‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 116 sur 261 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

la cavalerie anglaise. Napoléon , qui avait suivi le corps de Milhaud, lui ordonna de se déployer sous la protection de quatre batteries, et de faire mine de charger. Cinquante ou soixante bouches à feu, immédiatement démasquées, apprirent ce qu'on voulait savoir : l'armée anglo-hollandaise était là.

II aurait fallu deux heures de jour de plus pour pouvoir l'attaquer, a dit Napoléon. Deux heures! il en avait perdu huit le matin!

Mais deux heures même n'auraient pas suffi. Notre infanterie, attardée par la pluie, par les boues, était encore éloignée; d'Erlon et Lobau n'arrivèrent que vers huit heures à hauteur de Plancenoit. L'armée reçut, alors, l'ordre de prendre ses bivacs; et la nuit était close depuis longtemps quand elle eut achevé de s'y établir. Beaucoup de fantassins étaient encore éparpillés en arrière et ne rejoignirent qu'à la longue.

Le \ er corps à droite, le 6e à gauche, furent en première ligne de Plancenoit à Mon-Plaisir, la garde et les réserves de cavalerie en seconde ligne. Le corps de Reille s'était arrêté à Genappe. Il devait en partir le lendemain, au point du jour, pour rallier l'armée.

Napoléon plaça son quartier général à la ferme du Caillou, qui touche au hameau dit la Maison-du-Roi et traversé par la chaussée de Bruxelles.

Wellington eut le sien à Waterloo, village sur cette même chaussée, à seize kilomètres de la capitale de la Belgique.

Son armée occupait la position de Mont-Saint-Jean, à une lieue en avant de Waterloo. Cette position, il l'avait signalée, depuis près d'un an, comme très-avantageuse pour y disputer l'accès de Bruxelles (1); il l'avait soigneusement reconnue depuis plusieurs semaines ; et il était résolu à y recevoir la

(1) Mémorandum sur la défense des Pays-Bas, adressé à lord Balhurst' (The dispatches, etc.)

bataille, si Bliicher lui assurait le concours de deux corps prussiens, comme il le lui avait fait demander dans la matinée.

La réponse de son allié venait d'arriver à Waterloo. Elle était digne de lui : « J'irai vous rejoindre non-seulement avec deux corps, mais avec mon armée tout entière; et, si l'ennemi ne vous attaque pas le 18, nous l'attaquerons ensemble le 19(1). » Quelle confiance après une défaite! quelle énergie dans un vieillard presque septuagénaire, encore souffrant, tout meurtri d'un accident qui avait failli lui coûter la vie! C'est par ces efforts extrêmes d'activité, ces audaces de résolution, qu'on ramène la victoire sous les drapeaux qu'elle a désertés.

Wellington écrivit au prince Frédéric des Pays-Bas de faire toutes ses dispositions, à Hal, pour y opposer, au besoin, la plus vigoureuse résistance. Il expédia, en outre, au général Colville, l'ordre de partir le lendemain matin, au point du jour, de Braine-le-Comte avec les deux brigades de sa division qui y attendaient de nouvelles instructions, et de rallier le prince Frédéric, sous le commandement duquel il passerait.

Hal est sur la chaussée de Mons à Bruxelles par Braine-le- Comte, à plus de trois lieues, en ligne droite, de Mont-Saint- Jean.

Le chef de l'armée anglaise craignait toujours un mouvement des Français par sa droite.

La journée du 17 juin était tout à l'avantage de l'ennemi

Bliicher avait concentré toute son armée sur Wavre sans coup férir et lui avait donné un repos bien utile pour se reconnaître, rallier ses traînards, serrer ses rangs, reconstituer ses cadres brisés parle feu et refaire ses munitions.

Wellington, après un engagement insignifiant de cavalerie, avait gagné, avec la plus grande partie de ses forces (il n'avait dépendu que de lui de les y avoir toutes), une position étudiée, choisie par avance; et se trouvait à hauteur de l'armée prus-

(I) (Jcschichtcdcs Feldzugs, etc., par Mutlling.

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