‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 106 sur 261 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

17 juin. — Gembloux. — La Maison-du-Roi. — Pajol est envoyé en reconnaissance sur la route de Namur. — Inaction de la partie de l'armée qui a combattu à Ligny. — Aspect du champ de bataille. — Napoléon, resté à Fleurus, apprend que Pajol a enlevé une batterie prussienne et a fait des prisonniers. — Son aide de camp Flahaut lui apporte les premières nouvelles du combat des Quatre-Bras. — Dépêche, datée de Fleurus, du major général au maréchal Ney. — De huit à neuf heures, Napoléon se rend à Sainl-Amand. — Il passe en revue les divers corps d'armée. — Ses préoccupations. — Retour d'une reconnaissance envoyée vers les Quatre-Bras. — Napoléon dirige la garde et les cuirassiers de Milhaud sur Marbais, où il vient d'envoyer le corps de Lobau et deux divisions de cavalerie légère. — Seconde dépêche du major général à Ney, datée de Ligny, à midi. — L'armée divisée en deux parties, dont l'une doit être dirigée par Napoléon et l'autre par Grouchy. — Effectif de chacune de ces parties. — Instructions verbales de Napoléon à Grouchy. — Observations de ce maréchal. — Napoléon reçoit des rapports de Gembloux. — Instructions écrites à Grouchy. — Il lui est ordonné de se rendre à Gembloux. — Mouvement attardé de ce maréchal. — Position des corps sous ses ordres à la nuit. — A dix heures, il adresse un rapport à Napoléon. — Marche de l'armée prussienne sur Wavre. — Sa concentration sur ce point. — Retraite de l'armée anglo-hollandaise sur Mont-Saint-Jean. — Arrivée de Napoléon aux Quatre-Bras. — Il poursuit l'arrière-garde de Wellington sur la chaussée de Bruxelles. — Arrivée tardive de l'armée française sur les hauteurs en deçà de la Belle-Alliance. — Sa position à la nuit. — Promesse de Bliicher au général anglais. — Résultat de la journée du 17 juin. — Observations.

Longtemps après le lever du soleil, le 17 juin, l'armée victorieuse à Ligny était encore dans ses bivacs. Napoléon n'avait pas osé une poursuite de nuit; et aucun ordre n'annonçait une

poursuite de jour. Seulement, Pajol, avec l'une de ses divisions, celle de Soult (1), et une faible division d'infanterie, celle de Teste (6e corps), avait été envoyé en reconnaissance sur la route de Namur; et une brigade de dragons, commandée par Berton (corps d'Excelmans), appuyait ce mouvement.

La victoire était suivie des longs retards qui l'avaient précédée; et, avec ces retards, revenaient les étonnemenls, les murmures de tous. Ne pas poursuivre le vaincu l'épée dans les reins, lui laisser le temps de se reconnaître, de se reformer, de rallier ses renforts, c'était chose si étrange pour les légions rompues à la tactique napoléonienne! « Le Napoléon que nous avons connu n'existe plus, disait rudement Vandamme à ses officiers; notre succès d'hier va rester sans résultat. » Vandamme était devenu frondeur. Mais Gérard, tout dévoué au chef, exprimait la même pensée en d'autres termes ; « il déplorait d'incompréhensibles, d'irrémédiables lenteurs.»

Le soldat voyait déjà l'action de quelque noire trahison qui paralysait son énergie; car, à ses yeux, Napoléon était infaillible et infatigable.

Cependant, les combattants de la veille, répandus sur le champ de bataille conquis par leurs efforts, cherchaient dans les villages et à l'enlour les victimes de la lutte et relevaient les blessés. L'aspect de ce théâtre de carnage était horrible, ont dit les témoins oculaires. Dans les rues, les maisons, les jardins, les cadavres étaient par monceaux. La principale rue de Ligny était encombrée de débris humains écrasés, broyés sous les roues de l'artillerie, qui avait passé au galop sur les morts et les mourants; des rives du ruisseau au moulin de Bussy, on se heurtait, à chaque pas, aux cadavres et aux blessés.

Tout témoignait de l'acharnement de la bataille, de cette

(t) Frère du major général.

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