CHAPITRE ONZIEME
depuis la veille. Cette immobilité était un indice à peu près certain que Bliïcher avait échoué contre Napoléon; car laretraite de celui-ci aurait entraîné forcément celle du maréchal Ney. Mais, si Bliïcher avait été vaincu, comme il fallait le croire, maintenant, il avait dû battre en retraite et son mouvement laissait les Anglo-Hollandais en prise simultanément sur leur front et leur flanc gauche.
Il n'y avait pas une minute à perdre pour s'assurer de la réalité des faits de la veille et de la nuit. Wellington avait immédiatement envoyé en reconnaissance vers Brye, un de ses aides de camp, le lieutenant-colonel Gordon avec un détachement de hussards.
Gordon avait découvert les vedettes françaises un peu au delà de Marbais, sur la route de Namur, s'était jeté à gauche; et, bientôt après, guidé par les indications d'un paysan, il avait trouvé la trace des troupes prussiennes, et l'avait suivie jusqu'à Tilly, où le général Zieten lui avait appris la marche des Prussiens sur Wavre.
Vers sept ou huit heures, il avait rapporté cette grave nouvelle aux Quatre-Bras, au moment, à peu près, où le lieutenant Massow y arrivait avec des communications directes de Blùcher.
Le vieux maréchal , en annonçant sa défaite de la veille, assurait que son armée serait prête à combattre encore dès qu'il lui aurait fait distribuer des vivres et des cartouches (1).
(1) Geschichte des Feldzugs dcr Englisch-Hannovcriseh-Niedcrldndisch Braunschtveigischen armée, unter Herzog Wellington und der Preussischenarmée, etc., im jahre 1815. Stuttgart und Tubingen 1817. Onsaitque cet ouvrage est du général-major Muffling, Prussien attaché, pendant la campagne, à l'état-major deWellington.
Muffling dit qu'un officier expédié du quartier général de Blùcher à Wellington, pendant la nuit du 16 au 17 juin, fut tué en route.
Cette assertion a été répétée par tous les écrivains prussiens. Nous ne
Sur ces renseignements, Wellington avait décidé sa retraite dans la direction de Bruxelles; et, renvoyant à Blùcher le lieutenant Massow, il lui avait fait dire qu'il attendrait la bataille, le lendemain, sur la position de Mont-Saint-Jean, en avant de la foret de Soignes, s'il apprenait qu'il pût compter sur l'appui de deux corps prussiens (1).
L'armée anglo-hollandaise était encore divisée en quatre groupes: 45,000 hommes aux Quatre-Bras; 21,000 sur Nivelles; 6,000 à Braine-le-Comte; 10,000 à Enghien, sous le prince Frédéric des Pays-Bas ; le reste, en route de Bruxelles sur les Quatre-Bras. Wellington , on le voit, persistait dans la crainte d'être attaqué par sa droite.
Il expédia l'ordre, aux troupes rassemblées à Nivelles, d'en partir à dix heures, et de se porter à Mont-Saint-Jean en suivant la chaussée qui relie ces deux points, et en détachant la brigade de cavalerie Estorff sur Hal ; à celles qui étaient à Braine-le-Comte, d'y rester jusqu'à nouvel ordre; au prince Frédéric, d'aller prendre position à Hal.
Tout ce qui se trouvait aux Quatre-Bras dut être prêt à se mettre en mouvement à dix heures.
A ce moment (2), en effet, Wellington commença sa retraite, pour gagner Mont-Saint-Jean. Elle fut masquée, d'abord, par la division Alten et quatre ou cinq bataillons, presque tous de Brunswick; mais, vers midi, cette infanterie se retira, et il ne resta plus que la cavalerie d'Uxbridge, qui prit position sur
l'avons pas accueillie. Elle nous a paru imaginée pour dissimuler l'oubli commis par l'état-major de Bliicher.
Les écrivains prussiens ont donné le nom de l'officier qui parvint aux Quatre-Bras. Pourquoi n'ont-ils pas fait de même pour celui qui, à leur dire, aurait été tué en s'y rendant?
D'ailleurs, les nouvelles importantess'envoient toujours en duplicata, au moins.
(1) The dispatches, etc.
(2) Rapport du duc de Wellington au comte Batliurst.