‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 61 sur 198 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Si Napoléon a donné au maréchal a l’ordre de se porter, à la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, etc. » il le lui a donc donné de vive voix. 11 n’a eu besoin ni de Flahaut, ni d’aucun autre pour le transmettre.

La mission de cet officier, pendant la nuit, est donc une fable. Lui-même, d’ailleurs, en a fait justice : il a été porteur de l’ordre dont parle Napoléon ; il l’a écrit sous sa dictée; et il indique qu’il l’écrivit entre huit et neuf heures du matin, et qu’il partit ensuite de Gharleroi pour se rendre auprès du maréchal (1).

11 faut le remarquer, d’ailleurs, la version de Sainte-Hélène ne serait pas plus admissible, si elle disait que Ney reçut, de la bouche de Napoléon, cet ordre prétendu de se porter, au point du jour, en avant des Quatre-Bras; car, dans ce cas, il serait inexplicable que le maréchal eût été retenu à Gharleroi jusqu’à deux heures du matin : à la mijuin, le jour commence à deux heures et demie.

11 est encore des témoignages qui ruinent complètement la version de Sainte-Hélène.

Reille a écrit, qu’étant « allé, vers sept heures du matin, voir le maréchal Ney, qui était rentré dans la nuit à Gosselies, pour lui demander des ordres, le maréchal lui dit qu'il en attendait de l’empereur, auquel il rendait compte de sa position (2). » Gette réponse ne concorde pas avec les instructions données dans la nuit précédente, au dire de Napoléon.

Le colonel Janin, sous-chef d’état-major du 6« corps, a

M. le maréchal Ney, qui était rentré dans la nuit à Gosselics, pour lui demander des ordres. » {IVoticc historique sur les mouvements du 2c corps^ par le lieutenant général Reille.)

(1) Lettre du général Flahaut au duc d’Elchingen, le 24 novembre 1829 iDoeumenls inédits^ etc.).

(2) Notice historique y etc., par le lieutenant général Rcillc.

WATERLOO

raconté, de son côté, que, le 16 au matin, il fut envoyé pour reconnaître les forces auxquelles le maréchal avait affaire, et reçut, pour tous renseignements, qu’il trouverait ses postes en avant de Gosselies (1). De Gosselies aux Quatre-Bras, il y a plus de trois lieues, il ne faut pas l’oublier.

Ce fait ne tend pas non plus à prouver que Ney eût reçu l’ordre « de se porter, dès la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras. »

Une lettre écrite, de Cliarleroi, dans la matinée du 16, par le major général, contredit implicitement l’existence d’un pareil ordre.

Soult avertit Ney que l’empereur vient d’ordonner à Kelîermann de réunir le corps qu’il commande et de le diriger sur Gosselies; et il termine ainsi : Veuillez m’instruire si le 1®^’ corps (d’Erlon) a opéré sort mouvement et quelle est, ce matin, la position exacte des 1®^ et 2® corps d’armée et des deux divisions de cavalerie qui y sont attachées... »

Or, cela n’est pas douteux, si Ney eût reçu l’ordre « de se porter, dès la pointe du jour, en avant des Quatre -Bras, » Soult lui aurait demandé où en était l’exécution de cet ordre si important. Tout au contraire, il n’en parle pas, n’y fait pas la moindre allusion, n’écrit pas même le nom des Quatre-Bras ; il se borne à demander si le corps a opéré son mouvement, c’est-à-dire s’il est complètement rallié; et il annonce que Kellermann est dirigé sur Gosselies, qui est à plus de trois lieues en arrière des Quatre-Bras.

On ne connaît pas, au juste, l’heure où fut expédiée celte lettre du major général ; mais il est certain que ce fut avant huit heures.

Jusqu’à ce moment, tout ce qu’on sait des relations entre Ney et le quartier général de Napoléon prouve donc qu’au-

(i) Campagne de Waterloo, elc., par E.-F. Junin, colonel d’élal-major.

CHAPITOE DIXIEME.

cun ordre, ni verbal ni écrit, n’existait encore, qui prescrivît un mouvement sur les Quatre-Bras.

Ce qui suivit est connu avec plus de précision et contredit avec plus de force les allégations des Mémoires de Sainte- Hélène,

Avant le récit de la bataille de Ligny, nous avons reproduit deux dépêches adressées, de Charleroi, lune par Napoléon, l’autre par le major général Soult, au maréchal Ney. Ces dépêches, on se le rappelle, donnaient à celui-ci ses instructions pour la journée du 16.

La dernière n’est, à vrai dire, que le duplicata de la première , et toutes les deux, nous le prouverons, furent écrites entre huit et neuf heures.

I! suffit de les lire pour s’assurer qu’aucun ordre de mouvement ne les avait précédées. Celle de Soult commence ainsi : « L’empereur ordonne que vous mettiez en marche les et 2e corps d’armée, ainsi que le 3® corps de cavalerie, qui a été mis k votre disposition, pour les diriger sur l’intersection des chemins dits les Trois-Bras (route de Bruxelles) (1), où vous leur ferez prendre position.... »

Et elle se termine par ce paragraphe non moins significatif: (( Je vous prie de me mettre de suite à même de rendre compte à l’empereur de vos dispositions pour exécuter V ordre que je vous envoie,,,, »

Lk se trouve la preuve évidente que le mouvement sur les Quatre-Bras, en avant des Quatre-Bras, n’avait pas été ordonné jusqu’alors; on n’aurait pas parlé ainsi, en effet, k un chef qui aurait reçu, et depuis longtemps, un tel ordre.

La dépêche de Napoléon fournit la même preuve.

La version de ses Mémoires, la version qui accuse le maréchal Ney, est donc de pure invention, tout concourt k le

(1) Quatre-Cras.

WATF.RLOO.

démontrer : témoignage de Flahaut, d’Hcymès, de Reille, de Janin, dépêches oflîcielles du quartier général impérial.

Ce fut seulement après avoir résolu de porter l’aile droite et le centre de l’armée en avant de Fleuras, que Napoléon expédia à Ney l’ordre de marcher sur les Quatre-Bras.

Comme nous l’avons fait observer, en établissant que le maréchal n’avait pas dû occuper ce point, le 15 au soir, ces deux mouvements, pour se faire avec sécurité, devaient se protéger l’un l’autre , c’est-à-dire s’opérer simultanément; et ce fut ainsi, on l’a vu, qu’ils s’opérèrent.

Napoléon a-t-il été plus véridique, quand il a dit que Ney avait perdu beaucoup de temps avant d’attaquer les Anglo - Hollandais , et les avait attaqués d’abord sans vigueur?

Ici encore, nous sommes obligé d’entrer dans des détails minutieux; mais c’est un inconvénient inhérent au récit de cette campagne de durée si courte. Les heures y eurent, pour ainsi dire, une influence aussi grande que les jours en d’autres guerres ; et il faut les fixer avec précision, écrire, la montre sur la table, si l’on veut ne pas s’égarer à la suite des récits intéressés à l’inexactitude.

Pour juger la conduite de Ney, il est indispensable de connaître le moment où lui parvint l’ordre de marcher sur les Quatre-Bras; ordre transmis dans les deux dépêches que nous venons de rappeler, l’une de Napoléon, l’autre du major général Soult, et qui s’écrivirent en même temps à Charleroi.

Ces dépêches ne portent pas l’heure où elles furent écrites. Mais si l’on tient compte de ce fait que les mouvements de l’aile gauche, du centre et de l’aile droite de l’armée furent prescrits simultanément, et si l’on remarque que l’ordre de marche pour Vandamme est daté de huit

r.HAPrrnE dixième.

heures du malin (1), que Gérard reçut le sien à neuflieures et demie, eu avant de Cliâtelet (2), c’esl-à-dire à moins de deux lieues de Chaiieroi, il sera facile d’en conclure que celui de Ney fut écrit entre huit et neuf heures. Cette conclusion est corroborée, d’ailleurs, par un témoignage fort important, ici, celui de l’aide de camp Flahaut. Il a indiqué, en effet, que ce fut entre huit et neuf heures que Napoléon lui dicta la lettre pour Ney ; lettre qui, on le sait avec certitude (3), précéda à destination celle que Soult adressa à ce maréchal.

La dépêche de Napoléon est fort développée.

En supposant qu’elle fut rapidement dictée, rapidement écrite, Flahaut, qui la portait, put être à cheval et partir de Charleroi à neuf heures moins un quart. 11 avait dix-sept kilomètres à faire ; il s’arrêta à Gosselies assez de temps pour donner connaissance à Reille des ordres qui lui étaient confiés (4). S’il arriva de dix heures et quart à dix heures et demie à Frasnes, il avait, à coup sûr, rempli trèspromptement sa mission, car il avait fait trois lieues à l’heure. Ce fut donc en ce moment, au plus tôt, Heymès dit vers onze heures, que parvint au maréchal Ney, la dépêche de Napoléon. En prendre connaissance, faire écrire les instructions pour Reille, d’Erlon, Kellermann(5), tout cela dut

(1) Voir la note à la page 143.

(2) Quelques documents, etc., par le lieutenant général Gérard.

(3) « ... Le major général a dû vous donner des ordres; mais vous recetrcz les miens plus tôt, parce que mes officiers vont plus vite que les siens. » (Lettre de Napoléon à Ney. Y. pp. 138, 159, 140.) — Reille et lleymès indiquent, d’ailleurs, que la lettre de Napoléon fut la première qui parvint ù Ney.

(4) « M, le lieutenant général Flahaut m’a fait part des ordres qu’il portait à Votre Excellence... » (Lettre de Reille au maréchal Ney, datée de Gosselies, à dix heures et un quart. — Documents incdils.)

(5) Voir page 188.

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occuper quelques instants ; et Reille, qui étaità Gosselies,à plus de deux lieues en arrière de Frasnes, ne put recevoir son ordre de mouvement que vers onze heures et demie.

Prévenu par la communication de Flahaut, il tenait ses troupes prêtes à marcher. Cependant, par le motif indiqué dans notre récit, il retarda un peu, d’un quart d’heure peutêtre, leur départ. Mais ensuite il lit diligence; et le maréchal Ney ne perdit pas une minute non plus pour prendre ses dispositions, puisque l’attaque contre le prince d’Orange commençait à deux heures, et même un peu plus tôt, s’il faut en croire des écrivains étrangers.

Jusque-là, il est donc impossible de trouver le moindre reproche à faire au maréchal.

L’accusation de mollesse, d’indécision dans la conduite de l’attaque, est bien étrange, adressée à un homme de ce caractère militaire, à un général dont la responsabilité était couverte par un ordre écrit et précis. Aussi a-t-on soin d’ajouter que cette mollesse, cette indécision parurent seulement au commencement du combat; qu’elles tirent place à une grande intrépidité, une grande résolution, quand la situation devint dithcile.

Ney eut affaire à un adversaire jeune, habile, résolu, qui commandait à des troupes animées d’un bon esprit, qui était posté sur un terrain favorable à la défensive et qui résista avec ténacité. Cette résistance dura une heure et demie environ contre des forces à peu près égales d’abord, supérieures ensuite, pendant un court instant, quand Ney eut reçu la division Guilleminot. Est-ce là un fait si surprenant, qu’il faille aller en chercher la cause dans le manque d’énergie de l’attaque?

Sans l’arrivée de Picton et du duc de Brunswick, vers trois heures et demie, Ney enlevait les Quatre-Bras; cela

CMAPlTUt: DIXIEME.

li’esL mis en doulc par personne, pas môme par les écrivains hollandais (1).

Ce renfort rétablit de nouveau l’égalité entre les forces en présence; et, néanmoins, deux heures après, les écrivains anglais en conviennent, la position de Wellington était trèscritique (2) et ne fut sauvée que par l’entrée en ligne d’Alten et du contingent de Nassau.

Telle est la vérité; et elle est toute à l’honneur du maréchal Ney.

Les dépcclies expédiées de Fleurus, à deux heures et à trois heures et un quart, et parvenues à celui-ci vers cinq heures et à six heures, prescrivaient une manœuvre devenue impossible. Jusqu’à cinq heures et demie, même après l’arrivée d’Alten et du contingent de Nassau, Ney put espérer et espéra sans doute se rendre maître des Quatre-Bras ; mais, une heure plus tard, quand furent survenus la division Cooke et le reste du corps de Brunswick, cet espoir disparut. Forcé par le nombre, le maréchal dut battre en retraite ; et il ne fallut pas moins que son énergie pour éviter un désastre.

On peut lui reprocher, à bon droit, de n’avoir pas employé tout le corps de Kellermann, et même la division Lefebvre Desnoëttes malgré les instructions de Napoléon ; mais il les aurait employés, qu’il n’aurait pu faire plus qu’enlever les Quatre-Bras, vers trois heures ou trois heures et demiq, et s’y maintenir ensuite contre les attaques réitérées de Wel-

(1) Nous citerons, entre autres, Van Lôben Sels, aide de camp du prince Frédéric des Pays-Bas {Précis de la campagne de 1815, etc. La Haye, 1849), écrivain consciencieux et bien renseigné, en général, sur tout ce qui a trait aux opérations des troupes bollando-belges.

(2) Siborne, apologiste ardent de Wellington, dit qu’au moment de l’arrivée (l’Alten, « la situation était extrêmement critique. » (Wellington’s situation baii bccome so extremely critieal, etc.)

WATKHLOO.

lington. Or, pour irapper un coup décisif sur Blücher, Napoléon exigeait davantage : il voulait que Ney, après avoir occupé les Quatre-Bras, « se rabattît pour envelopper la droite des Prussiens et tomber à bras raccourci sur leurs derrières. »

Cette manœuvre aurait été praticable, se serait exécutée à temps, si d’Erlon n’eût pas été détourné de sa route; mais ce général n’étant revenu sur Frasnes que vers neuf heures du soir, Ney ne pouvait faire plus qu’il ne fit; et il fit immensément, il faut le répéter, puisqu’il empêcha Wellington de porter à Blücher un secours qui aurait donné sans doute une autre issue à la bataille de Ligny.

En résumé, si l’on examine avec quelque attention les témoignages, les dépêches, les ordres officiels, les circonstances de temps surtout, il devient évident que Ney, que d’Erlon n’ont nullement mérité les accusations dont Napoléon et beaucoup d’écrivains à la suite les ont chargés.

Ney exécuta très-rapidement ses instructions. Il avait prescrit au l®** corps de venir à Frasnes ; et ce fut malgré cet ordre formel, absolu, que le 1^'“ corps s’en éloigna. Ainsi privé inopinément de la coopération de vingt mille hommes, Ney continua la lutte et dépassa, pour ainsi dire, par sa vigueur les limites du possible.

D’Erlon, en marchant vers Saint-Amand, crut, dut croire qu’il se conformait aux instructions de Napoléon; et, une fois arrivé près du chef de l’armée française, étant en communication avec lui, n’en recevant pas l’ordre de s’engager dans la bataille de Ligny, pressé impérativement, au contraire, par le maréchal Ney de revenir sur Frasnes, où le canon retentissait aussi, il a dû obéir.

Les explications de Sainte-Hélène sur la journée du 16 juin ont été imaginées sur la leçon des événements, pour dissimuler les fautes de Napoléon.

ciiAPJTKh: DixiiLivih:.

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Ces fautes, nous les avons signalées, nous en avons dit rinduence sur le résultat de la bataille de Ligny. Elle ressortent encore plus vivement du récit que nous venons de faire.

Napoléon perdit la plus grande partie de la matinée dans l’hésitation, dans l’inaction. Gela fut cause qu’il attaqua trèstard l’armée prussienne et que la nuit vint l’empêcher de compléter sa victoire. Cependant, il avait pu réparer cette perte de temps incroyable. L’erreur heureuse d’un aide de camp lui en avait fourni le moyen ; il l’avait laissé échapper : tout le corps de d’Erlon, vingt mille hommes de toutes armes étaient arrivés sous sa main, au moment décisif de la bataille contre Blücher, et il ne les y avait pas engagés; il avait permis, il avait ordonné peut-être qu’ils se rendissent aux Quatre-Bras.

Dans cette journée du 16 juin, marquée parles sanglantes rencontres de Ligny et des Quatre-Bras, soldats et généraux furent admirables de bravoure, de constance. Il ne manquèrent pas au chef, le chef leur manqua. Telle est la vérité.

Le chef n’était plus lui-même. Il allait en donner de nouvelles et funestes preuves (1).

(1) L’opinion que nous émellons ici a eu nalurellement pour conlratlic- . teur M. Tliiers. Nous discutons et réfutons plus loin ses contradictions (Voir note M).

CHAPiTliE OAZIÈME

17 JUIN. — Gembloux. — La Maison-du-Roi. — Pajol est envoyé en icconnaissance sur la roule de Namur. — Inaction de la partie de l’armée qui a combattu à Ligny. — Aspect du champ de bataille. — Napoléon, resté ù Fleurus, apprend que Pajol a enlevé une batterie prussienne et a fait des prisonniers. — Son aide de canq) Flaliaut lui apporte les premières nouvelles du combat des Qualre-Bras. — Dé|)éclie, datée de Fleurus, du major général au maréchal Ney. — De huit à neuf heures, Napoléon se rend à Saint-Amand. — Il passe en revue les divers corps d’armée. — Ses préoccupations. — Retour d’une reconnaissance envoyée vers les Quatre-Rras.— Napoléon dirige la garde et les cuirassiers de RIilhaud sur Warbais, où il vient d’envoyer le corps de Lobau cl deux divisions de cavalerie légère. — Seconde dépêche du major général à Ney, datée de Ligny, à midi. — L’armée divisée en deux parties, dont l’une doit être dirigée par Napoléon et l’autre par Grouchy. — Etïectif de chacune de ces parties. ~ Instructions verbales de Napoléon à Grouchy. — Observations de ce maréchal. — Napoléon reçoit des rapports de Gembloux. — Instructions écrites à Grouchy. — Il lui est ordonné de se rendre ù Gembloux. — Mouvement atlar»lé de ce maréchal.— Position des corps sous ses ordres à la nuit. — A dix heures, il adresse un rapport à Napoléon. — Marche de l’armée prussienne sur Wavre. — Sa concentration sur ce point. — Retraite de l’armée anglo-hollandaise sur Mont-Saint-Jean. — Arrivée de Napoléon aux Quatre-Rras. — Il poursuit l’arrière-garde de Wellington sur la chaussée de Bruxelles. — Arrivée tardive de l’armée française sur les hauteurs en deçà de la Belle-Alliance. — Sa position à la nuit. — Promesse de Blücher au général anglais.— Résultat de la journée du 17 Juin. — Observations.

Longtemps après le lever du soleil, le 17 juin, l’armée victorieuse à Ligny était encore dans ses bivacs. Napoléon n’avait pas osé une poursuite de nuit; et aucun ordre n’an-

CMAPITRP] ONZIEME.

nonçail une poursuite de jour. Seulement, l^ajol, avec Tune de ses divisions, celle deSoult(l), avait été envoyé en reconnaissance sur la route de Namur ; et une brigade de dr agons, coiumandée par Berton (corps d’Exelmans), appuyait ce mouveiuent.

La victoii^e était suivie des longs retards qui Lavaient précédée; et, avec ces retards, revenaient les étonnements, les murmui’es de tous. Ne pas poursuivre le vaincu l’épée dans les reins, lui laisser le temps de se reconnaîti^e, de se re- Ibi’mer, de rallier ses renfoi'ts, c’était chose si éti^ange pour les légions rompues à la tactique napoléonienne! « Le Napoléon que nous avons connu n’existe plus, disait rudement Vàndamme à ses officiers ; notre succès d’hier va rester sans résultat. « Vandamme était devenu frondeur. Mais Gérai'd, tout dévoué au chef, exprimait la môme pensée en d’autres termes; « il déplorait d’incompréhensibles, d’irr^emédiables lenteui's. »

Le soldat voyait déjà l’action de quelque noire trahison qui par^alysait son énergie; car, à ses yeux, Napoléon était infaillible et infatigable.

Cependant, les combattants de la veille, répandus sur le champ de bataille conquis par leurs efforis, cherchaient dans les villages et à l’entour les victimes de la lutte eti’elevaient les blessés. L’aspect de ce théâtre de carnage était horrible, ont dit les témoins oculaires. Dans les rues, les maisons, les jardins, les cadavi‘es étaient par* monceaux. La principale rue de Ligny était encombrée de débràs humains écrasés, broyés sous les roues de l’artillerie, qui avait passé au galop sur les morts et les mourants ; des rives du ruisseau au moulin de Bussy, on se heurtait, à chaque pas, aux cadavres et aux blessés.

(l) Frcrc du major general.

;.t™iu3'.rm,oléon Viendrai, bien.6, la passer en revue. Kf.n0A de Fleurus. Bientôt,

Napoléon P"" saHa chaussée de Namur,

nyappritquePaplav^

prèsduMazy, une batte escortait; et l’aide

;rcfn" Flahr, de retour de sa mis^on prés du maréchal

Ney, arriva au quartier moins douteux:

Ceci est difficile a croit e, p^asnes, on n’y connais-

au moment où Flahaut avai q bataille de Ligny ; et U apssi. pas encore des^ra.re-Bras. '

portail les premières „,„in, il n’J avait

De neuf Heures du soir ai ou 1*“'“ , et le

“ ’“T rd^TirSauehê de l'armée, séparés l'un de m“par-e "Stance de moins de trois ileues. L'incnrte

était égale des par le major général.

Napoléon fit ^ j^^ohrne nettement de

au maréchal Ne,, cette depeche qu t .

scs pensées et de ses Valant, tait connaître

„ Le sénéral Flaltaut, qo. a ■' « a hnsm que vous êtes dans 1 incei i prévenu de

fi!’:, .IZnrTrcmporiée. L'armée

journée d'hier. Je croK, “1'»-“.. ^

i\ir::srSTi:u>^

(l) Mémoires de Fleury de Chaboulon.

CIIAPITKE ONZIÈME.

les routes de Namur et de Liège... L’empereur se rend au moulin de Brye, où passe la grande route qui conduit de Namur aux Qualre-Bras; il n’est donc pas possible que l'armée anglaise puisse agir devant vous. Si cela était, l’empereur marcherait directement sur elle par la route des Quatre-Bras, tandis que vous l’attaqueriez de front avec vos divisions, qui, à présent, doivent être réunies ; et cette armée serait, dans un instant, détruite. Ainsi, instruisez Sa Majesté de la position exacte des divisions et de tout ce qui se passe devant vous.

»... L’intention de Sa Majesté est que vous preniez position aux Quatre-Bras, ainsi que l’ordre vous en a été donné (1) ; mais, si, par impossible, cela ne peut avoir lieu, rendez-en compte sur-le-champ, avec détail; et l’empereur s’y portera, ainsi que je vous l’ai dit ; si, au contraire, il n’y a qu'une arrière-garde, attaquez-la et prenez position.

» La journée d'aujourd'hui est nécessaire pour terminer cette opération et pour compléter les munitions, rallier les militaires isolés et faire rentrer les détachements. Donnez des ordres en conséquence (2)... »

Ainsi, vers huit heures du matin. Napoléon croyait l’armée prussienne en déroute et sur les routes de Namur et de Liège; il voulait que Ney prît position aux Quatre-Bras, si ce point n’était occupé que par une arrière-garde ennemie ; il comptait employer la journée à compléter les munitions, rallier les militaires isolés, etc., et ne se porter sur les Quatre-Bras que dans le cas où son intervention y serait nécessaire.

De huit à neuf heures, il sortit, enfin, de Fleurus, en

(1) La veille.

(2) Cette lettre ne porte pas l’heure, où elle fut écrite; mais ces mots :

« l’empereur se rend au moulin de Brye,» l’indiquent suffisamment; car on sait que Napoléon quitta Fleurus après huit heures.

WATERLOO

voilure, souffrant, a-t-oii dit, fatigué de la journée précédente; et se rendit à Saint-Amand.Xà, il monta à cheval, parcourut lentement les avenues des villages par où Vandamme avait mené ses attaques, fit relever, çà et là, des officiers, des soldats blessés et non encore secourus, parla à plusieurs, fit prendre les noms de quelques-uns; puis alla passer devant le front des régiments qui se formaient successivement, sans armes, sur remplacement de leurs bivacs et le saluaient d'acclamations enthousiastes. A chaque instant, il s’arrêtait pour adresser aux généraux, aux colonels, des paroles d’intérêt, de satisfaction.

Cependant, vers dix heures, il ordonna de diriger sur Marbais, à une lieue environ de Brye, le corps de Lobau, précédé des divisions de cavalerie Subervie et Domon, et diminué de la division Teste, qui fut détachée pour aller appuyer Pajol (1). C’était un jalon sur la roule des Qualre- Bras. Une heure plus lard, la garde impériale et le corps de Milhaud allèrent rejoindre Lobau.

La revue continua. Quand elle fut terminée, « Napoléon mit pied à terre et causa longuement avec le général Gérard et le maréchal Grouchy de l’état de l’opinion à Paris, du corps législatif, des jacobins et de divers autres objets tout à fait étrangers à ceux qui semblaient devoir l’occuper exclusivement dans un pareil moment (2). »

Celte singulière conversation fut interrompue par le retour

(1) La division Teste dut se mettre en route vers dix lieures, comme nous le disons, car, dans une lettre datée de midi et adressée à Groucliy, du Mazy où il avait fait une halte, Pajol écrivit : « Je vais me mellre en marche avec la division Teste que Sa Majesté vient de m'envoyer i » et de Ligny au Mazy il y a deux heures de roule.

(2) Observations sur la Relation de la campagne de 1815 publiée par le général Gourgaud, et Réfutation^ etc., par le comte de Grouchy. — Paris, 1810.

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