‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 95 sur 198 · CHAPITRE DOUZiÊME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZiÊME

ils avaient passé la Sambre, quatre jours auparavant, les soldats de Reille et de d’Erlon s’étaient jetés dans la direction de Marctiienne, ceux des autres corps dans celle de Cbarleroi.

Avant le lever du soleil, Napoléon parvint à ce dernier point. Des fuyards, surtout des cavaliers restés montés l’y avaient précédé. Le trouble était déjà dans la ville. Napoléon la traversa sans s’y arrêter et alla faire une courte balte au delà de la Sambre, dans la prairie de Marcinelle. On lui amena de Cbarleroi deux mauvaises voitures. 11 monta dans l’une avec Bertrand, désigna quatre ou cinq de ses officiers pour monter dans l’autre, et se dirigea sur Pbilippeville, sans un seul cavalier d’escorte.

11 n’avait pris aucune disposition pour faciliter, assurer la retraite des équipages de pont, des voitures de vivres, des blessés du 16 juin, réunis à Cbarleroi, des fuyards. Aussi, tout y tomba-t-il bientôt dans une confusion hideuse. Les équipages de pont, d’autres voitures d’artillerie furent abandonnés par les soldats du train; les chariots chargés de pain, de farines, de vin, d’eau-de-vie furent pillés par la foule affamée, renversés aux abords de la ville, dans les rues ; le trésor même de l’armée, une somme de six millions, fut violé, dispersé en des milliers de mains; et, la foule augmentant, vivres et or furent disputés à coups de baïonnette, de sabre et do fusil.

C’étaient les horreurs de Wilna aux portes de la France.

Dans la matinée de ce jour, Blücher eut son quartier général à Genappe. Wellington avait gardé le sien à Waterloo. 11 data de ce village le bulletin de la victoire, qui a reçu de cette circonstance fortuite le nom sous lequel elle est inscrite dans l’histoire.

Le général anglais a dit de la journée du 18 juin, qu’elle

WATERLOO

avait « été une journée de géants (1). » On ne saurait la qualifier plus justement. Jamais armées ne s’étaient livré de plus furieux, de plus sanglants assauts. Mais, malheureusement pour la France, jamais, non plus, armée française n’avait subi défaite si terrible, si funeste.

Après avoir appris à nos légions les victoires foudroyantes qui jettent les plus grandes puissances à la merci du vainqueur, Napoléon ne leur enseignait plus que les désastres.

Il a voulu consoler la France plongée dans la douleur, en exaltant la valeur de ses soldats. On ne l’exaltera jamais assez si on veut leur rendre justice pour cette fatale rencontre; car, huit heures durant, ils firent preuve d’un dévouement, d’uné intrépidité qui ont pu être égalés, mais qui ne furent ni ne seront jamais surpassés; car c’est sur leur chef et non sur eux-mêmes que doit retomber la responsabilité de la déroute qui renversa leurs drapeaux. Plus d’une fois, comme à Waterloô, ils avaient combattu contre des forces bien supérieures, et la victoire leur avait échappé; mais, leur chef ayant eu la sagesse de ne pas s’obstiner dans une lutte devenue impossible, ils avaient évité la déroute et opéré leur retraite en bon ordre.

Avec plus de prévoyance et moins d’obstination chez Na- i poléon, le 18 juin, il en aurait été ainsi. 1

La victoire coûtait cher à Wellington et à Blücher, au ] premier, surtout, qui avait soutenu la lutte la plus longue.

Les Anglais comptaient 8,358 hommes blessés et tués; ' les Hanovriens , 2,228; les Hollando-Belges, 3,178; les

(I) Lettre datée (lu 26 juin et adressée au feld-maréclial Scliwarlzenberg. {The dispalchcs, e(c.)

Dans une lelire du 20 juin, Wellington disait à Dumouriez, le traîlrc de 1793 : «Jamais je n’ai vu une telle bataille que celle d'avant-iiicr, ni n'ai remporté une telle victoire. »

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