CHAPITRE DOUZIÈME
sont refoulées. Quelque désordre s’est produit dans leurs rangs; cependant, elles continuent de combattre.
Dans toute l’étendue de Plancenoit et sur les bords du ruisseau, dix-huit bataillons prussiens sont engagés, maintenant, contre les onze bataillons de Duliesme et de Morand et les font plier. Ils viennent d’enlever l’église et le cimetière, malgré la plus énergique résistance; et ils avancent toujours. Dans les jardins, les vergers, les rues, les maisons, la lutte est furieuse : on se fusille, on se massacre avec une rage qui rappelle Ligny. Mais la disproportion est trop grande; le nombre va l’emporter.
Après l’impuissante tentative de ses escadrons de service, Napoléon s’était porté au galop près des deux bataillons (1er régiment) de grenadiers delà garde laissés en position sur les hauteurs de Rossomme ; et, lançant, de là, tous ses officiers à travers les fuyards, s’adressant lui-même aux soldats courant éperdus vers Genappe, il s’était efforcé de les rallier sur ces deux redoutes vivantes, immobiles au milieu de l’épouvante qui les entourait. Mais ses efforts, ceux de ses officiers et des officiers de troupes, arrêtés à sa voix, par sa présence, avaient échoué. Le soldat, qui avait cru à l’arrivée de Grouchy et reçu le choc de Zieten; le soldat, nourri de soupçons de trahison, qu’avaient augmentés les défections récentes, était persuadé qu’il était victime d’une trame odieuse, que tout était perdu ; et sourd à tous les appels, il avait continué, il continuait à fuir. La chaussée, encombrée de canons, de voitures d’artillerie, d’ambulances, les unes en marche, les autres abandonnées, renversées, laissait à peine l’espoir de sauver une partie du matériel de l’armée.
Les charges de la cavalerie anglaise, puis de celle de Zieten sur la masse des fuyards de toutes armes avaient bientôt porté au comble la terreur et la confusion.
Napoléon, alors, s’était éloigné, se dirigeant, à travers
WATERLOO
champs, vers Genappe, où il espérait encore, sans doute, pouvoir rallier au moins une arrière-garde.
11 était près de neuf heures; la nuit allait se faire. Des hauteurs de Rossomme, on entendait encore le bruit du combat que soutenaient, vers la Belle-Alliance, les carrés de la garde, battus en brèche par l’artillerie, fusillés par l’infanterie, chargés par la cavalerie. Ce bruit, violent tout à l’heure, diminuait rapidement ; il cessa. Les carrés étaient rompus; la moitié des officiers et des soldats était hors de combat; un petit nombre prisonnier; le reste, dispersé par des chocs multipliés, se faisait jour à travers les masses tumultueuses des deux armées victorieuses, à travers nos débris, et gagnait la direction de Genappe. Aux voix qui, au plus fort d’une lutte inégale, lui avaient crié de se rendre pour gagner la vie sauve, la garde avait répondu par le refus, sublime dans son cynisme soldatesque, que la légende a traduit par les mots : « La garde meurt et ne se rend pas. »
Avant la nuit, la résistance finit aussi à Plancenoit: le village enlevé, Lobau, Duhesme, Morand, virent leurs bataillons, pressés de front, tournés, enveloppés, se fondre et chercher leur salut dans la fuite. Le brave Duhesme, grièvement blessé, fut emporté par quelques soldats dévoués, ; mais tomba bientôt aux mains de l’ennemi. |
Au même moment, ou un peu plus tard, les restes du î
corps de Reille, revenus jusqu’au bois de Gallois, toujours «
assaillis par les Anglo-Hollandais, toujours combattant, tombèrent en dissolution.
Dans toute l’armée française, il ne resta plus un bataillon, un escadron en ordre. La déroute fut complète, absolue. Napoléon avait perdu la bataille la plus décisive de notre âge.
Wellington, par sa ténacité inébranlable, Blücher par son