CHAPITRE DOUZIÈME
pluies, et attendant l’attaque dans une position favorable.
Napoléon passa devant les lignes et fut accueilli par d’inamenses, d’enthousiastes acclamations. Cependant, les moments s’écoulaient; on touchait à la moitié du jour, et pas un coup de canon n’avait été tiré encore. Deux ou trois heures de plus ou de moins n’avaient pu apporter aucun changement sensible dans l’état d’un pareil sol. L’armée avait eu besoin, sans doute, de quelque répit pour se remettre un peu des fatigues de la nuit, pour se préparer au combat; mais elle aurait pu avoir pris ses positions et entrer en action vers sept ou huit heures.
Tout le temps écoulé depuis était du temps livré à l’inconnu, perdu absolument; et souvent, à la guerre, des pertes de ce genre ne se réparent pas.
Wellington devait mesurer avec bonheur les retards de son adversaire.
Il avait parcouru, comme lui, les lignes de son armée ; mais aucune acclamation n’avait retenti sur son passage. Ses soldats n’en étaient pas moins résolus à faire vaillamment leur devoir.
Vers onze heures, un ordre dicté par Napoléon produisit une première indication de son plan de bataille.
« Â peu près à une heure après midi, disait Napoléon, au moment où l’empereur en donnera l’ordre au maréchal Ney, l’attaque commencera pour s’emparer du village de Mont-Saint Jean, où est l’intersection des routes. A cet effet, les batteries de 12 du 2® corps et du 6' se réuniront à celle du 1" corps. Ces vingt-quatre bouches à feu tireront sur les troupes de Mont-Saint-Jean ; et le comte d’Erlon commencera l’attaque, en portant en avant sa division de gauche et la soutenant, suivant les circonstances, par les autres divisions du l" corps.
WATERLOO
» Le 2® corps s’avancera à mesure pour garder la hauteur du comte d’Erlon.
)) Les compagnies de sapeurs du corps seront prêtes pour se barricader sur-le-champ à Mont-Saint-Jean. »
La partie la plus forte de la ligne anglo-hollandaise était le centre, présentant une concavité vers son milieu, et protégé en avant de ses deux extrémités par le gros massif de Goumont et par la Haie-Sainte. C’était un motif pour ne pas y porter l’elfort principal. Mais il y en avait un autre plus grave encore qui était que, grâce à ces circonstances mômes, Wellington pourrait se retirer avant d’être complètement forcé et aller s’établir en arrière du hameau de Mont-Saint- Jean, appuyant sa droite à Mesnil, à Estrée, sa gauche à Vert-Coucou, à la forêt de Soignes, gardant ainsi la chaussée de Bruxelles, et le chemin d’Alsemberg, pavé presque tout entier. Or, ce qu’il fallait lui enlever, c’étaient ces routes mêmes, afin de couper sa ligne d’opérations sur Anvers, et, avant tout, ses communications avec les Prussiens.
Cette dernière considération suffisait pour faire rejeter aussi une attaque sur l’aile droite de Wellington, puisqu’elle refoulerait celui-ci vers Blûcher.
Au contraire, si Napoléon parvenait à forcer la gauche des Anglo-Hollandais, il se saisirait immédiatement de la chaussée de Bruxelles, il les repousserait, les entasserait dans le vallon de Merbe-Braine, dans celui de Braine-l’Alleud, dans un pays coupé, où leurs seules voies de retraite seraient de mauvaises traverses, les conduisant dans la direction des Flandres, tout opposée à celle qu’avait pu prendre l’armée prussienne. C’était donc sur l’aile gauche que devait être dirigée l’attaque principale.
D’ailleurs, par un heureux hasard, cette aile était la partie la plus faible de la position. On pouvait l’aborder en se
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bornant à masquer les petites lermes de PapeloUe et de la Haie ; et, sur le plateau, elle était complètement en Tair.
Wellington avait une excellente raison, pour ne pas trop redouter de la placer ainsi. Mais, cette raison, Napoléon ne la soupçonnait même pas.
Au moment où il avait dicté l’ordre que nous venons de reproduire, il s’était arreté, tout porte à le croire, au projet de faire effort sur l’aile gauche ennemie, de la déborder et de frapper simultanément le coup le plus vigoureux au point de jonction de cette aile et du centre, au-dessus de la Haie-Sainte.
D’Erlon devait commencer cette opération, LfObau et une partie des réserves de cavalerie, le soutenir immédiatement à droite et à gauche de la chaussée, et le reste de ces réserves, toute la garde, l’appuyer au besoin. Reille attaquerait la partie de la ligne qui lui était opposée et y appellerait, le plus possible, l’attention et les forces de l’ennemi.
Si rien ne venait déranger les calculs du chef de l’armée française, ce plan très-beau de conception, très-puissant de développement, devait conduire au succès.
Le maréchal Ney fut chargé de le mettre à exécution sous l’œil du maître, et il disposa, d’abord, pour cela des corps de d’Erlon et de Reille.
Après avoir parcouru les lignes de l’armée. Napoléon vint se placer au point le plus élevé des hauteurs de Rossomme, un peu à droite de la ferme de ce nom et de la chaussée de Bruxelles, sur la berge d’un chemin qui conduit au village de Plancenoit.
De là, il découvrait tout le terrain, jusqu’au front de l’armée anglo-hollandaise.
On lui apporta, de la ferme voisine, une table, une chaise grossières qui furent placées sur un lit de paille; il descendit de cheval et s’assit, la carte du pays déployée devant lui.
WATERLOO
Sa confiance dans le résultat de la journée était la meme. 11 voyait toujours Wellington isolé des Prussiens, et victime prochaine de la défaite la plus signalée.
Il était onze heures et demie (1).
Le canon et la fusillade éclatèrent à Texlrême gauche de Tannée française. Reille faisait aborder la position de Goumont par la division Guilleminot.
Cette attaque, nous Tavons fait observer, avait pour but d’appeler sur ce point l’attention du général anglais, de l’y inquiéter et de favoriser ainsi l’opération principale, qui devait se faire contre son aile gauche. C’était une diversion; mais, pour obtenir l’effet désiré, il n’était pas indispensable qu’elle fût poussée jusqu’à la prise de la position.
Cette position était forte.
Situé, nous l’avons dit, au sommet de la pente qui encaisse, du côté du sud, le vallon couvrant le centre de la ligne anglo-hollandaise, le château de Goumont était dominé, à moins de trois cents mètres en arrière, par la crête du plateau de Mont Saint-Jean.
11 comprenait une vaste maison d’habitation, un logement de fermier, une chapelle et des bâtiments d’exploitation, rangés sur les quatre côtés d’un rectangle fermé par les murs mêmes de ces constructions. Deux grandes portes y donnaient accès : l’une au sud, Tautre au nord.
A Test du château, et y attenant, se trouvait un grand jardin clos, du côté du nord, par une haie, et des deux autres côtés par des murs de briques épais, hauts de plus de deux
. (1) Ce moment est indiqué ainsi par les rapports liollandais. Des géne'raiix anglais, avec cet esprit de précision et ce sang-froid qui caraclérisenl leur nation, regardèrent, ont-ils assuré, leur montre, au premier coup de canon, et constatèrent qu’il était alors onze heures trente-cinq minutes.
Wagner, ordiLairemenl fort exact, dit aussi « qu’il était onze heures trentecinq minutes précises (gerade H 55 minulcn) quand le'premîer coup de canon fui tiré, » {Plane dcr Schlachtcn^ etc.)