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CHAPITRE DOUZIÈME

assuré contre l’ennemi et s’y étaient entassés dans le plus affreux pcle-mèle. Les flots de la déroute continuaient à s’amonceler ainsi, quand Napoléon, n’ayant pour toute escorte qu’un faible groupe d’officiers, arriva sur Genappe. Il voulut y pénétrer et s’engagea dans la cohue.

Rétablir un peu d’ordre dans cet immense désordre, former seulement une arrière-garde de quelques centaines d’hommes, lui parut une œuvre impossible : il se résigna à suivre les débris de l’armée, et, au bout d’une heure, les vagues de la foule le poussèrent comme une épave hors du village.

Précédé, escorté par le tumulte, il gagna les Quatre- Bras.

Le'lieulenant général d’artillerie Nègre y était arrivé depuis le matin, avec la presque totalité du grand parc.

Napoléon lui donna l’ordre bien tardif de faire retourner, sur-le-champ, tout ce matériel à la frontière. Simultanémenl, il expédia à Grouchy un officier pour le prévenu de la perte de la bataille et lui prescrire de battre en retraite. Il était fort troublé, a-t-on dit. Cela paraît bien probable, car il oublia d’indiquer sur quel point il entrait dans ses vues que le maréchal dirigeât sa marche (1).

En ce moment, s’il faut l’en croire, des officiers qui avaient été envoyés du champ de bataille pour aller prendre la division Girard, laissée, la veille, à Ligny, et la faire avancer jusqu’aux Quatre-Bras, revinrent et annoncèrent qu’ils n’avaient pu la trouver (2).

(t) « L’officier qui me l’apporla (la nouvelle de la perle de la bataille) me dit que Voire Majesté se relirait sur la Sambre, sans pouvoir préciser sur quel point il entrait dans ses vues que je me dirigeasse. » (Rapport du maréchal Grouchy à Napoléon, en date du 20 juin.)

(2) Il y a bien, sur le registre d’ordres du major-général un ordre daté du 18 juin, en avant de la ferme du Caillou, et prescrivant an maréchal de camp Rémond « de prendre le commandement de la division Girard et de se

WATERLOO

Napoléon, après une courte halte, poursuivit sa route vers Charlei’oi.

Cependant, Gneisenau avait marché sur Genappe, ne rencontrant aucun obstacle autre que les voitures abandonnées, et la masse des cavaliers montés et démontés, des fantassins harassés, des blessés de tous grades, de toutes armes, confondus dans la déroute, embarrassés dans la commune épouvante; masse informe qui n’opposait d’autre résistance au sabre de la cavalerie, que sa confusion même et, par moments, quelques coups de fusil tirés par des hommes restés inaccessibles à la crainte, malgré l’immense désastre.

Vers le milieu de la nuit, le général prussien arriva sur les hauteurs en deçà de Genappe avec ses nombreux escadrons et de l’artillerie. Il fit immédiatement fouiller le village et le vallon à coups de boulets et d’obus, et attendit l’arrivée de son infanterie. Elle était proche.

Au premier bruit du canon, les fuyards, accumulés dans , Genappe, reprirent leur course, s’échappant par toutes les issues, et le torrent de la déroute acheva de s’écouler rapidement. ;

Des hommes de cœur, voyant diminuer le tumulte, vou- , lurent organiser une résistance qui arrêtât, pour quelques j instants au moins, la marche de l’ennemi. Ils parvinrent à '■ rallier, çà et là, quelques groupes d’officiers, de soldats de •' toutes armes. Mais ce fut en vain. Dès que l’infanterie; prussienne s’approcha, tout se débanda encore. Le brave Lobau, qui avait réuni deux ou trois cents hommes et les menait au combat, fut ainsi abandonné et fait prisonnier.

Genappe était rempli de nos blessés. Les Prussiens, fu-

porter aux Qualre-Bras pour y prendre position. » Mais il est probable que, si celle division ne se rendit pas aux Quatre-Bras, ce ne fut pas parce qu’on ne put la trouver, mais parce que l’ordre qui l’y appelait fut trop tardif.

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