‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 99 sur 198 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

généraux, campés, il ne faut pas l’oublier, depuis la veille à midi, tout près de Wavre, plus rapprochés que Bülow du champ de bataille, n’auraient certainement pas employé plus de sept à huit heures pour y parvenir.

« Pendant toute la niiit du 17 au 18, le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu’à neuf heures du matin. Celte perte de temps de six heures a été tout à l'avantage de L'ennemi. » Pour écrire une pareille assertion, pour y croire, il faut avoir oublié qu’il avait plu entre Wavre et Mont-Saint-Jean comme à Mont-Saint Jean même; que les traverses reliant ces deux points étafent défoncées, les champs très-fangeux; et qu’il en résulta de très-grands retards pour les corps prussiens envoyés au secours des Anglo-Hollandais. Sans la pluie, ces corps n’auraient pas eu besoin de plus de quatre heures et demie pour franchir les distances de Wavre à Plancenoit et Smobain. Cela ne saurait faire l’objet d’un doute.

La coopération des Prussiens, sur laquelle se fondait la résolution de recevoir la bataille, « loin d’être illusoire, » n’était donc que trop possible.

Chose étrange! dans les critiques injustes et acerbes qu’il fait du plan de ses deux adversaires, des manœuvres de Wellington, Napoléon oublie précisément la grande, l’incontestable faute commise par le général anglais : le détachement d’un corps de dix-sept mille hommes sur Hal, à trois lieues de la position où il attendait la bataille, où il la reçut (1).

(I) Voici tout ce que dit Napoléon à ce sujet : « Un corps de deux mille chevaux fut dirigé sur Hal (le 17, à la nuit), menaçant de tourner la droite de la forêt de Soignes et de se porter sur Bruxelles; le duc de Wellington, alarmé, y porta sa division (celle de Colville); dans la nuit, la cavalerie française rentra au camp, la division anglaise resta en observation et se trouva paralysée pendant la bataille. » {Mémoires, t. IX.) Le mouvement de

WATERLOO

En faisant ce détachement, Wellington avait pour but, lui-même Ta écrit (1), de couvrir Bruxelles contre un mouvement qui Taurail tourné par sa droite. Il supposait donc que Napoléon voudrait exécuter une marche de flanc de trois ou quatre lieues, complètement à découvert, en présence de toutes les forces anglo-hollandaises, ou qu’il avait distrait ou allait distraire, au moment de livrer bataille à Mont-Saint-Jean, une forte partie de son armée pour la jeter sur la route de Hal à Bruxelles. Or, la première supposition était rationnellement inadmissible, la seconde absolument contraire aux principes les plus certains de la stratégie et aux habitudes de Napoléon. On ne s’affaiblit pas ainsi sur le point principal, sur le point où doit se décider le sort des armées, pour aller chercher ailleurs des succès hypothétiques et secondaires. A grande peine, on concevrait la préoccupation de Wellington dans la journée du 17, dans une partie meme de la matinée du 18, mais on ne la conçoit plus, il faut la lui imputer comme une faute bien caractérisée, quand il persiste après que l’armée de Napoléon a été vue, reconnue en position, prête à engager la lutte. Rappelant, vers huit heures du matin, son détache-

ce corps de deux mille chevaux, qu’on ne désigne pas; ce mouvement, dont il n*est question nulle part ailleurs que dans les Mémoires de Sainte- Hélène, est plus que douteux. Mais ce qui peut être regardé comme certain, c’est que Napoléon a su, par les écrits du temps, la force du détachement de Haï : division Stedmann, brigade indienne, brigade d’Eslorff, deux brigades de la division Colville. Cependant, il ne parle que de celle-ci. 11 faut penser qu’il a préféré donner à croire que les autres troupes du détachement ont combattu à Waterloo.

(1) « 11 se peut que l’ennemi nous tourne par Hal, quoique le temps soit terrible et les chemins détestables, et que j’aie le corps du prince Frédéric en position entre Hal et Enghien. Si cela arrive, je prie Votre Altesse Royale... et Sa Majesfé (Louis XVI II) de se rendre à Anvers, non sur de faux bruits, mais sur l’avis certain que l’ennemi est entré à Bruxelles, malgré moi, en me tournant par Hal. » (Lettre au duc de Berry, déjà citée.)

CHAl^lTKE TREIZIEME.

ment de liai, le général anglais l’aurait eu sur le champ de bataille, de bonne heure dans l’après-midi, malgré le mauvais état des chemins. Il ne voulut pas le rappeler; et il en résulta que l’armée anglo-hollandaise subit des pertes bien plus considérables que celles qu’elle aurait dû subir, et se trouva même un moment compromise.

La coopération des Prussiens, regardée comme certaine, attenduebeaucoup plus tôtqu’ellen’eutlieu, la victoire même, si complète qu’elle fût, peuvent atténuer cette faute, mais non la justifier. On est surpris de la rencontrer chez Wellington.

En dépit d’allégations aussi passionnées que dénuées de justesse, il faut reconnaître que c’est la seule qui puisse lui être reprochée dans ce terrible jour. Malheureusement pour la France, il mena très-bien la bataille malgré le retard des Prussiens : il n’engagea ses troupes qu’au fur et à mesure des besoins de la lutte; les engagea toujours judicieusement, et sut garder une forte réserve jusqu’au moment décisif. Il eut son heure critique, rien de plus certain. Mais quel conducteur d’armée ne l’a pas eue parfois? Pour n’en citer qu’un exemple. Napoléon, à Marengo, se trouvait dans une position autrement compromise que celle de Wellington à Waterloo, quand l’heureuse inspiration de Desaix et la détermination héroïque de Kellermann vinrent changer la défaite en une victoire signalée.

Continuant ses critiques. Napoléon dit encore du général anglais : « Malgré là diversion opérée en sa faveur par les trente mille Prussiens du général Bülow, il eût deux fois opéré sa retraite.dans la journée, si cela lui eût été possible. Ainsi, par le fait, ô étrange bizarrerie dés événements humains ! le mauvais choix de son champ de bataille, qui rendait toute retraite impossible, a été la cause de son succès (1)! »

(t) mémoires, t. IX, p. 175.

WATERLOO

Nous avons dit ce qu’il fallait penser de l’impossibilitô d’une retraite à travers la haute futaie de Soignes, percée par la large chaussée de Bruxelles, par la route d’Alsem* berg, pavée presque tout entière, par trois traverses de même direction que celles-ci. Napoléon, avec une artillerie bien plus nombreuse, n’avait pas autant de voies pour se retirer en cas de défaite. A Essling, il ne lui restait plus qu’un pont de bateaux quand il battit en retraite ; ce pont, cependant, fut suffisant, parce que cette opération commença à temps.

Mais à quel moment Wellington a-t-il pu avoir l’idée d’abandonner le champ de bataille à son adversaire? Estce après son succès contre d’Erlon? Est-ce après avoir repoussé la première charge de Ney, à cinq heures, quand Bülow prononçait son mouvement sur Plancenoit? ou à sept heures, quand toute notre cavalerie de réserve venait d’échouer, en dépit de sa vaillance, contre le centre anglohollandais, quand Pirch I et Zieten touchaient au théâtre de la lutte? ou bien encore, une demi-heure plus tard, quand l’infanterie de la garde, écrasée par le nombre, redescendait du plateau, quand Pirch 1 et Zieten entraient en ligne? Ainsi précisée, chacune de ces questions porte en soi sa j réponse. |

Non, Wellington n’a pas eu, n’a pu avoir la pensée de j battre en retraite, en aucun moment du jour. Affirmer, ad- | mettre le contraire, c’est le fait d’un homme qui veut se roidir ! contre l’évidence, ou n’a étudié ni le caractère du général anglais, ni la marche des événements de la journée, ni la combinaison prise pour base du plan de bataille. Porter aux Anglo-Hollandais l’appui de toute l’armée prussienne, de la moitié au moins de celte armée ; en venir à combattre | deux contre un, tel était le mot de cette combinaison, qui ' devenait forcément décisive, si elle était menée à fin.

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