CHAPITRE DJXIÈME
« L'empereur ordonne que vous mettiez en marche les 1er et 2e corps d'armée, ainsi que le 3e corps de cavalerie, qui a été mis à votre disposition, pour les diriger sur l'intersection des chemins dits les Trois-Bras (route de Bruxelles) (1), où vous leur ferez prendre position... »
Et elle se termine parce paragraphe non moins significatif : « Je vous prie de me mettre de suite à même de rendre compte à l'empereur de vos dispositions pour exécuter l'ordre que je vous envoie... »
Là se trouve la preuve évidente que le mouvement sur les Quatre-Bras, en avant des Quatre-Bras, n'avait pas été ordonné jusqu'alors ; on n'aurait pas parlé ainsi, en effet, à un chef qui aurait déjà reçu, et depuis longtemps, un tel ordre.
La dépêche de Napoléon fournit la même preuve.
La version de ses Mémoires, la version qui accuse le maréchal Ney, est donc de pure invention, tout concourt à le démontrer : témoignage de Flahaut, d'Heymès, de Reille, de Janin, dépêches officielles du quartier général impérial.
Ce fut seulement après avoir résolu de porter l'aile droite et le centre de l'armée en avant de Fleurus, que Napoléon expédia à Ney l'ordre de marcher sur les Quatre-Bras.
Comme nous l'avons fait observer, en établissant que le maréchal n'avait pas dû occuper ce point, le 15 au soir, ces deux mouvements, pour se faire avec sécurité, devaient se protéger l'un l'autre, c'est-à-dire s'opérer simultanément; et ce fut ainsi, on l'a vu, qu'ils s'opérèrent.
Napoléon a-t-il été plus véridique, quand il a dit que Ney avait perdu beaucoup de temps avant d'attaquer les Anglo- Hollandais, et les avait attaqués d'abord sans vigueur?
Ici encore, nous sommes obligé d'entrer dans des détails minutieux; mais c'est un inconvénient inhérent au récit de cette campagne de durée si courte. Les heures y eurent, pour
(1) Quatre-Bras.
ainsi dire, une influence aussi grande que les jours en d'autres guerres; et il faut les fixer avec précision, écrire, la montre sur la table, si l'on veut ne pas s'égarer à la suite des récits intéressés à l'inexactitude.
Pour juger la conduite de Ney, il est indispensable de connaître le moment où lui parvint l'ordre de marcher sur les Quatre-Bras; ordre transmis dans les deux dépêches que nous venons de rappeler, l'une de Napoléon, l'autre du major général Soult, et qui s'écrivirent en même temps à Charleroi.
Ces dépêches ne portent pas l'heure où elles furent écrites. Mais, si on tient compte de ce fait que les mouvements de l'aile gauche du centre et de l'aile droite de l'armée furent prescrits simultanément; et si l'on remarque que l'ordre de marche pour Vandamme est daté de huit heures du matin (I), que Gérard reçut le sien à neuf heures et demie, en avant de Châtelet (2), c'est-à-dire à moins de deux lieues de Charleroi, il sera facile d'en conclure que celui de Ney fut écrit entre huit et neuf heures. Cette conclusion est corroborée, d'ailleurs, par un témoignage fort important, ici, celui de l'aide de camp Fiahaut. Il a indiqué, en effet, entre huit et neuf heures, le moment où Napoléon lui dicta la lettre pour Ney; lettre qui, on lésait avec certitude (5), précéda à destination celle que Soult adressa à ce maréchal.
La dépêche de Napoléon est fort développée.
Eu supposant qu'elle fut rapidement dictée, rapidement écrite, Flahaut, qui la porta, put être à cheval et partir de Charleroi à neuf heures moins un quart. Il avait dix-sept ki-
(1) Voir la note à la page 130.
(2) Quelques documents, etc., par le lieutenant général Gérard.
(3) « ... Le major général a dû vous donner des ordres ; mats vous recevrez les miens plus tôt, parce que mes officiers vont plus vile que les siens. » (Lettre de Napoléon à Ney. Voir page 126.) — Reille et Heymès indiquent, d'ailleurs, que la lettre de Napoléon fut la première qui parvint àNev.