CHAPITRE TREIZIÈME
Examen des critiques de Napoléon sur les combinaisons et les manœuvres de Wellington et de Blücher. — Observations sur la conduite de la bataille, du côté des Français.
Beaucoup de jugements, et des jugements bien divers, ont été portés sur les causes qui produisirent l’immense défaite de nos armes.
D’après Napoléon et les écrivains français, qui, tous, ou à peu près, ont formé leur opinion sur les écrits de Sainte- Hélène, Wellington et Blücher n’ont dû la victoire qu’au plus incroyable des hasards.
« Les dispositions du général anglais ont été pitoyables, ou pour mieux dire, il n’en a fait aucune. Il s’était mis dans l’impossibilité d’en faire (t).... »
« La position de Mont-Saint-Jean était mal choisie. La première condition d’un champ de bataille est de n’avoir pas de défilés sur ses derrières. Pendant la bataille, le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cava-
(1) Mémo fiai de Las Cases.
WATERLOO
lerie... Il ne jugea pas qu’il devait être et serait attaqué par sa gauche, il crut qu’il le serait par sa droite...
» En prenant la résolution de recevoir la bataille à Waterloo, il ne la fondait que sur la coopération des Prussiens; mais cette coopération ne pouvait avoir lieu que dans l’après-midi; il restait donc exposé seul depuis quatre heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, c’est-à-dire pendant treize heures. Une bataille ne dure pas ordinairement plus de six heures ; cette coopération était donc illusoire...
)) Pendant toute la nuit du 17 au 18 juin, le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu’à neuf heures du matin. Cette perte de six heures depuis la , pointe du jour a été tout à l'avantage de l'ennemi; mais son , général pouvait-il faire dépendre le sort d’une pareille lutte, ^ du temps qu’il ferait dans la nuit du 17 au 18 (1)? » !
En un mot, Wellington a été inepte ; et le plan qu’il exécuta, de concert avec Blücher, ce plan très-bien conçu, au * dire de tous les écrivains impartiaux et compétents (2), re- ! posait sur « une coopération illusoire. » La victoire ne prouve rien en faveur des deux généraux alliés, puisqu elle a été seulement le résultat du hasard. :
Telle est l’opinion du vaincu. î
Les faits la contredisent nettement. !
Les dispositions de Wellington furent assez bonnes pour ; que son adversaire l’ait constamment trouvé prêt à repous- 1 ser toutes les attaques portées sur un point quelconque de sa ligne. Livrant une bataille défensive, dont le but était le maintien de son armée sur la position prise, jusqu’à l’arri-
(1) Mémoires., t. IX, p. 171, 172, 173, 174.
(2) Parmi ces écrivains, nous citerons le général Jomini {Précis historique cl critique de la campagne de 1815). Il est peu suspect, à coup sûr, de pailiulilé pour les adversaires de Napoléon, quand ils ne sont pas Russes.