‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 104 sur 261 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

lomètres à faire; il s'arrêta à Gosselies assez de temps pour donner connaissance à Reille des ordres qui lui e'taient confiés (4). S'il arriva de dix heures un quart à dix heures et demie à Frasnes, il avait, à coup sûr, rempli très-promptement sa mission, car il avait fait trois lieues à l'heure. Ce fut donc en ce moment, au plus tôt, Heymès dit vers onze heures, que parvint au mare'chal Ney, la dépêche de Napoléon. En prendre connaissance, faire écrire les instructions pour Reille, d'Erlon, Kellermann (2), tout cela dut occuper quelques instants; et Reille, qui était à Gosselies, à plus de deux lieues en arrière de Frasnes, ne put recevoir son ordre de mouvement que vers onze heures et demie.

Prévenu par la communication de Flahaut, il tenait ses troupes prêtes à marcher. Il fit diligence; et le maréchal Ney ne perdit pas une minute non plus pour prendre ses dispositions, puisque l'attaque contre le prince d'Orange commençait à deux heures, et même un peu plus tôt, s'il faut en croire des écrivains étrangers.

Jusque-là , il est donc impossible de trouver le moindre reproche à faire au maréchal.

L'accusation de mollesse, d'indécision dans la conduite de l'attaque, est bien étrange, adressée à un homme de ce caractère militaire, à un général dont la responsabilité était couverte par un ordre écrit et précis. Aussi a-t-on soin d'ajouter que cette mollesse, cette indécision parurent seulement au commencement du combat; qu'elles firent place à une grande intrépidité, une grande résolution, quand la situation devint difficile.

Ney eut affaire à un adversaire jeune, habile, résolu, qui commandait à des troupes animées d'un bon esprit, qui était posté

(1) « M. le lieutenant général Flahaut m'a fait part des ordres qu'il portait à Votre Excellence... » (Lettre de Reille au maréchal Ney, datée de Gosselies, à dix heures et un quart. — Documents inédits.)

(2) Voir page 17i.

sur un terrain favorable à la défensive et qui résista avec ténacité. Cette résistance dura une heure et demie environ contre des forces à peu près égales d'abord, supérieures ensuite, pendant un court instant, quand Ney eut reçu la division Guilleminot. Est-ce là un fait si surprenant, qu'il faille aller en chercher la cause dans le manque d'énergie de l'attaque?

Sans l'arrivée de Piéton et du duc de Brunswick, vers trois heures et demie, Ney enlevait les Quatre-Bras ; cela n'est mis en doute par personne, pas même par les écrivains hollandais (i).

Ce renfort rétablit de nouveau l'égalité entre les forces en présence ; et, néanmoins, deux heures après, les écrivains anglais en conviennent, la position de Wellington était très-critique (2) et ne fut sauvée que par l'entrée en ligne d'Alten et du contingent de Nassau.

Telle est la vérité ; et elle est tout à l'honneur du maréchal Ney.

Les dépêches expédiées de Fleurus, à deux heures et à trois heures et un quart, et parvenues à celui-ci vers cinq heures et à six heures, prescrivaient une manœuvre devenue impossible. Jusqu'à cinq heures et demie, même après l'arrivée d'Alten et du contingent de Nassau, Ney put espérer et espéra sans doute se rendre maître des Quatre-Bras; mais, une heure plus tard, quand furent survenus la division Cooke et le reste du corps de Brunswick, cet espoir disparut. Forcé par le nombre, le maréchal dut battre en retraite; et il ne fallut pas moins que son énergie pour éviter un désastre.

On peut lui reprocher, à bon droit, de n'avoir pas employé tout le corps de Kellermann, et même la division Lefebvre

(1) Nous citerons, entre autres, van LObensels, aide de camp du prince Frédéric des Pays-Bas (Précis de lacampagne de 1815, etc. La Haye, i 849), écrivain consciencieux et bien renseigné, en général , sur tout ce qui a trait aux opérations des troupes hollando-belges.

(2) Siborne, apologiste ardent de Wellington , dit qu'au moment de l'arrivée d'Alten, « la situation était extrêmement critique. » (Wellington's situation bad become su extremely crilical, etc.)

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