CHAPITRE ONZIEME
Mais, comme il l'avait prévu, beaucoup de temps allait s'écouler avant que les troupes lussent prèles à marcher.
Il venait de s'éloigner pour prescrire les dispositions nécessaires, quand Napoléon reçut de nouveaux rapports qui le déterminèrent à préciser un peu les vagues instructions données verbalement tout à l'heure.
Ces rapports avaient probablement été expédiés par le général Berton. Envoyé d'abord, à la suite de Pajol, sur la chaussée de Namur, Berton avait été porté plus tard en observation sur Gembloux et apercevait maintenant un corps prussien nombreux, arrêté un peu au delà de celte ville (1).
Le général Bertrand (2) , parlant au nom de l'empereur, écrivit de Ligny même à Grouchy :
« Monsieur le maréchal, rendez-vous à Gembloux avec le corps de cavalerie de Pajol (suit rémunération de toutes les forces mises sous les ordres de Grouchy). Vous vous ferez éclairer sur la direction de Namur ctde Maestricht; et vous poursuivrez l'ennemi. Eclairez sa marche et instruisez-moi de ses manœuvres, de manière que je puisse pénétrer ce qu'il veut (aire. Je porte mon quartier général aux quatre chemins (Quatre- Bras), où ce malin étaient encore les Anglais. Notre communication sera donc directe par la route pavée de Namur. Si l'ennemi a évacué Namur, écrivez au général commandant la 2e division militaire à Charlemont, de faire occuper cette place par quelques bataillons de garde nationale et quelques batteries de canon qu'il formera à Charlemont.
» Il est important de pénétrer ce que l'ennemi veut faire : ou il se sépare des Anglais, ou ils veulent se réunir encore pour couvrir Bruxelles et Liège, en tentant le sort d'une nouvelle bataille... »
(1) Précis historique, militaire et critique des batailles de Flcurus et de Waterloo, etc., par le maréchal do camp Berton. — Paris, 1818.
(2) Bertrand était, ou so le rappelle, grand maréchal du palais impérial.
Il suffit de lire cette lettre pour reconnaître que Napoléon était encore dans le doute sur la direction prise par l'armée prussienne, sur les mouvements, les projets de Blùchcr. Il admettait, on le voit, la possibilité de la réunion des deux armées ennemies « pour couvrir Bruxelles. » Il aurait dû en conclure la nécessité de faire éclairer fortement et au loin la direction de Ligny à Mont-Saint-Guibert, conduisant, par Wavre, sur Bruxelles. Cependant, il n'en faisait pas l'objet d'une recommandation spéciale à Grouchy; et lui-même n'avait envoyé de reconnaissance que sur la direction de Namur.
Livré à ses propres inspirations, Grouchy ne répara pas l'oubli inconcevable du commandant en chef. Il avait l'ordre de se rendre à Gembloux ; il ne pensa pas à autre chose.
Excelmans alla rejoindre, avec le reste de sa cavalerie, la brigade de Berton, en observation près de celte ville.
Mais il était déjà deux heures, quand Vandamme s'ébranla de Saint-Amand pour s'y porter. La pluie tombait par torrents; elle continua toute la journée. La marche fut très-pénible et très-lente, surtout pour l'artillerie. Il était près de neuf heures, quand Vandamme parvint à Gembloux, ayant mis ainsi sept heures pour faire trois lieues et demie.
Le mouvement de Gérard, qui suivit sa trace, ne fut pas moins lent : à dix heures seulement, il prit son bivac près et en deçà de Gembloux. « Pourtant, a-t-il dit, et on peut le croire, les troupes étaient arrivées aussi vite qu'il était humainement possible par une pluie torrentielle et d'épouvantables chemins (l). »
Pendant que ses deux lieutenants s'avançaient si péniblement sur des traverses défoncées, Grouchy avait gagné Gembloux et en avait interrogé les habitants. Il n'avait obtenu que des renseignements douteux, incomplets. Le corps de Thiel-
(1) Quelques documents, etc., par le général Gérard. — La chaussée qui relie, maintenant, Gembloux et Sombrefle n'existait pas encore.