CHAPITRE DIXIEME
ii indique qu'il l'écrivit entre huit et neuf heures du matin, et qu'il partit ensuite de Charleroi pour se rendre auprès du maréchal (1).
Il faut le remarquer, d'ailleurs, la version de Sainte-Hélène ne serait pas plus admissible, si elle disait que Ney reçut de la bouche de Napoléon, cet ordre prétendu de se porter, au point du jour, en avant des Quatre-Bras ; car, dans ce cas, il serait inexplicable que le maréchal eût été retenu à Charleroi jusqu'à deux heures du matin : à la mi-juin, le jour commence à deux heures et demie.
Il est encore des témoignages qui ruinent complètement la version de Sainte-Hélène.
Reille a écrit, qu'étant « allé, vers sept heures du matin, voir le maréchal Ney, qui était rentré dans la nuit à Gosselies, pour lui demander des ordres, le maréchal lui dit qu'il en attendait de l'empereur, auquel il rendait compte de sa position (2). » Cette réponse ne concorde pas avec les instructions données dans la nuit précédente, au dire de Napoléon.
Le colonel Janin, sous-chef d'état-major du 6e corps, a raconté, de son côté, que, le 16 au matin, il fut envoyé pour reconnaître les forces auxquelles le maréchal avait affaire, et reçut, pour tous renseignements, qu'il trouverait ses postes en avant de Gosselies (3). De Gosselies aux Quatre-Bras, il y a plus de trois lieues, il ne faut pas l'oublier.
Ce fait ne tend pas non plus à prouver que Ney eût reçu l'ordre « de se porter, dès la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras. »
Une lettre écrite, de Charleroi, dans la matinée du 16, par le major général, contredit implicitement l'existence d'un pareil ordre.
(1) Lettre du général Flahaut au duc d'Elchingen, le 24 novembre 1829 (Documents inédits, etc.).
(2) Notice historique, etc., par le lieutenant général Reille.
(3) Campagne de Waterloo, etc., par E.-F. Jaoin, colonel d'état-major.
Soult avertit Ney que l'empereur vient d'ordonner à Kellermann de réunir le corps qu'il commande et de le diriger sur Cosselies; et il termine ainsi : « Veuillez m'instruire si le 1er corps (d'Erlon) a opéré son mouvement et quelle est, ce malin, la position exacte des 1er et 2e corps d'armée et des deux divisions de cavalerie qui y sont attachées... »
Or, cela n'est pas douteux, si Ney eût reçu l'ordre « de se porter, dès la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, » Soult lui aurait demandé où en était l'exécution de cet ordre si important. Tout au contraire, il n'en parle pas, n'y fait pas la moindre allusion, n'écrit pas même le nom des Quatre- Bras; il se borne à demander si le 1er corps a opéré son mouvement, c'est-à-dire s'il est complètement rallié; et il annonce que Kellermann est dirigé sur Cosselies, qui est à plus de trois lieues en arrière des Quatre-Bras.
On ne connaît pas, au juste, l'heure où fut expédiée cette lettre du major général ; mais il est certain que ce fut avant huit heures.
Jusqu'à ce moment, tout ce qu'on sait des relations entre Ney et le quartier général de Napoléon prouve donc qu'aucun ordre, ni verbal ni écrit, n'existait encore, qui prescrivît un mouvement sur les Quatre-Bras.
Ce qui suivit est connu avec plus de précision et contredit avec plus de force les allégations des Mémoires de Sainte-Hélène.
Avant le récit de la bataille de Ligny, nous avons reproduit deux dépêches adressées, de Charleroi, l'une par Napoléon, l'autre par le major général Soult, au maréchal Ney. Ces dépêches, on se le rappelle, donnaient à celui-ci ses instructions pour la journée du 16.
La dernière n'est, à vrai dire, que le duplicata de la première ; et toutes les deux, nous le prouverons, furent écrites entre huit et neuf heures.
Il suffit de les lire pour s'assurer qu'aucun ordre de mouvement ne les avait précédées. Celle de Soult commence ainsi :