CHAPITRE KEÜVIEWE
SOS Iluit cents cuirassiers sur l’infanterie d’Halkctt. Le premier régiment qu’il rencontre est le 69® (1), qui l’a attendu, rangé en bataille. Il reçoit son feu à moins de cent pas, le renverse, lui met hors de combat la moitié de ses hommes, tue son lieutenant-colonel commandant et enlève son drapeau, qui est pris par le cuirassier Lami, du 8® régiment. Le 69® se disperse et s’enfuit dans le bois.
Kellermann rallie ses escadrons et les jette sur le 30® régiment, qui est en carré près de là ; il ne réussit pas à l’enfoncer; mais il culbute, sabre le 33®, deux bataillons de Brunswick et arrive avec les fuyards jusqu’aux Quatre-Bras.
Le centre de Wellington est ouvert.
Pendant ces charges furieuses, les lanciers et les chasseurs de Piré ont abordé les carrés de Picton ; mais leurs assauts répétés n’ont pu parvenir à les forcer. Formée, ici, sur deux rangs, là, sur quatre, cette vaillante infanterie a résisté à tous les efforts, superbe de sang-froid, puissante par le tir.
Dans les hasards de cette rencontre, le 6® lanciers, conduit par le colonel Galbois, parvient jusqu’à la chaussée de Namur, tombe sur un bataillon hanovrien (division Picton) et le taille en pièces. Le feu de deux bataillons voisins l’airête, et il est forcé de se replier, ramenant le brave Galbois grièvement blessé. Mais il reprend bientôt la charge.
Ney suivait d’un œil avide, à travers les éclaircies de la poudre, la lutte de sa cavalerie.
Voyant les débuts heureux de Kellermann, l’audace croissante des lanciers et des chasseurs, voyant Guilleminot qui avait repris sa marche en avant, qui touchait presque à la chaussée de Nivelles, à la lisière nord du bois de Bossu, entendant la fusillade de Bachelu qui gagnait sur la gauche
(l) Le 69e, comme tous les régimenis d’Allen, n’avail qu’un bataillon.
WATERLOO
ennemie, il avait poussé, vers les Quatre-Bras, les colonnes de Foy.
Celle de droite a enlevé la maison isolée, d’où le 92® anglais s’est vainement efforcé de la chasser; celle de gauche va achever de balayer la lisière est du bois, quand, dans une charge qu’il mène aux Quatre-Bras mêmes, Kellerman reçoit d’épaisses volées de mitraille, et une grêle de balles lancées du bois, des maisons et des clôtures voisines.
Son cheval est tué; sa troupe, jusque-là si intrépide, s’étonne, hésite, tourbillonne, et bientôt tourne bride et s’enfuit. Sourde à la voix de ses officiers, éperdue, comme frappée de vertige, elle se précipite vers le vallon de Gimioncourt, le franchit et ne va s’arrêter que devant la division Lefebvre Desnoëttes, qui lui barre le passage à Frasncs. Kellermann s’échappe à grande peine au milieu de cet affreux tumulte; il revient à pied, tête nue, sans arme, accroché de chaque main aux chevaux de deux cuirassiers, et ne trouve un abri que près de notre infanterie.
L’épouvante des cuirassiers ébranle les colonnes de Foy; les lanciers et les chasseurs de Piré se replient derrière elles ; tout hésite.
Ney se multiplie pour rassurer, encourager ses soldats, et, malgré la déroute de Kellermann, ne désespère pas du gain de la journée.
11 est près de sept heures.
D’Erlon, rappelé avec instance, viendra sans doute, enfin, donner le secours décisif qui terminera la bataille.
Mais, pendant que Ney demande aux siens de faire de nouveaux efforts jusqu’à l’arrivée de d’Erlon, Wellington reçoit, par la chaussée de Nivelles, la division Cooke (gardes anglaises) avec une batterie, et, par la route de Bruxelles, les trois derniers bataillons du corps de Brunswick avec seize bouches à feu.