‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 67 sur 198 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Mais, à la sortie de Genappe, il prit position sur la hauteur, pendant que ses colonnes latérales achevaient de passer la Dyle, et, quand notre cavalerie commença à déboucher de la longue rue qui forme le village, il la fit charger par un de ses régiments de hussards.

Les hussards furent ramenés et très-maltraités par nos lanciers. Uxbridge, se mettant aussitôt à la tête d’un régiment des gardes, soutenu par un autre de dragons légers, se précipita sur les lanciers et refoula dans Genappe tout ce qui en était sorti. Après ce coup de vigueur, il reprit son mouvement de retraite en se canonnant avec l’avant-garde française.

La pluie avait redoublé. La marche dans les terres était devenue excessivement pénible. Notre infanterie surtout avançait avec une extrême lenteur et non sans quelque désordre.

11 était déjà six heures et demie (1) quand Subervie, Domon et Milhaud parurent sur les hauteurs en deçà de l’auberge de la Belle-i\.lliance, à trois kilomètres du hameau de Mont-Saint-Jean.

L’atmosphère, chargée de brumes, ne permettait pas de voir au loin. Cependant, on apercevait de l’infanterie derrière la cavalerie anglaise. Napoléon, qui avait suivi le corps de Milhaud, lui ordonna de se déployer sous la protection de quatre batteries, et de faire mine de charger. Cinquante ou soixante bouches à feu, immédiatement démasquées, apprirent ce qu’on voulait savoir ; l’armée anglohollandaise était là.

Il aurait fallu deux heures de jour de plus pour pouvoir l’attaquer, a dit Napoléon. Deux heures ! il en avait perdu huit le matin!

(t) Campagne de 1813, par Gourgaud.

WATERLOO

Mais deux heures même n’auraient pas sufli. Notre infanterie, attardée par la pluie, par les boues, était encore éloignée; d’Erlon et Lobau n’arrivèrent que vers huit heures à hauteur de Plancenoit. L’armée reçut, alors, l’ordre de prendre ses bivacs; et la nuit était close depuis longtemps quand elle eut achevé de s’y établir. Beaucoup de fantassins étaient encore éparpillés en arrière et ne rejoignirent qu’à la longue.

Le 1" corps à droite, le 6® à gauche, furent en première ligne de Plancenoit à Mon-Plaisir, la garde et les réserves de cavalerie en seconde ligne. Le corps de Reille s’était arrêté à Genappe. 11 devait en partir le lendemain, au point du jour, pour rallier l’armée.

Napoléon plaça son quartier général à la ferme du Caillou, qui touche au hameau dit la Maison-du-Roi et traversé par la chaussée de Bruxelles.

■Wellington eut le sien à Waterloo, village sur cette même chaussée, à seize kilomètres de la capitale de la Belgique.

Son armée occupait la position de Mont-Saint-Jean, à une lieue en avant de Waterloo. Cette position, il l’avait signalée, depuis près d’un an, comme très-avantageuse pour y disputer l’accès de Bruxelles (1); il l’avait soigneusement reconnue depuis plusieurs semaines ; et il était résolu à y l’ecevoir la bataille, si Blücher lui assurait le concours de deux corps prussiens, comme il le lui avait fait demander dans la matinée.

La réponse de son allié venait d’arriver à Waterloo. Elle était digne de lui : « J’irai vous rejoindre non-seulement avec deux corps, mais avec mon armée tout entière; et, si

(1) Mémorandum sur la défense des Pays-Bas, adressé à lord Balhursl et dalcdu 22 septembre 1811. {The dispalcheSieic.).

CHAiMTHE OiXZIElVlE.

Fennemi ne vous attaque pas le 18, nous l’attaquerons ensemble le 19 (1). » Quelle confiance après une défaite! quelle énergie dans un vieillard septuagénaire, encore souffrant, tout meurtri d’un accident qui avait failli lui coûter la vie! C’est par ces efforts extrêmes d’activité, ces audaces de résolution, qu’on ramène la victoire sous les drapeaux qu’elle a désertés.

Wellington écrivit au prince Frédéric des Pays-Bas de faire toutes ses dispositions, a Hal, pour y opposer, au besoin, la plus vigoureuse résistance. Il expédia, en outre, au général Colville, l’ordre de partir le lendemain matin, au point du jour, de Braine-le-Comte avec les deux brigades de sa division qui y attendaient de nouvelles instructions, et de rallier le prince Frédéric, sous le commandement duquel il passerait.

liai est sur la chaussée de Mons à Bruxelles par Braine- Îe-Comte, à plus de trois lieues, en ligne droite, de Mont-Saint-Jean.

Le chef de l’armée anglaise craignait toujours un mouvement des Français par sa droite.

La journée du 17 juin était tout à l’avantage de l’ennemi.

Blücher avait concentré toute son armée sur Wavre sans coup férir et lui avait donné un repos bien utile pour se reconnaître, rallier ses traînards, serrer ses rangs, reconstituer ses cadres brisés par le feu et refaire ses munitions.

Wellington, après un engagement insignifiant de cavalerie, avait gagné, avec la plus grande partie de ses forces (il n’avait dépendu que de lui de les y avoir toutes), une position étudiée, choisie par avance, et se trouvait à hau-

{{) Geschichle des Feldzugs, etc., par Mûflling.

Waterloo.

teur de rarmée prussienne, séparé d’elle par une distance de trois lieues en ligne droite, que.Blüclier lui promettait, en toute assurance, de franchir à temps, malgré la difficulté des chemins.

La veille, il est vrai, les deux généraux étaient un peu plus près l’un de l’autre et communiquaient par une belle chaussée. Mais, alors aussi, Ney était très-rapproché de Napoléon, et, de plus, celui-ci avait les Prussiens, celui-là les Anglo-Hollandais immédiatement en face.

Maintenant, au contraire, l’armée française était divisée en deux masses éloignées l’une de l’autre de plus de cinq lieues en ligne droite ; et Grouchy ignorait jusqu’à la direction prise par Blücher, qui se trouvait déjà à une marche de lui.

Le succès de Ligny, loin d’avoir été agrandi, complété, se trouvait amoindri.

C’était la conséquence des irrésolutions, des lenteurs de Napoléon.

Sa conduite, pendant la première partie de la journée du 17 juin, est si injustifiable, que plusieurs, parmi ses apologistes, ont à peine essayé d’en atténuer les torts. Mais luimême n’a pas reculé devant la difficulté d’une justification complète. Il a rejeté la faute de son inertie sur Ney, sur Grouchy ; et il a bâti, pour les accabler, tout un système de faits controuvés, inventés de toutes pièces.

Ney eut un tort, grave il est vrai ; mais il n’en eut pas d’autre : il négligea de rendre compte promptement de l’issue du combat des Quatre-Bras.

Grouchy eut un tort non moins grave : il suivit l’exemple de Napoléon, ne fit pas reconnaître la direction de Ligny à Wavre par Mont-Saint-Guibertl

Voilà la part exacte des lieutenants. Mais celle du chef...!

Il aurait dû informer rapidement Ney du résultat de la

GüAPiTKE GisZiÊiME.

bataille de Ligny, suppléer à la négligence du maréchal en envoyant chercher à Frasnes les rapports qui n’en venaient pas. Il n’en fit rien. Durant toute la nuit et une grande partie de la matinée, les deux quartiers généraux, à moins de trois lieues l’un de l’autre, n’échangèrent pas une seule communication.

11 ne faut en accuser que le maréchal Soult, le major général, ont dit quelques-uns. Soult était un des caractères les plus détrempés par les événements. Dans cette courte campagne, il ne se montra pas à la hauteur de ses antécédents militaires. Cela est vrai, mais n’excuse pas le chef de l’armée française. La mission du chef est d’ordonner et de s’assurer de l’exécution de ses ordres.

Napoléon aurait dû expédier, pendant la nuit, des espions, et, dès les premières lueurs du jour, de grandes reconnaissances sur toutes les directions par où les Prussiens avaient pu se retirer et surtout sur celles qui conduisaient vers la ligne d’opérations des Anglo-Hollandais; il n’en envoya qu’une seule, et sur la route de Namur. Faute énorme !

Les Mémoires cherchent à la dissimuler, disant : « A la pointe du jour du 17, le général Pajol, avec une division de la cavalerie de son corps et la division d’infanterie Teste, se mit à la poursuite de l’armée prussienne dans la direction de Wavre, par les routes de Tülij et de Gembloux (1); » tandis que Pajol fut dirigé sur la chaussée de Namur (2), où il prit, on se le rappelle, une batterie et quelques équipages,

(1) Mémoires, t. ÎX.

(2) « L’armée prussienne a élé mise en déroute. Le général Pajol est à sa poursuite sur les routes de Namur el de Liège. » (Lettre déjà citée, écrite vers huit heures du matin, de Fleurus, par le major général à Ney.)

La lettre de Pajol lui-même à Grouchy, déjà citée aussi, prouve encore plus explicitement que ce général n’a pas approché de la direction do XYavre.

WATtiKLOO.

tandis que Teste ne le rejoignit que vers midi, n’ayant été mis en marche que vers dix heures.

A la pointe du jour, les reconnaissances n’auraient pas eu à pousser bien loin pour trouver l’armée prussienne; car, d’un côté, elle retirait, alors, ses derniers bataillons des abords de Brye, et, de l’autre, elle quittait à peine Sombrefîe. Ses traces, d’ailleurs, étaient encore imprimées sur le sol mouillé par l’orage de la veille, comme à travers les moissons foulées par les cavaliers et les fantassins.

Si Napoléon eût reçu, en ce moment, le rapport de ce qui s’était passé' aux Quatre-Bras, s’il eût galopé jusqu’au plateau de Ligny, il aurait su immédiatement, vu, pour ainsi dire, de ses propres yeux, où était l’armée prussienne, et reconnu qu’il avait deux partis à prendre, à prendre sur-lechamp : ou se mettre avec toutes ses forces à la poursuite des Prussiens, ou lancer sur eux sa cavalerie légère, appuyée de deux ou trois divisions d’infanterie et, avec le gros de ses troupes, se porter aux Quatre-Bras.

Dans le premier cas, surpris au moment où son armée était encore assez mal en ordre, avec caissons et gibernes vides, Blücher n’aurait pas échappé à la destruction ; dans le second, il aurait subi des pertes sensibles; et Wellington, privé de son appui, aurait été accablé sous les efforts réunis de Ney et de Napoléon.

Mais l’empereur resta sans nouvelles des Quatre-Bras, indolent, indécis, jusqu’à huit ou neuf heures du matin, à Fleurus; en sortit pour aller passer une longue et stérile revue; et laissa s’écouler la moitié du jour avant de prendre une résolution.

Dans ses Mémoires, il affirme encore que le maréchal Ney « avait reçu Tordre de se porter sur les Quatre-Bras, au point du jour, et d’attaquer vivement L'arrière-garde anglaise; » et il ajoute ce détail précis : « Le duc de Welling-

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