‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 66 sur 198 · CHAPITRE O.AZ;Èl\!E · texte numérisé non relu

CHAPITRE O.AZ;Èl\!E

léon et subsidiairement couvrir Bruxelles. C’était pour cela que le général prussien avait retiré la sienne sur Wavre. Sa retraite emportait la nécessité d’un mouvement semblable et simultané des Anglo-Hollandais. Il s’était donc liàté d’en prévenir son allié.

Mais, dans le tumulte du premier moment, une bien grave inadvertance avait été commise, imputable, sinon à Blüclier encore tout froissé, tout souffrant de la chute qui avait failli lui devenir fatale, au moins à Gneisenau, son chef d’étatmajor, si actif pourtant et si vigilant. Cet avis de capitale importance, cet avis delà retraite, qui aurait dû être expédié par trois ou quatre officiers, n’avait été confié qu’à un seul, au lieutenant Winterfeld; et celui-ci, blessé mortellement dans sa route par des coureurs français, leur échappant à grand’peine, n’avait pu remplir sa mission (1).

Mais, dès la pointe du jour, pendant que Napoléon dormait encore à Fleurus, Wellington, quittant Genappe, son quartier général, était monté à cheval et avait galopé vers les Quatre-Bras. Tout y annonçait que Ney n’avait fait aucun mouvement depuis la veille. Cette immobilité était un indice à peu près certain que Blüclier avait échoué contre Napoléon; car la retraite de celui-ci aurait entraîné forcément celle du maréchal Ney. Mais, si Blüclier avait été vaincu, comme il fallait le croire, maintenant, il avait dû battre en retraite, et son mouvement laissait les Anglo-Hollandais en prise simultanément sur leur front et leur flanc gauche.

(1) Dans les précédentes éditions, nous avions refusé d’admettre le fait même de celte mission. Tant il nous paraissait étrange qu’aucun historien prussien ne donnât le nom de celui qui en avait été chargé et impossible qu’elle ii’eiit été confiée qu’à un seul officier ! Mais nous étions dans l’erreur. Nous en avons eu la preuve, grâce à l’empressement obligeant et spontané d’un vétéran de celte guerre, officier et écrivain militaire de grande dislinelion,le général von llofinann que la Prusse a perdu récemment.

WATERLOO

Il ii’y avait pas une minute à perdre pour s’assurer de la réalité des faits de la veille et de la niât. Wellington avait immédiatement envoyé en reconnaissance vers Brye, un de ses aides de camp, le lieutenant-colonel Gordon, avec un détachement de hussards.

Gordon avait découvert les vedettes françaises un peu au delà de Marbais, sur la route de Namur, s’était jeté à gauche ; et, bientôt après, guidé par les indications d’un paysan, il avait trouvé la trace des troupes prussiennes, et l’avait suivie jusqu’à Tilly, où le général Zieten lui avait appris la marche des Prussiens sur Wavre.

Vers sept ou huit heures, il avait rapporté cette grave nouvelle aux Quatre-Bras, au moment, à peu près, où le lieutenant Massow y arrivait avec des communications directes de Blûcher.

Le vieux maréchal, en annonçant sa défaite de la veille, assurait que son armée serait prête à combattre encore dès qu’il lui aurait fait distribuer des vivres et des cartouches (1).

Sur ces renseignements, Wellington avait décidé sa retraite dans la direction de Bruxelles ; et, renvoyant à Blücher le lieutenant Massow, il lui avait fait dire qu’il attendrait la bataille, le lendemain, sur la position de Mont-Saint- Jean, en avant de la forêt de Soignes, s’il apprenait qu’il pût compter sur l’appui de deux corps prussiens.

L’armée anglo-hollandaise était encore divisée en quatre groupes : 45,000 hommes aux Quatre-Bras; 21,000 sur Nivelles; 6,000 à Braine-le-Comte ; 10,000 à Enghien, sous le prince Frédéric des Pays-Bas ; le reste, en route de Bruxelles

(1) Geschichte des Feldziigs der englisch-hannoverisch-niederlandischbraunschweigischcn Armée^ unter Herzog Wellington imd der preussischen Armée, etc., im jahre 1815. Stuttgart und Tubingen 1817. On sait que cet ouvrage est du général-major Müffling.

CHAPITIÎE ONZIEME.

sur les Quatre-Bras. Wellington, on le voit, persistait dans la crainte d’être attaqué par sa droite.

11 expédia l’ordre, aux troupes rassemblées à Nivelles, d’en partir à dix heures, et de se porter à Mont-Saint-Jean en suivant la chaussée qui relie ces deux points, et en détachant la brigade de cavalerie Estorlî surHal; à celles qui étaient à Braine-le-Comte, d’y rester jusqu’à nouvel ordre; au prince Frédéric, d’aller prendre position à Hal (1),

Tout ce qui se trouvait aux Quatre-Bras dut être prêt à sc mettre en mouvement à dix heures.

A ce moment (2), en effet, Wellington commença sa retraite, pour gagner Mont-Saint-Jean. Elle fut masquée, d'abord, par la division Alten et quatre ou cinq bataillons presque tous de Brunswick ; mais, vers midi, cette infanterie SC retira, et il ne resta plus que la cavalerie d’Uxbridge, qui prit position sur deux lignes, près et en arrière de la chaussée de Namur. Wellington était avec elle.

Pendant ces mouvements, Ney était demeuré dans l’inaction.

11 avait dû recevoir, avant dix heures, la dépêche expédiée de Fleuras qui lui apprenait le résultat de la bataille de Ligny et lui ordonnait d’attaquer, « s’il n’y avait qu’une arrière-garde aux Quatre-Bras et d’y prendre position.»

La moitié de l’armée anglaise s’y trouvait alors ; c’était plus qu’une arrière-garde.

La même dépêche disait à Ney de prévenir l’empereur, « s’il y avait plus qu’une arrière-garde aux Quatre-Bras; et que, dans ce cas, celui-ci y marcherait. »

Le maréchal, n’ayant pas attaqué, avait, à coup sûr, envoyé l’avis demandé et attendait, pour se porter en avant,

(1) The dispatches, etc.

(2) Rapport du duc de >Yellington au comte Balluirst.

WATERLOO

l’arrivée des forces que Napoléon devait amener par la chaussée de Namur.

Cette attente inactive était commandée ; car il importait de ne rien faire qui pût déterminer Wellington à se retirer. S’il restait dans sa position jusqu’à ce que Napoléon vînt déboucher sur lui, il serait pris dans une attaque de flanc et de front qui lui deviendrait fatale.

Cependant, après la retraite de l’infanterie ennemie, quand il avait aperçu les éclaireurs des colonnes françaises sur la chaussée de Namur, Ney avait mis sa cavalerie en mouvement. Mais, déjà, des officiers d’ordonnance de Napoléon avaient apporté au corps d’infanterie qui était en première ligne (celui de d’Erlon) l’ordre d’avancer. Les hussards français et anglais tiraillaient sur la gauche de Wellington.

Celui-ci n’avait d’autre but que de couvrir la retraite de son arrière-garde d'infanterie. 11 ordonna immédiatement à Uxbridge de se replier. Sa cavalerie se forma sur trois colonnes. Celle du centre, composée de deux brigades de grosse cavalerie {gnards and heavij dragoons) suivies par deux régiments légers, prit la chaussée de Bruxelles pour aller passer la Dyle au grand village de Gencppe. Les deux autres colonnes furent dirigées, l’une sur Thy, où se trouve un pont, l’autre sur un gué, au-dessus de Genappe.

Quand le corps de d’Erlon arriva aux Quatre-Bras, il s’y rencontra avec la tète de la colonne venant de Ligny.

Il était près de deux heures. La pluie tombait à verse.

Napoléon avait fait en voiture la route jusqu’auprès des Quatre-Bras. 11 monta à cheval, prescrivit à Subervie, à Domon, àMilhaud, de poursuivre la cavalerie anglaise; à d’Erlon, de les appuyer de près; à Lobau, à la garde, à Kellermann, de marcher ensuite; à Reille, de faii’e l’arrière-garde.

Uxbridge se retira, d’abord, en évitant de s’engager.

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