CHAPITRE ONZIEME
mann était resté près de la ville jusqu'à deux heures après midi, puis s'en était éloigné; on ne savait, au juste, dans quelle direction. Excelmans, après avoir traversé Gembloux, s'était arrêté à une lieue au delà, à Sauvenière, et n'était pas mieux renseigné.
Pajol s'était avancé, le matin, on l'a vu, jusqu'à Mazy, sur la chaussée de Namur, où il avait enlevé une batterie et ramassé quelques fuyards. Il s'était rabattu ensuite, à gauche, sur Saint-Denis, y avait fait une très-longue halte, et en était revenu par Bossières s'établir au bivac à Mazy. Lui, non plus, n'envoyait au maréchal aucune nouvelle précise.
La perplexité de Grouchy dut être grande. Il devait « ne pas perdre de vue les Prussiens; » et il ne les avait point encore aperçus; il devait « les poursuivre, les joindre, compléter leur défaite; » et il ignorait jusqu'à la direction par où leur retraite s'opérait.
A la nuit, il prescrivit à Excelmans de bivaquer à Sauvenière et de pousser six escadrons surSart-lez-Walhain et trois autres à l'est de ce village, sur Perwez.
Vandamme s'établit entre Gembloux et Sauvenière.
Il reçut l'ordre de se mettre en marche, le lendemin malin, à six heures, pour se porter un peu en avant de Sart-lez-Walhain (1), précédé par Excelmans et suivi par Gérard. Pajol dut partir de Mazy, une heure plus tôt pour se rendre à Grand-Leez.
A dix heures, Grouchy écrivit à Napoléon une dépêche qui exposait clairement ses incertitudes sur les mouvements de l'armée prussienne.
« Sire, disait-il, j'ai l'honneur de vous rendre compte que j'occupe Gembloux et que ma cavalerie est à Sauvenière. L'ennemi, fort d'environ trente mille hommes, continue son mouvement de retraite...
« Il paraît, d'après tous les rapports, qu'arrivés à Sauve-
(1) Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, Gemhloux, 17 juin.
nière, les Prussiens se sont divisés en trois colonnes: l'une a dû prendre la route de Wavre, en passant par Sart-lez-Walhain; l'autre colonne paraît s'être dirigée sur Perivez. On peut peut-être en inférer qu'une portion va rejoindre Wellington et que le centre, qui est l'armée de Blùcher, se retire sur Liège, une autre colonne avec de l'artillerie ayant fait son mouvement de retraite sur Namur.
« Le général Excelmans a ordre de pousser, ce soir, six escadrons sur Sart-lez-Walhain et trois escadrons sur Perwez. D'après leur rapport, si la masse des Prussiens se retire sur Wavre, je la suivrai dans cette direction, afin qu'ils ne puissent gagner Bruxelles, et de les séparer de Wellington. Si, au contraire, mes renseignements prouvent que la principale force prussienne a marché par Perwez, je me dirigerai, par cette ville, à la poursuite de l'ennemi. »
Ainsi, en ce moment, Grouchy ignorait la direction prise par la masse de l'armée de Blùcher.
Cette armée avait bien utilisé le long répit donné par le vainqueur. Immédiatement après sa défaite, elle avait commencé, on l'a vu, à battre en retraite.
Laissant plusieurs bataillons autour de Brye même, dont les entrées étaient barricadées, et d'autres bataillons en intermédiaires, Zieten et Pirch I s'étaient dirigés sur Tilly, village à cinq quarts de lieue du champ de bataille, et y avaient bivaqué, s'étendant jusqu'à Gentinnes et Mellery, où Blùcher avait porlé son quartier général. Thielmann avait son corps réuni entre Sombreffe et le Point-du-Jour.
Mais, comme la nuit allait finir, Zieten, Pirch I, Thielmann s'étaient ébranlés pour prolonger leur retraite. Blùcher appelait toute son armée sur Wavre.
Zieten avait pris par Villeroux et Mont-Saint-Guibert, cheminant sur de mauvaises traverses; avait atleint Wavre vers dix heures du malin cl y avait passé la Dyle pour aller prendre position un peu en amont de celle ville, à Biergcs.