CHAPITRE TREIZIÈME
vée des Prussiens, il eut peu à manœuvrer, ce qui convenait très-bien à Pespèce de troupes rangées sous ses ordres; mais les manœuvres qu’il fit furent bien entendues et bien exécutées.
La position de Mont-Saint-Jean ne présentait pas plus de difficultés à la retraite que celle qu’occupait Napoléon; même elle en présentait moins. La large chaussée de Bruxelles, la route, presque tout entière pavée, d’Alsemberg, qui conduit aussi de Mont-Saint-Jean à la capitale de la Belgique, trois traverses ouvertes dans cette même direction, traverses rendues difficiles mais non impraticables par les pluies, devaient suffire pour retirer au moins la plus grande partie de l’artillerie; et la forêt de Soignes, haute futaie sans taillis, qu’il était impossible de tourner avec promptitude, qui était praticable en tous sens aux hommes à pied et à cheval, offrait un excellent couvert à l’infanterie, à la cavalerie contre une poursuite, un moyen prompt et facile de retraite, au cas même où elles auraient été débandées.
L’armée française, beaucoup plus forte en artillerie que les Anglo-Hollandais, ayant derrière elle le défilé de Genappe, était dans de moins bonnes conditions de retraite; et, dans son désastre, elle aurait tenu à grand bonheur de rencontrer, en deçà de Genappe, une forêt pareille à celle de Soignes (1).
11 n’est malheureusement pas vrai que« le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavalerie. )> Dans la première période de la bataille, l’échec du corps de d’Erlon fut déterminé par cette arme et nous coûta près de cinq
(Ij On a dit que Napoléon avait deux chaussées pour opérer sa retraite : celles de Nivelles et de Charleroi. C’est une erreur; car la retraite par Nivelles aurait donné à l’armée une direction trop divergente pour ne pas compromettre à l’excès le détachement de Grouehy.
WATERLOO
mille hommes. Dans la seconde, les charges répétées, héroïques des escadrons de Milhaud, de Kellermann, de la garde, échouèrent non-seulement par la résistance des bataillons anglo-hollandais, mais encore par l’emploi opportun, habile, que Wellington fit de sa cavalerie.
Enfin, dans la catastrophe, cette même cavalerie joua un rôle très-puissant, surtout par les deux brigades, fortes de deux mille cinq cents chevaux, tenues en réserve jusque-là.
La disposition des troupes de Wellington montre qu’il s’attendait à une attaque, non sur sa droite, comme le dit Napoléon, mais sur son centre plutôt que sur sa gauche. Cependant, ce qui prouve qu’il n’avait pas trop mal prévu l’événement, c’est qu’attaqué sur cette dernière partie de sa ligne, il s’y trouva suffisamment préparé pour y faire subir à d’Erlon une défaite signalée ; ce qui le prouve encore, c’est qu’après cette défaite Napoléon dirigea son principal effort contre le centre anglo-hollandais.
« En prenant la résolution de recevoir la bataille à Waterloo, Wellington ne la fondait que sur la coopération des Prussiens. » Cela est incontesté et incontestable. Mais il est inexact de dire que « cette coopération ne pouvait avoir lieu , qu’à cinq heures du soir. » |
En effet, si Bülow n’eût pas été attardé par l’incendie de^ Wavre, ou s’il eût passé la Dyle en amont de cette ville, eU s’il eût marché sur deux colonnes, ce qui était possible, il! serait intervenu sur le champ de bataille vers une heure après midi et non à quatre heures et demie, comme il y intervint.
Mais il y a plus, c’est que Blücher aurait pu donner de huit à neuf heures du matin aux Anglo-Hollandais l’aide attendue ; car rien ne l’empêchait de mettre en marche, deux heures avant le jour, Zieten et Pirch I ; et ces deux