désespérée n’avaient pu arrêter son élan. Le soleil venait de disparaître à l’horizon, enveloppé d’orageux nuages, quand elle avait paru de l’autre côté de Ligny, précédée par les vaillants soldats de Gérard (2),

En ce moment, le centre de l’armée prussienne était affaibli par le départ des troupes récemment dirigées sur la Haye, par l’envoi vers Potriaux du reste de la division Steinmetz,

(1) Pendant la courte halle de la garde devant Ligny, le général Roguel, colonel en second des grenadiers ù pied, avait réuni les officiers et sous-officiers, et leur avait dit : « Prévenez les grenadiers que le premier qui m’amènera un Prussien prisonnier sera fusillé. » Paroles féroces auxquelles, à deux jours de là, devaient répondre de féroces représailles.

(2) « L’armée débouche en ec moment du village pour poursuivre l’ennemi .» (Lettre du major général SouU à Joseph Bonaparte, datée du 16 juin, à huit heures et demie du soh\ en arrière de Ligny.)

A sept jours de là, le général Drouot faisant, à la Chambre des Pairs, im long exposé de la campagne de Belgique, dit ; « Les grenadiers de la garde traversèrent le village de Ligny;.... » et, dans une noie aulotiraphe du mois de décembre 1819, que nous avons sous les yeux, il écrit d’une fitçon plus précise encore que la garde traversa Ligny, dont le débouché venait d'hêtre force.

Drouot, à Ligny, était aide-major-général de la garde, qui n’avait pas de commandant en chef ; nul mieux que lui n’a donc pu parler, en connaissance de cause, de la manœuvre opérée par ce corps d’élite.

M. Thiers affirme, néanmoins, que la garde ne traversa pas Ligny; mais il ne cite aucun témoignage à l’appui de son affirmation, et se contente de dire que Napoléon « n’éiait pas homme à jeter des bataillons d’élite dans Ligny môme, où ils seraient ailés se briser, peut-être, contre un monceau de ruines et de cadavres. »

WATERLOO

suite d’un malentendu, dit-on. Stülpnagel et Borcke restaient intempestivement, l’un surSombreffe, l’autre versPotriaux; et cliacun d’eux avait même détaché deux bataillons dans le lit du ruisseau, prés du pont.

Pour repousser la garde, il ne restait à portée de Ligny qu’un bataillon de Langen, les restes de la division Henkcl et la cavalerie du corps de Zieten.

A leur sortie du village, les bataillons de Gérard et ceux de la garde s’étaient arrêtés pour se reformer avant de gravir la pente du plateau, oü les Prussiens chassés de Ligny se hâtaient de se reformer aussi.

Ce fut alors que Blücher, accouru de la Haye, revint au centre de sa ligne. La vue de l’imminent péril ne troubla pas son courage.

Sa présence rend confiance à ses troupes ébranlées. Elles se remettent en ordre ; leurs bataillons, leurs batteries couronnent le plateau, et la cavalerie se prépare â les appuyer.

L’infanterie française a repris sa marche.

Les Prussiens la laissent avancer; mais, des qu’elle arrive à portée, elle reçoit un feu violent d’artillerie, suivi bientôt d’une fusillade meurtrière; et simultanément, quatre escadrons de uhlans conduits par le colonel Lützow débouchent sur son flanc droit. Cette charge audacieuse est arrêtée par un bataillon de la garde qui s’est formé en carré et renverse de son feu le quart des uhlans; et Lützow, Tardent patriote, l’intrépide partisan de 1813, tombe sous son cheval tué, et reste prisonnier.

tluit autres escadrons renouvellent la tentative. Ils sont sabrés et culbutés par les cuirassiers de Delort (corps de Milliaud), qui viennent de traverser Ligny, suivis des dragons et grenadiers de la garde, et annoncent ainsi leur entrée en ligne.

D’autres charges sont successivement fournies avec des chances diverses par ces escadrons ralliés, par d’autres en-

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