CHAPITRE DOUZIÈME
quinot) ; et, peu apres, se voyait forcé par eux de suivre la retraite de Ponsonby, Mais il la suivait sans désordre, protégé qu’il était par la brigade Gliigny (liollando-bclge), accourue, elle aussi, dans le vallon.
Ghigny s’était heurté, d’abord, aux deux bataillons laissés par Durutte à la garde de la grande batterie, et avait tenté vainement d’entamer les deux carrés qu’ils avaient formés.
Ainsi, l’attaque sur la gauche des Anglo-Hollandais avait complètement échoué.
Elle coûtait au corps de d’Erlon près de cinq millehommes, dont deux mille prisonniers ; et une quinzaine de pièces d’artillerie étaient absolument désorganisées (1).
Les Anglo-Hollandais avaient moins souffert. Leurs pertes, pourtant, étaient très-sensibles.
Les dragons de Ponsonby étaient à moitié détruits. Les brigades de Kempt et de Pack, déjà bien diminuées aux Quatre-Bras, présentaient de nouveaux vides ; celle de Bylandt, fortement éprouvée d’abord par la canonnade, culbutée ensuite à coups de baïonnette, était réduite à moins de
(V) Le colonel E.-F. Janin, dans sa brochure {Campagne de Waterloo, — Paris, 1820), a dit que, dans celte rencontre, quarante pièces avaient été désorganisées. Son assertion a été répétée par quelques écrivains français et étrangers, qui ont même ajouté, sur la foi de Vaudoncourt {Histoire des campagnes de 1814 et 1815 en France, — Paris, 1826), que toute la grande batterie de notre aile droite s’était mise en mouvement pour se porter sur la crête en avant. C’est une double erreur. Ce mouvement fut fait seulement par la batterie de la division Donzelot et celle de la division Marcognet. Une note écrite par un témoin, et maintenant sous nos yeux, ne laisse aucun doute à ce sujet.
Napoléon, dans sa première relation de Sainte-Hélène, dit : « Une quinzaine de pièces qui se portaient en avant furent culbutées par la cavalerie ennemie, dans un chemin creux; » dans sa seconde relation, il réduit ce chiffre à sept,
Müfïïing {Geschichte des Feldzugs^ etc.) dit : « Quelques pelotons de cavalerie anglaise... tombèrent sur une colonne d’artillerie sans escorte. Elle fut prise. Comme il était impossible de l’emmener, on tua les chevaux. »
WATERLOO
quinze cents hommes ; son courageux chef, plusieurs de ses officiers supérieurs étaient hors de combat; enfin, l’habile et intrépide Picton était tué.
En attendant de nouvelles luttes, la canonnade reprit avec violence entre la gauche anglo-hollandaise et l’aile droite française.
La brigade Quiot, dirigée contre la Haie-Sainte, en même temps que d’Erlon marchait au plateau, n’avait pas réussi dans cette attaque.
Comme la plupart des grandes fermes de Belgique, la Haie-Sainte présente un massif rectangulaire de bâtiments contigus ou reliés par des murs, de manière à former un enclos et une cour intérieure. Un verger de deux cent cinquante mètres de long sur cent de large et un jardin trois fois moins grand y touchent, le premier au sud, le second au nord. Le jardin est fermé par un mur à l’est, par de petites haies au nord et à l’ouest. Le verger est entouré de haies vives élevées, mais très-peu fourrées; sa clôture est s’appuie à la chaussée même de Bruxelles et se trouve sur le prolongement des murs de la ferme et du jardin.
La ferme a deux grandes entrées : l’une à l’est, l’autre à l’ouest. De ce dernier côté, il y a encore une porte qui s’ouvre dans une vaste grange d’où l’on passe dans la cour. Une petite porte donne accès dans le jardin.
Le massif des bâtiments est placé à l’extrémité inférieure de la pente du plateau de Mont -Saint-Jean. Le verger est dans le vallon. L’un et l’autre échappent aux vues du plateau par la disposition de la pente (1).
La Haie-Sainte était occupée, depuis la veille, par le 2® ba-
(1) Il n’en est plus ainsi maintenant. On a pris sur cette pente une grande partie des terres nécessaires à la construction du monticule qui supporte le lion de Waterloo; et, du bord du plateau, on voit, jusqu’au pied, les bâtiments de la Haie-Sainte.