‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 60 sur 198 · CHAPITRE DIXIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÉME

Ney n’avait à voir, ne pouvait voir que ce qui se passait devant lui, les nécessités de sa position. D’Erloii était son subordonné : rappelé vers les Quatre-Bras, n’étant pas retenu par l’ordre de Napoléon, il devait obéir au maréchal. Napoléon avait le commandement en chef, et lui seul pouvait prendre la responsabilité de jeter contre l’armée prussienne le 1“ corps, venu sous sa main, nous le répétons. Il aurait dû avoir l’audace, la sagesse de faire jouer ainsi à d’Erlon un rôle décisif et s’en rapporter à la fermeté éprouvée du maréchal Ney pour contenir les Anglo-Hollandais aux Quatre-Bras. Cette audace, cette sagesse, il ne l’eut pas. Ce fut une faute capitale qui sauva de la destruction l’armée de Blücher, mais qu’on ne saurait sans injustice, sans aveuglement, imputer au maréchal Ney, non plus qu’à d’Erlon.

Autrefois, Napoléon aurait agi tout différemment; maintenant, il avait faibli. Voilà pourquoi le 1®’’ corps resta inutile! voilà pourquoi Blücher échappa à un désastre !

Privé de lacoopération ded’Erlonetde Indivision Girard, Ney rendit un service immense, que lui seul, peut-être, pou- i vait rendre avec sa prodigieuse énergie : il empêcha Wellington d’intervenir sur le champ de bataille deLigny; il rendit vaine la promesse du général anglais au général prussien, la promesse qui avait décidé ce dernier à attendre le choc de Napoléon,

On a trouvé, cependant, qu’il ne fit pas assez : il aurait dû vaincre, disperser les Anglo-Hollandais, et se rabattre ensuite sur Brye, sur Saint-Amand, pour donner le coup de grâce à Blücher ; il a eu le sort de la France entre les mains, suivant le mot de Napoléon, il l’a laissé échapper!

Ce sont les récits de Sainte-Hélène qui ont formulé, propagé, universalisé celte opinion, en France, du moins; car, à l’étranger, les écrivains militaires le plus en renom ne l’ont pas accueillie.

WATERLOO

Elle est souverainement injuste.

Napoléon, en effet, ne s’est pas borné à reprocher au maréchal Ney d’avoir « laissé le corps à deux lieues et demie en arriére des Quatre-Bras et de l’avoir appelé à lui beaucoup trop tard ; » reproche sans fondement, ou l’a vu; il prétend encore lui avoir donné des instructions dont l’exécution fut très-longtemps différée, puis conduite avec une timidité excessive.

S’il fallait l’en croire, « le maréchal Ney reçut l’ordre, dans la nuit, de se porter le 16, à la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, d’occuper une bonne position à cheval sur a route de Bruxelles, en gardant les chaussées de Nivelles et de Namur, par ses flanqueurs de gauche et de droite. Le comte Flahaut, aide de camp général, porta ses ordres (1)...

» Ney commença son mouvement à midi seulement (2). Ses tirailleurs engagèrent le combat à deux heures ; mais ce ne fut qu’à trois heures, lorsque la canonnade de Ligny se fit entendre dans toute sa force, qu’il aborda franchement l’ennemi (3). »

Mais, à peu de choses près, tout ceci est de pure invention.

Ney passa une grande partie de la nuit du 15 au 16, près de Napoléon à Charleroi; et il n’en partit qu’à deux heures du malin. Le fait est affirmé par Heymès, son aide de camp, et par le général Reille (4) ; et nul ne l’a contesté.

(1) Mémoires^ t. IX, p. 78.

(2) Idem,, p. 89.

(3) Idem, p. 90.

(4) «... A minuit, il (le maréchal Ney) rendait compte, à Charleroi, des dispositions qu’il avait prises. L’empereur le retint à souper... Tous les grands officiers du quartier impérial purent l’attester... Le 16, à deux heures du matin, le maréchal revint à Gossclies... » {Relation de la campagne de 1815, etc., par le colonel Heymès.)

« ... Le 16 au malin, vers les sept heures, le général Reille alla voir

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