‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 50 sur 198 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

il s’était porté, avant le jour, sur les Quatre-Bras,se faisant suivre par sa seconde brigade aux ordres du général Bylandt et sa seconde batterie d’artillerie. Vers quatre heures, il y était arrivé.

A six, le prince d’Orange l’avait rejoint, accourant de Bruxelles par Braine-le-Gomte ; et, après de justes félicitations à ce lieutenant si résolu, il avait pris la direction de la défense.

Les Quatre-Bras tirent leur nom de la croisée des grandes routes de Namur à Nivelles et de Bruxelles à Charleroi. (V. C Allas, pL n® 3.) La première se dirige à peu près du sud-est au nord-ouest, la seconde du nord au sud. Au point même de leur rencontre, se trouvent, sur un plateau légèrement ondulé, une auberge, une ferme et deux ou trois maisons.

Ce plateau est soutenu, au sud et à l’est, par une pente assez peu roide dont le pied est dans un petit vallon, à fond raviné, où coule un faible ruisseau qui passe sous la chaussée de Bruxelles et va verser ses eaux dans la Dyle.

A partir de là, le terrain se relève par des ondulations de plus en plus prononcées jusqu’à Frasnes.

Dans l’angle sud-est des Quatre-Bras, à treize ou quatorze cents mètres de ce point, on aperçoit la grande ferme de Gimioncourt sur la rive droite du ruisseau que nous venons d’indiquer. Située dans un vaste verger bordé par de longues rangées d’arbres, clos par des haies vives hautes et fourrées, elle touche presque à la chaussée de Bruxelles*

Le hameau de Piraumont est à l’est de cette ferme et très-rapproché de la chaussée de Namur et du bois de la Hutte, qui s’étend jusqu’à hauteur de Frasnes.

Dans l’angle sud-ouest des Quatre-Bras, le bois de Bossu s’allonge sur une croupe parallèle à la chaussée de Bruxelles à Gharleroi, la laissant à moins de deux cents mètres, aux

WATERLOO

Quatre-Bras même, où il commence, et s’en écartant progressivement jusqu’à seize ou dix-sept cents. Sa longueur est de près de trois mille mètres ; sa largeur moyenne, de cinq ou six cents. Une ferme, dite le grand Pierre-Pont, est près de son extrémité, sur sa lisière est (1).

Le prince d’Orange avait sous la main cinq bataillons de Nassau (brigade Bernard de Saxe-Weimar), quatre bataillons hollandais (brigade Bylandt), seize bouches à feu, c’est-à-dire sept mille hommes ou un peu plus. Un bataillon belge, laissé à Nivelles en attendant l’arrivée d’autres troupes sur ce point , devait porter ces forces à huit mille hommes, mais seulement vers deux ou trois heures,

La cavalerie consistait en une cinquantaine de hussards prussiens que les hasards de la retraite de la veille avaient portés de Gosselies sur Frasnes, et qu’on retenait provisoirement.

Le prince d’Orange posta quatre bataillons de Nassau dans le bois de Bossu, leur faisantoccuper la ferme du grand Pierre-Pont; deux bataillons hollandais, l’un en avant de la ferme de Gimioncourt, l’autre à gauche de celui-ci; onze bouches à feu à droite et à gauche de la chaussée de Bruxelles, soutenues par un bataillon de Nassau et presque à hauteur de la ferme du grand Pierre-Pont; deux bouches à feu près de cette ferme ; et deux bataillons hollandais en réserve près des Quatre-Bras , avec trois pièces de canon.

Cette ligne était bien étendue; mais on voulait en imposer, faire croire à la présence de troupes nombreuses, favorisé qu’on était par le bois, par les moissons, par les mouvements de terrain.

Vers dix heures (2) , Wellington , venant de Bruxelles,

(1) Ce bois a été complètement défriché en 1816 et 1817.

(2) La présence de Wellington vis-à-vis de Frasnes, à dix heures et demie,

est constatée par une fort brève dépêche qu’il adressa à Blücher, cl qui est [1

CIIAPlTRb: NEUVIEME.

d’où il n’étail parti qu’à cirui (1), avait approuvé ces dispositions. Toujours calme, froid, impassible (2), il avait lentement parcouru la chaîne des avant-postes, examiné la position des Français, où Ney se trouvait en ce moment même; et, cette reconnaissance terminée, il s’était rendu près de Blücher, à qui il allait promettre une aide que le maréchal français devait rendre impossible.

« Vous ne tarderez sans doute pas à être attaqué, avait-il dit au prince d’Orange en le quittant. Je compte sur vous pour tenir ici jusqu’à l’arrivée des divisions en marche. » Son jeune lieutenant, formé à son école, méritait cette confiance. Elle ne fut pas trompée.

Cependant , les divisions annoncées devaient se faire longtemps attendre. Les plus proches étaient celles qui arrivaient de Bruxelles. Elles en étaient parties, il est vrai, au point du jour, mais avec l’ordre de faire halle, jusqu’à nouvel avis, au village de Waterloo, c’est-à-dire un peu en arrière du point où une chaussée venant de Nivelles s’embranche sur celle de Bruxelles ; et, à midi seulement, elles avaient repris leur marche se portan t sur les Quatre-Bras. De Waterloo à ce point, il y a dix-sept kilomètres. L’ordre qui les y appelait avait été expédié de Genappe par Wellington. Retard étrange !

11 était deux heures moins un quart, quand la division Foy arriva sur Frasnes. Le maréchal Ney disposa, dès lors,

dalée ainsi : « Sur les hauleurs, derrière Frasnes, le 16 juin à dix heures el demie. »

(1) Wüfïling (aus meinem Leben).

(2) Des écrivains se sont plu à représenter Wellington arrivant aux Qiialre-Bras, tout ému, tout etîaré.

Un officier de haut grade, esprit élevé et singulièrement impartial, qui lui fut présenté alors par le prince d’Orange, et à qui nous demandions, il y a peu de temps, quelle était l’attitude du général anglais, nous a répondu ; « 11 éiait froid comme glace, comme si les Français eussent été à cent lieues de nous. »

WATERLOO

de neuf raille horaraes d’infanterie, de 1,850 chevaux (1) et de vingt-deux bouches à feu. Il avait, en outre, deux radie chevaux et la batterie de la division Lefebvre Desnoeltes; mais Napoléon, on l’a vu, lui avait recoraraandé de ne pas s’en servir. La division Guillerainot, un peu plus éloignée de Frasnes que celle de Foy, au moment du départ, ne pouvait tarder k rejoindre.

A deux heures (2), Ney tirait le premier coup de canon contre le prince d’Orange.

Il devança donc, il faut le remarquer, l’ordre de Napoléon • qui lui faisait écrire, de Fleurus, en ce moment meme, par le major général (3) « que son intention était qu’il atta-

quât ce qu’il avait devant lui. » .

Reille conduisit le mouvement, la division Bachelu mar- . chant, à droite de la chaussée de Bruxelles, en colonnes par ; bataillon; la division Foy tenant la chaussée même par a brigade Gautier et gardant la brigade lamin en reserve; a | division Piré flanquant la manœuvre à droite par 1 une de . ses brigades et ayant l’autre vis-à-vis et en arriéré de 1 intervalle de Bachelu et de Foy. Lefebvre Desnoeltes resta sur

les hauteurs de Frasnes. ,

Les tirailleurs de Bachelu s’engagèrent avec ceux^ du bataillon de gauche de la ligne hollandaise. Ils e^ replièrent; et ce bataillon lui-même, abordé, avant davoiii pu se former en carré, par un régiment de cavalerie,^ fut sabré, mis en désordre et alla se rallier vers la ferme de Gimioncourt. Bachelu fit occuper le hameau de Piraumont.

(1) Division Bticlielu, 9 bataillons, 4,105, division Foy, 10 bataillons, A 78^ fantassins: division Piré, 1.8G5 cavaliers.

' « ce“i.ni, o„ 1. V.™ plu. ...d.

d'anrcs les rapports hollandais et les écrivains ang .us vUcresscs opposé à ceux-ci. Reille (Notice historique) dit « vers deux lu ui c.-. »

(3) Voir pages 151-152.

Page 1