‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 101 sur 261 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

sif et s'en rapporter à la fermeté éprouvée du maréchal Ney pour contenir les Anglo-Hollandais aux Qualre-Bras. Cette audace, cette sagesse, il ne l'eut pas. Ce fut une faute capitale qui sauva de la destruction l'armée de Blùcher, mais qu'on ne saurait sans injustice, sans aveuglement, imputer au maréchal Ney, non plus qu'à d'Erlon.

Autrefois, Napoléon aurait agi tout différemment; maintenant, il avait faibli. Voilà pourquoi le 1er corps resta inutile! voilà pourquoi Blùcher échappa à un désastre!

Privé de la coopération de d'Erlon et de la division Girard, Ney rendit un service immense, que lui seul, peut-être, pouvait rendre avec sa prodigieuse énergie : il empêcha Wellington d'intervenir sur le champ de bataille de Ligny ; il rendit vaine la promesse du général anglais au général prussien, la promesse qui avait décidé ce dernier à attendre le choc de Napoléon.

On a trouvé, cependant, qu'il ne fit pas assez : il aurait dû vaincre, disperser les Anglo-Hollandais, et se rabattre ensuite sur Brye, sur Saint-Amand , pour donner le coup de grâce à Blùcher ; il a eu le sort de la France entre les mains, suivant le mot de Napoléon , il l'a laissé échapper!

Ce sont les récits de Sainte-Hélène qui ont formulé, propagé, universalisé cette opinion, en France, du moins; car, à l'étranger, les écrivains militaires le plus en renom ne l'ont pas accueillie.

Elle est souverainement injuste.

Napoléon, en effet, ne s'est pas borné à reprocher au maréchal Ney d'avoir « laissé le 1er corps à deux lieues et demie en arrière des Quatre-Bras et de l'avoir appelé à lui beaucoup trop tard ; » reproche sans fondement, on l'a vu ; il prétend encore lui avoir donné des instructions dont l'exécution fut très-longtemps différée, puis conduite avec une timidité excessive.

S'il fallait l'en croire, « le maréchal Ney reçut l'ordre, dans

la nuit, de se porter le 16 , à la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, d'occuper une bonne position à cheval sur la route de Bruxelles, en gardant les chaussées de Nivelles et de Namur, par ses flanqueurs de gauche et de droite. Le comte Flahaut, aide de camp général, porta ces ordres (1)...

» Ney commença son mouvement à midi seulement (2). Ses tirailleurs engagèrent le combat à deux heures ; mais ce ne fut qu'à trois heures, lorsque la canonnade de Ligny se fit entendre dans toute sa force, qu'il aborda franchement l'ennemi (3). »

Mais, à peu de choses près, tout ceci est de pure invention.

Ney passa une grande partie de la nuit du 15 au 16, près de Napoléon, à Charleroi ; et il n'en partit qu'à deux heures du matin. Le fait est affirmé par Heymès, son aide de camp , et par le général Reille (4); et nul ne l'a contesté.

Si Napoléon a donné au maréchal « l'ordre de se porter, à la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, etc., » il le lui a donc donné de vive voix. Il n'a eu besoin ni de Flahaut, ni d'aucun autre pour le transmettre.

La mission de cet officier, pendant la nuit, est donc une fable. Lui-même, d'ailleurs, en a fait justice : il a été porteur de l'ordre dont parle Napoléon; il l'a écrit sous sa dictée ; et

(1) Mémoires, t. IX, p. 78.

(2) Idem, p. 89.

(3) Idem, p. 90.

(A) «... A minuit, il (le maréchal Ney) rendait compte, à Charleroi, des dispositions qu'il avait prises. L'empereur le retint à souper... Tous les grands officiers du quartier impérial purent l'attester... Le 16, à deux heures du matin, le maréchal revint à Gosselies... » (Relation de la campagne de 181 S, etc., par le colonel Heymès.)

« Le 16 au matin , vers les sept heures, le général Reille alla voir

M. le maréchal Ney, qui était rentré dans la nuit à Gosselies, pour lui demander des ordres. » (Notice historique sur les mouvements du 2e corps, par le lieutenant général Reille.)

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