‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 92 sur 198 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

activité audacieuse, tous les deux par l’habileté et l’accord de leurs manœuvres, avalent produit ce résultat.

Comme pour leur montrer, par avance, le jugement de l’histoire, le hasard les fit se rencontrer à la Belle-Alliance.

L’un et l’autre s’étaient portés, avec quelques escadrons, jusqu’aux hauteurs de Rossomme pour activer le désastre, pour mieux en constater l’étendue; et ce fut à leur retour qu’ils se retrouvèrent pour la première fois, depuis la journée de Ligny.

Ils mirent pied à terre et se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, se félicitant mutuellement de leur victoire.

11 était neuf heures et demie; la nuit était close.

Les deux généraux résolurent, néanmoins, de pousser sans relâche le succès, de ne pas laisser aux vaincus le temps de se reconnaître, de respirer. Les Anglo-Hollandais, épuisés, incapables d’avancer plus loin, établirent leurs bivacs sur les positions mêmes que l’armée française avait occupées dans la 'matinée. Les Prussiens furent chargés de la poursuite. Blücher en confia la direction à son chef d’état-major, le général Gneisenau. Exalté par le succès, toujours ardent, infatigable, il ne devait pas tarder à le rejoindre.

Gneisenau eut à sa disposition les corps de Zieten et de Bülow, une division d’infanterie et une partie de la cavalerie du corps de Pirch I. Il poussa immédiatement ces forces sur Genappe, où se précipitaient les Français.

Pirch I reçut l’ordre de rallier ses trois autres divisions d’infanterie, le reste de sa cavalerie et de se diriger, ensuite, par Maransart sur Bousval, où il passerait la Dyle, afin d’opérer contre la colonne française qui, dans la soirée, avait attaqué Thielmann surWavre. En apprenant la défaite de Napoléon, cette colonne devait battre en retraite, et, si

WATERLOO

elle se trouvait pressée entre Thielmann et Pircli I, elle ne pourrait échapper à un désastre.

Des hauteurs de Rossomme à Genappe, où Napoléon avait espéré arrêter la déroute, la distance est d’une lieue et demie.

11 s'y rendit à travers champs, faisant un long détour à l’ouest de la chaussée, pour éviter toute rencontre de cavalerie prussienne.

Cette chaussée est très-large; mais, dans la traversée de Genappe, aux abords de la Dyle, elle s’étrangle et franchit ce cours d’eau sur un pont maçonné qui ne donne passage qu’à deux voitures à la fois.

Dansla circonstance actuelle, un si étroit défilé était unbien grave inconvénient : il suffisait d’un accident pour obstruer la voie au matériel refluant du champ de bataille. Cet inconvénient aurait pu être bien diminué si on se fût préparé à tirer parti des ponts de Ways et de Thy, qui sont près et en aval de Genappe; il aurait même disparu si, dans la journée, on eût construit quelques ponts de chevalets. Malheureusement, aucune des faciles précautions qu’indiquait la prudence la plus vulgaire n’avait été prise. Aucun pont n’avait été jeté; pas un escadron, pas un peloton organisés, pas un officier d’état-major ne s’était trouvé pour jalonner, indiquer les traverses conduisant à Ways et à Thy, pour y diriger une partie des voitures. Aussi, toutes avaient continué à suivre la chausséeet bientôt l’avaient encombrée. Alors, les conducteurs, effrayés, avaient coupé les traits de leurs attelages et s’étaient enfuis à travers champs.

A la hauteur de Genappe, la Dyle, même après de trèsfortes pluies, n’est un obstacle, par ses eaux, ni pour la cavalerie, ni pour l’infanterie, et ses bords n’en sont un que pour les voitures; les fuyards auraient donc pu la passer, rapidement. Mais, frappés de vertige, ils s’étalent précipi- ' tés dans le village, comme s’ils eussent dû y trouver un asile ^

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