‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 68 sur 198 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

ton apprit fort tard, dans la nuit, le désastre de Ligny ; et il avait, sur-le-champ, ordonné de battre en retraite, dans la direction de Bruxelles, laissant le général Uxbridge, avec un corps de cavalerie et des batteries d’artillerie légère pour l’arrière-garde. »

Mais cela est absolument controuvé.

Ney ne reçut pas l’ordre d’attaquer, « au point du jour, l’arrière-garde anglaise; » car, s’il l’eût reçu, il aurait appris, au moins, de l’olficier qui le lui aurait porté, la victoire de Ligny; et il ne la connaissait pas encore quand l’aide de camp Flahaut quitta Frasnes pour retourner près de Napoléon, à Fleurus (1).

Cet ordre même n’a pu lui être envoyé; car Napoléon ignorait, pendant la nuit, et ignora jusqu’au retour de l’aide de camp Flahaut le résultat du combat des Quatre-Bras, la situation de Ney, celle de Wellington, et ne sut pas, en conséquence, jusque-là si le maréchal était ou non en mesure d’attaquer.

Comment, d’ailleurs. Napoléon aurait-il pu apprendre que Wellington avait battu en retraite pendant la nuit ; qu’il n’y avait, au point du jour, qu’une arrière-garde de cavalerie anglaise aux Quatre-Bras, puisque Wellington connut vers sept ou huit heures du matin seulement la défaite de Blücher, et ne commença sa retraite qu’à dix?

La vérité est, on l’a vu, que la première dépêche expédiée à Ney, depuis la bataille de Ligny, fut écrite de Fleurus, par Soult, au retour de Flahaut, vers huit heures du matin, « au moment où Napoléon allait se rendre au moulin de Brye. » Cette dépêche, nous l’avons reproduite. Elle prescrit au maréchal de prendre position aux Quatre-Bras, en

(I) « ... Le général Flahaut, qui arrive à l’instant, fait connaître que vous êtes dans l’incertitude sur les résultats de la journée d’hier, etc. » (Lettre du major général, déjà citée.)

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attaquant, « s’il n’y a qu’une arrière-garde (t), » et de réclamer appui, en cas contraire.

11 y avait là plus qu’une arrière-garde : il y avait la moitié de l’armée anglaise. Ney réclama donc certainement le concours de Napoléon; et, s’il attendit longtemps, jusqu’à deux heures, ou à peu près, ce n’est pas à lui qu’il faut le reprocher.

En résumé, Ney n’a pas dû s’engager dans un combat avant d’avoir connu l’issue de la bataille de Ligny ; et, quand il en fut instruit, il dut attendre le mouvement concentrique de Napoléon par Marbais ; mouvement qui, fait à temps, aurait assuré la perte de Wellington.

Il est incontestable, néanmoins, qu’il aurait bien fait de marcher aux Anglo-Hollandais quand leur retraite se dessina nettement. Mais qu’en serait-il résulté? Que notre armée serait arrivée un peu moins tard sur les hauteurs au delà de la Maison-du-Roi ; que l’ennemi aurait perdu deux ou trois mille hommes au lieu de deux ou trois cents, caria poursuite dirigée par Napoléon n’eut pas d’autres conséquences. Or, cela n’aurait pas modiOé d’une manière sensible le résultat de la journée :1e temps aurait toujours manqué pour livrer bataille. ;

Un grand coup avait pu être frappé, le matin, sur les An- | glo-Hollandais, et ne l’avait pas été. L’occasion manquée no ■ pouvait pas se retrouver le soir. ^ 3

Grouchy a été sacritfé comme Ney, dans l’intérêt d’une * justification impossible.

Napoléon, dans ses Mémoires, raconte, d’abord, le départ de Grouchy de manière à donner la conviction qu’il quitta Ligny vers le point du jour; puis il dit: «Le maréchal avait

(1) En ce moment, Napoléon ne connaissait donc pas, en voilà une autre!* preuve décisive, les forces qui étaient aux Qualrc-Bras.

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poursuivi Blücher sur les routes de Mont-Saint-GuiberteiàQ Gembloux ; mais des rapports lui ayant faire croire que la majeure partie de l’armée prussienne s’était retirée par Gembloux, il se porta avec ses principales forces sur ce point; il y arriva le 17, à quatre heures du soir; il y apprit que le corps de Bülow y était arrivé pendant la nuit. 11 envoya des reconnaissances dans les deux directions de Wavre et de Liège, à la suite des deux arrière-gardes ennemies qui s’y étaient retirées. Cela fait, Grouchy fit prendre position à ses troupes; il n’avait, cependant, fait que deux lieues (1). Sur le soir, il reçut des renseignements positifs que les principales forces de l’ennemi étaient dirigées sur Wavre; mais il était de six heures, les soldats faisaient leur soupe, il jugea qu’il serait à temps, le lendemain, de suivre l’ennemi, qui se trouvait ainsi avoir gagné trois lieues sur lui (2). )>

Ce récit dissimule bien, en chargeant Grouchy, l’inaction de Napoléon pendant la moitié de la journée et l’ignorance où, par suite de cette inaction, on resta de la direction prise par l’armée prussienne. Mais il ne résiste pas à l’examen.

Grouchy reçut, à midi passé, son commandement.

Il se mit, non a la poursuite, mais à la recherche des Prussiens ; ce qui n’est pas tout à fait la meme chose.

Ses deux corps d’infanterie ne s’ébranlèrent qu’à deux heures et à trois (3), de Saint-Aniand et de Ligny, par

(1) De Ligny à Gembloux, il y a dix kilomèlrcs en ligne droite, plus de douze par chemins.

(2) Mémoires, t. IX.

(o) « Le 4-e corps reçut vers midi et demi, le 17, l’ordre de se mettre en mouvement vers Gembloux, en suivant le 5^ corps. Le général Ilulot, qui formait la tête de colonne, fut obligé d’atlendre que lu gauche du général Vandamme eut déblayé, pour pouvoir se mettre en route. Ce n’est que vers trois heures qu’il a commencé à marcher; il a constamment serré sur le 5e corps. {Quchjucs documents, etc., par le général Gérard.)

les causes que nous avons dites et qui ne lui sont point imputables.

Il ne fît pas marcher une seule colonne « sur la route de Mont-Saint-Guibert, » et il eut tort, nous l’avons dit, d’imiter en cela Napoléon.

Il se porta sur Gembloux avec ses principales forces, non parce que « des rapports lui avaient fait croire que la majeure partie de l’armée prussienne s’était retirée sur ce point, » mais parce que Napoléon lui en avait donné l’ordre formel par écrit (1).

11 n’y arriva pas « à quatre heures du soir avec ses forces,» mais à neuf et à dix.

II n’y apprit pas « que le corps de Bülow y était arrivé pendant la nuit ; » car ce corps s’arrêta à la Basse-Baudeset.

Il envoya des reconnaissances dans les deux directions de Wavre (par Sart-lez-Walhain) et de Liège. Napoléon lui avait recommandé (2) d’éclairer celle de Maestricbt (qui est celle de Liège) et de Namur. Mais il ne les envoya malheureusement qu’à la nuit, non avant six heures (3).

Il ne reçut pas « des renseignements positifs annonçant que les principales forces de l’ennemi étaient dirigées sur Wavre; car, à dix heures, il écrivit à Napoléon une dépêche < où il exposait toutes ses incertitudes sur la direction prise j par la masse de l’armée prussienne (4). i

(J) a Monsieur le maréchal, rendez-vous à Gembloux avec le corps de Pajol (suit l’énumération des corps mis sous le commandement de Groucliy).» (Instructions dictées à Bertrand par Napoléon. — Voir page 241.)

(2) « Vous vous ferez éclairer sur la direction de Namur et de Maes- Iriclit. » (Instructions dictées à Bertrand par Napoléon.)

(3) « Le général Exelmans a ordre de pousser, ce soir, six escadrons sur | Sart-lez-Walhain et trois sur Perwez. » (Dépêche de Grouchy à Napoléon, datée de Gembloux, dix heures du soir. — Voir page 244.)

(4) Dépêche de Grouchy à Napoléon, datée de Gembloux, dix Leiiies du j

soir. — Voir page 244. j

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