CHAPITRE ONZIEME
noms de quelques-uns; puis alla passer devant le front des régiments qui se formaient successivement sans armes sur l'emplacement de leurs bivacs et le saluaient d'acclamations enthousiastes. A chaque instant, il s'arrêtait pour adresser aux généraux, aux colonels, des paroles d'intérêt, de satisfaction.
Cependant, vers dix heures, il ordonna de diriger sur Marnais, à une lieue environ de Brye, le corps de Lobau, diminué de la division Teste, alors avec Pajol, et précédé des divisions de cavalerie Subervie et Domon. C'était un jalon sur la route des Quatre-Bras. Une heure plus tard, la garde impériale et le corps de Milhaud allèrent rejoindre Lobau.
La revue continua. Quand elle fut terminée, « Napoléon mit pied à terre et causa longuement avec le général Gérard et le maréchal Grouchy de l'état de l'opinion à Paris, du corps législatif, des jacobins et de divers autres objets tout à fait étrangers à ceux qui semblaient devoir l'occuper exclusivement dans un pareil moment (1). »
Cette singulière conversation fut interrompue par le retour d'un parti de cavalerie tardivement envoyé en reconnaissance vers les Quatre-Bras (2). Il rapportait que les Anglais y étaient encore. L'esprithésitantdeNapoléon fut fixé, sa résolution prise.
Mais, comme la veille, il avait perdu la moitié de la journée dans l'inaction.
Le major général écrivit ensuite à Ney :
* « En avant de Ligny, le 17 juin, à raidi.
» Monsieur le maréchal, l'empereur vient de faire prendre
(1) Observations sur la Relation dclacamp. de 1815 publiée par le général Gourgaud, et Réfutation, etc., par le comte de Groucby.— Paris, 1819.
(2) Dans une intention facile à comprendre, Napoléon (Campagne de 1815, par Gourgaud) porte le retour de celle reconnaissance « vers dix beures. » Grouchy, invoquant le témoignage du général Bernard, aide de camp de Napoléon, et alors prés de celui-ci, dit qu'elle rentra « vers midi. » (Observations sur la Relation de la campagne de 1815, etc., par le comle de Groucby.)
position, en avant de Marnais, à un corps d'infanterie et à la garde impériale. Sa Majesté me charge de vous dire que son intention est que vous attaquiez les ennemis aux Qualre-Bras pour les chasser de leur position; et que le corps, qui est à Marnais, secondera vos opérations. Sa Majesté va se rendre à Marnais; et elle attend vos rapports avec impatience. »
L'armée fut divisée, dès lors, en deux parties inégales: l'une, de soixante et douze mille quatre cent quarante-sept hommes et 240 bouches à feu, fut destinée à agir sous les ordres immédiats de Napoléon; l'autre, de trente-trois mille trois cent dixneuf hommes et 96 bouches à feu, passa sous le commandement du maréchal Grouchy.
La première comprenait les corps réunis à Frasnes, le 6e corps, moins la division Teste, la garde impériale, les divisions Domon et Subervie, détachées du corps de Vandamme et de celui de Pajol, les cuirassiers de Milhaud (1).
La seconde était formée des corps de Vandamme, de Gérard, de la division Teste, détachée du 6e corps, de celui d'Excelmans, de la division Soult (corps de Pajol) (2).
(1) Déduction faite des pertes du 15 et du 16 :
Hommes. Bouches à feu.
1er corps 19,959 toutes armes comprises. 16
2e id 15,761 » » » 58
6e id 7,748 » » » 24
Garde 19,884 » » » 96
Division Domon .... 900 » » » 6
» Subervie. . . . 1,592 » » » 6
Corps de Milhaud. . . . 5,594 » » » 12
w deKellermann . . 5,429 » » » 12
Total. . . 72,447 toutes armes comprises. 240
(2) Déduction faite des pertes du 15 et du 16 :
Hommes. Bouche* à feu.
5e corps 15,847 toutes armes comprises. 52
4e id 12,509 » » » 58
Division Teste 2,717 » » » 8