CHAPITRE DOUZIÈME
désordre augmenic rapidemeiil. — Enlrce en ligne de deux divisions de Pircli l vers Planeenoit. — Prise de ce village par les Prussiens. — Déroule de rarinéc française. ~ Les Prussiens la poursuivent. — La poursuite cesse au point du jour. — Napoléon arrive a Cliarleroi et se rend à Pliiiippcville^ — Pertes respectives des vainqueurs et des vaincus.
La nuit était noire, le ciel chargé d’épais nuages déchirés par de rares éclairs. Le tonnerre grondait dans le lointain. La pluie tombait et n’avait cessé, depuis la veille, de tomber à torrents. Napoléon monta à cheval, accompagné de Bertrand et gagna les hauteurs coupées par la chaussée de Bruxelles vers la ferme de Rossomme. Il était une heure. Une ligne de feux éclairait ITiorizon de Braine-l’Alleud à Frichemont. C’étaient ceux des bivacs de Parmée anglo-
hollandaise.
La marche de la veille avait été courte et hâtive pour ses bataillons. Arrivés, de bonne heure, sur la position qu’ils devaient occuper, ils avaient profité du jour et du voisinage de la forêt pour amonceler les bois qui leur servaient, maintenant, à supporter l’inclémence du temps.
Sur la ligne française, les feux étaient rares. Les soldats, moins bien partagés, attendaient avec impatience la fin de cette nuit pénible.
Rien ne semblait indiquer un mouvement de l’ennemi. S’il eût battu en retraite. Napoléon avait l’intention de le suivre et de l’entamer malgré l’obscurité, dès qu’il aurait été en marche. C’est là, du moins, ce qu’il a écrit. Mais son inaction pendant la nuit qui suivit la victoire sur Blücher n’est pas faite pour donner créance à cette assertion. De pareilles entreprises dépassaient alors la mesure de son activité.
Il rentra à son quartier général; et bientôt les rapports des espions et des postes avancés, les témoignages de deux déserteurs vinrent confirmer ce qu’il avait pu présumer
seulement par l’étendue et l’intensité des feux : l’armée anglo-hollandaise restait immobile.
Ces nouvelles lui donnèrent une extrême satisfaction. Il redoutait cependant encore de les trouver démenties par l’événement, quand, le jour ayant paru, il put aller s’assurer, de ses propres yeux, que Wellington attendait la bataille.
Ainsi, malgré tant d’hésitations, tant de lenteurs, après avoir rencontré les Prussiens isolés, il avait l’heureuse fortune de pouvoir frapper, loin d’eux, un coup décisif sur leurs alliés. 11 avait prédit naguère, dans le Moniteur, que le général Wellington était « un présomptueux, un téméraire, un ignorant, destiné a essuyer de grandes catastrophes. )) La prédiction, trop longtemps erronée, allait se réaliser enfin. Il le pensait.
Nous avons « quatre-vingt-dix chances pour nous et pas dix contre, dit-il, à quelques instants de là, à ses généraux. » Telle était sa conviction, il l’a écrit; et le mot semble authentique.
Comptant, néanmoins, sur la force de la position qu’il avait choisie et reconnue depuis longtemps, sur l’ardeur de ses troupes, sur la fermeté de ses vieux compagnons de la guerre péninsulaire, se reposant sur la parole de Rlücher, Wellington calculait, lui aussi, les chances de la rencontre qu’il aurait pu éviter et ne doutait pas du succès. Il écrivait à sir Charles Stuart (à Bruxelles) : « . . Les Prussiens seront de nouveau prêts à tout, ce matin,., tout tournera à bien (ail will turn out well); » et, au duc de Berry : « J’espère et, de plus, j’ai toute raison de croire que tout ira bien (1). »
(1) Ces deux lettres sont datées de Waterloo, le 18 juin, à trois heures du matin. Celle qui est adressée au duc de Berry est écrite en français. {TIu dùpalches, eic., t. XII.)
A la nouvelle, qui lui avait été expédiée dans la nuit, de l’arrivée de l’armée anglo-hollandaise sur la position de Mont Saint-Jean, Blüclier avait répondu, en effet, qu’il mettrait, dès l’aube du jour, une grande partie de ses forces en mouvement dans cette direction et que le reste ne tarderait pas à suivre ; et cette réponse, confirmant la promesse de la veille, venait de parvenir a Wellington, au moment où il manifestait une si entière confiance.
Vers six heures, la pluie avait cessé; mais le ciel restait très-couvert. L’armée anglo-hollandaise commença à prendre son ordre de bataille.
En parlant de la ferme du Caillou {voir l'Atlas, pi, n« 4), où se trouvait le quartier général de Napoléon, on rencontre trois rideaux de hauteurs dirigées unifomnément du sudouest au nord-est. La chaussée de Bruxelles en coupe successivement 1^-s crêtes, vers la ferme de Rossomme, vers l’auberge de la Beih*-Alliance et à cent cinquante ou deux cents mètres plus loin que la ferme de la Haie-Sainte.
La crête des hauteurs formant le dernier de ces rideaux, est la limite sud d’une vaste croupe qui s’étend, à l’ouest, jusqu’au-dessus de Merbe-Braine, hameau situé dans un vallon allongé du sud au nord; à l’est, jusque vers Ohain; au nord, jusqu’au hameau de Mont-Saint-Jean, où commence une pente de faible inclinaison qui descend au village de Waterloo, bâti à une lieue de la Haie-Sainte, dans une échancrure de la forêt de Soignes (1).
Cette croupe est ce qu’on appelle le plateau de Mont- «
(1) Depuis 48i3, toute la partie de la forêt qui entourait Waterloo a élë défrichée. Maintenant, le bois n’existe plus à l’ouest de la chaussée de Bruxelles; et, du côté opposé, où il arrivait jusqu'à hauteur de Vert- Coucou, sa limite sud a reculé de trois quarts de lieue. Mais le plan n® 4de notre atlas le représente dans les limites mêmes qu’il avait au moment de la bataille.
WATERLOO
Saint-Jeau. A cinq ou six cents mètres et à l’ouest de la Haie-Sainte, un contre-fort, de peu de largeur, s’en détache et vient finir en s’abaissant régulièrement tout près de la chaussée de Bruxelles et de l’auberge de la Belle-Alliance. La ligne de partage des eaux du bassin de la Senne et de celui de la Dyle suit ce contre-fort. Deux vallons y prennent leur origine. L’un, s’ouvrant au sud-ouest, passe derrière le château de Goumont et débouche, tout auprès, dans le vallon de Merbe-Braine ; l’autre, s’ouvrant au sud-est, passe immédiatement au-dessous de la Haie-Sainte, des fermes de Papelotte, de la Haie, et comprend le hameau de Smohain.
Ces deux vallons forment ainsi, au pied même du plateau de Mont-Saint-Jean, une sorte de circonvallation, interrompue seulement par le contre-fort dont nous venons de parler. Les pentes qui les limitent, au sud et au nord, sont, en général, d’accès facile, même pour l’artillerie. Celle du nord offre, cependant, de la roideur, dans le voisinage immédiat de la Haie-Sainte et sur une longueur d’environ cinq à six cents mètres. Cette ferme est au bord même de la chaussée de Bruxelles.
Le château de Goumont en est à quinze cents mètres à l’ouest. 11 s’élève sur le haut de la pente qui limite le vallon du côté du sud. La chaussée de Nivelles le laisse à trois cent cinquante mètres sur sa droite, traverse sur un remblai le vallon de Merbe-Braine et va se confondre, au hameau de Mont-Saint-Jean, avec la grande route de Charleroi à Bruxelles.
Les fermes de Papelotte et de la Haie sont à quatorze eC quinze cents mètres, à l’est, de celle de la Haie-Sainte ; le hameau de Smohain à moins de deux mille.
Sous la Haie, le vallon se rétrécit, se ravine; et il en sort, au milieu de sources marécageuses, un petit ruisseau qui