CHAPITRE NEUVIÈME
La division Piéton se composait des brigades anglaises de Kempt et de Pack, et de la brigade hanovrienne de Best (1), chacune de quatre bataillons. Wellington porta rapidement six bataillons anglais en première ligne, à quatre ou cinq cents mètres en avant de la chaussée de Namur ; la brigade hanovrienne, en seconde ligne, sur celte chaussée même; un bataillon anglais contre les Quatre-Bras et un autre, anglais aussi, près de la chaussée de Namur et visà-vis de Piraumont.
Le duc de Brunswick reçut l’ordre de détacher un bataillon pour appuyer ce dernier, un escadron pour éclairer le terrain adroite du bois de Bossu, et d’aller prendre position, avec le reste de ses troupes, entre le bois et la route de Bruxelles, en avant des Quatre-Bras.
Les troupes engagées jusque-là par le prince d’Orange passèrent en réserve, à l’exception des Nassau du prince de Saxe-Weimar et d’un bataillon de Bylandt, qui continuaient à disputer le bois de Bossu à Guilleminot.
Wellington ne s’était pas trompé : Ney avait fait les préparatifs d’un mouvement général en avant ; et ce mouvement commença comme finissait celui de Picton et du duc de Brunswick.
Bachelu avec les quatre régiments de sa division , diminués d’un bataillon qui occupait Piraumont, marcha aux Anglais de Picton et eut en arrière de sa gauche un régiment de lanciers et un régiment de chasseurs (division Piré). Foy poussa en avant de la ferme de Gimioncourt deux colonnes, l’une sur la chaussée, l’autre plus près du bois de Bossu. Guilleminot dut continuer sa lutte dans ce bois.
()) La brigade de Best appartenait à la division Cole. Elle venait de passer dans la division Picton pour y remplacer la brigade lianovrieunc de Vincke.
WATERLOO
Toute l’artillerie du corps de Reille, en batterie au sommet du rideau en deçà du ruisseau de Gimioncourt, protégea la manœuvre de Bachelu et de Foy, en précipitant son tir.
Pour parvenir à la position de Picton, Bachelu avait à traverser le ruisseau de Gimioncourt, au fond raviné, aux bords garnis de haies épaisses, et un peu au delà, un autre ravin ou pli de terrain bien moins prononcé , mais garni également de haies infranchissables sur beaucoup de points (1). 11 traversa ces obstacles, mais avec difficulté: et il en résulta de la désunion dans ses colonnes. Il avait replié les tirailleurs anglais, atteint le sommet delà pente du second ravin et mettait le pied sur le plateau, quand il reçut une grêle de mitraille et la fusillade, presque à bout portant, de la première ligne de Picton, de six bataillons qui, à moitié couchés dans les blés, le doigt sur la détente, avaient attendu l’approche de leurs adversaires. Sous ce feu terrible, les régiments de Bachelu, dont les rangs sont encore désunis, que l’artillerie ne peut plus protéger, car ils la masquent maintenant, se troublent et hésitent. Picton le voit, et, aussi prompt à la résolution qu’à l’exécution, il les fait charger à la baïonnette, les rejette au delà des deux ravins et paraît avec eux sur le revers opposé. Mais, arrivé ! là, il est fusillé, à courte distance, par le régiment formant i la colonne de gauche de Bachelu, le 108% attardé par le pas- j sage des haies qu’il est obligé de couper. Les bataillons | anglais s’arrêtent bientôt; et les lanciers et les chasseurs, saisissant le moment, se précipitent sur eux et les mettenten désordre. La ligne française se réforme sous la protection de cette charge brillante, et, à son tour, elle rejette l’ennemi, la
(1) Ces haies ont disparu depuis 1815, ainsi que beaucoup d’autres et des fossés qui coupaient le terrain au bas du plateau des Quatre-Dras et sur le plateau meme.