CHAPITRE NEUVIEME
La brigade Van Merlen (division liollando-beige de Coliaert), forte de onze cents chevaux et d’une section d’artillerie, venant de la Haine par Nivelles, la division Picton, de sept mille sept cents hommes, en douze bataillons et deux batteries (douze bouches à feu), venant de Bruxelles, débouchèrent simultanément sur les Quatre-Bras.
Van Merlen avança entre le bois de Bossu et la chaussée de Bruxelles : Picton se forma sur deux lignes, chacune de six bataillons : la première sur la chaussée de Namur; la droite aux Quatre-Bras, et la gauche vers un chemin qui conduit de cette chaussée à Sart-Dame-Avelines.
Van Merlen achevait son mouvement ; Picton n’avait pas fini le sien, quand le prince d’Orange, de plus en plus pressé par Foy et Bachelu, voulut mettre à profit le premier secours venu sous sa main et dégager la pente du plateau des Quatre-Bras.
Van Merlen avait un régiment de hussards (Hollandais) et un régiment de dragons légers (Belges). Le prince lui ordonna de prendre la charge, avec les hussards, contre deux bataillons qui, près de la chaussée, soutenaient les tirailleurs français, de plus en plus entreprenants; il le fit appuyer par quelque infanterie, par son artillerie, ettintles dragons prêts à l’appuyer aussi.
La tentative ne fut pas heureuse. Le colonel de Faudoas s’élança sur les hussards, avec le 6® chasseurs, suivi du 5® lanciers ; les mit en déroute, aborda ensuite l’infanterie de soutien, la dispersa et sabra l’artillerie, dont une batterie fut presque anéantie (1). Les dragons voulurent en vain paralyser ce brillant coup de vigueur, en reprenant la charge des hussards. Après une vive rencontre où ils se
(t) Ce sont les expressions mêmes dn général Perponclier, dans son rapport. (Archives du ministère de la guerre hollandais.)
WATERLOO
mêlèrent audacieusement à leurs adversaires, ils tournèrent bride, galopant pour aller se rallier en arrière des Quatre- Bras. Ils ne devaient pas rentrer en ligne de la journée; car, pour comble d’infortune, un bataillon anglais, trompé par la similitude de leur uniforme avec celui de nos chasseurs, les accueillit par une fusillade meurtrière à leur approche de la chaussée de Namur (1).
Au moment où le prince d’Orange avait fait commencer la manœuvre qui aboutissait à cet échec, Wellington, de retour de son entrevue avec Blücher, avait reparu sur le terrain; et une colonne brunswickoise était venue serrer en arrière de Picton.
Partie, le matin, de Bruxelles et conduite par le duc de Brunswick lui-même, cette colonne comptait cinq bataillons et cinq escadrons : plus de trois mille baïonnettes et huit cents sabres. L’artillerie et le reste de l’infanterie (trois bataillons, seize bouches à feu) du corps de Brunswick la suivaient à trois heures de distance.
Wellington ayant reconnu l’état du combat et vu que Ney préparait un mouvement en avant à droite et au centre, fit immédiatement des dispositions pour y résister.
(1) Dans une brochure fort intéressante, le général-major belge Renard raconte ainsi, d’après le témoignage d'officiers qui y prirent une part principale, un épisode de celte rencontre entre Français et Belges : « En ce moment, nos braves furent soumis à une rude épreuve. Ils se trouvèrent en présence de camarades avec lesquels, quelques mois auparavant, ils bravaient les mêmes dangers. Ceux-ci appelaient les nôtres par leiir nom en les engageant à rejoindre leur drapeau. Le capitaine Delenne se trouva en présence de Devielle, son frère d’armes de France. Le capitaine Van Remoortere reçut un coup de pointe dans le ventre, d’un de ses anciens sousofficiers. Le maréchal des logis Beauce se sabrait avec un des maréchaux des logis de son ancien escadron. » {Réponse aux allégations anglaises sur la conduite des troupes belges en 1815. — Bruxelles, 1855.)
Ce récit vient à l’appui de ce que nous avons dit précédemment de l’erreur où tombait Napoléon en comptant sur la défection des troupes belges.