‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 117 sur 261 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

sienne, séparé d'elle par une distance de trois lieues en ligne droite, que Bliicher lui promettait, en toute assurance, de franchir à temps, malgré la difficulté des chemins.

La veille, il est vrai, les deux généraux étaient un peu plus près l'un de l'autre et communiquaient par une belle chaussée. Mais, alors aussi, Ney était très-rapproché de Napoléon, et, de plus, celui-ci avait les Prussiens, celui-là les Anglo-Hollandais immédiatement en face.

Maintenant, au contraire, l'armée française était divisée en deux masses éloignées l'une de l'autre de plus de cinq lieues en ligne droite; et Grouchy ignorait, jusqu'à la direction prise par Bliicher, qui se trouvait déjà à une marche de lui.

Le succès de Ligny, loin d'avoir été agrandi, complété, se trouvait amoindri.

C'était la conséquence des irrésolutions, des lenteurs de Napoléon.

Sa conduite, pendant la première partie de la journée du 17 juin, est si injustifiable, que plusieurs, parmi ses apologistes, ont à peine essayé d'en atténuer les torts. Mais luimême n'a pas reculé devant la difficulté d'une justification complète. II a rejeté la faute de son inertie sur Ney, sur Grouchy; et il a bâti, pour les accabler, tout un système de faits controuvés, inventés de toutes pièces.

Ney eut un tort, grave il est vrai; mais il n'en eut pas d'autre : il négligea de rendre compte promptement de l'issue du combat des Quatre Bras.

Grouchy eut un tort non moins grave : il suivit l'exemple de Napoléon, ne fit pas reconnaître la direction de Ligny à Wavre par Mont Saint-Guibert.

Voilà la part exacte des lieutenants. Mais celle du chef...!

Il aurait dû informer rapidement Ney du résultat de la bataille de Ligny, suppléer à la négligence du maréchal en envoyant chercher à Frasnes les rapports qui n'en venaient pas. Il n'en fit rien. Durant toute la nuit et une grande partie

de la matinée, les deux quartiers généraux, à moins de trois lieues l'un de l'autre, n'échangèrent pas une seule communication.

Il ne faut en accuser que le maréchal Soult, le major général, ont dit quelques-uns. Soult était un des caractères les plus détrempés par les événements. Dans cette courte campagne, il ne se montra pas à la hauteur de ses antécédents militaires. Cela est vrai, mais n'excuse pas le chef de l'armée française. La mission du chef est d'ordonner et de s'assurer de l'exécution de ses ordres.

- Napoléon aurait dû expédier, pendant la nuit, des espions, et, dès les premières lueurs du jour, de grandes reconnaissances sur toutes les directions par où les Prussiens avaient pu se retirer et surtout sur celles qui conduisaient vers la ligne d'opérations des Anglo-Hollandais; il n'en envoya qu'une seule, et sur la route de Namur. Faute énorme!

Les Mémoires cherchent à la dissimuler, disant : « A la pointe du jour du 17,1e général Pajol, avec une division de la cavalerie de son corps et la division d'infanterie Teste, se mit à la poursuite de l'armée prussienne dans la direction de Wavre, par les routes de Tilly et de Gembloux(\) ; » tandis que Pajol et Teste furent dirigés sur la chaussée de Namur (2), où ils prirent, on se le rappelle, une batterie et quelques équipages.

A la pointe du jour, les reconnaissances n'auraient pas eu à pousser bien loin pour trouver l'armée prussienne; car, d'un côté, elle retirait, alors, ses derniers bataillons des abords de Brye, et, de l'autre, elle quittait à peine Sombreffe. Ses traces, d'ailleurs, étaient encore imprimées sur le sol mouillé par

(1) Mémoires, t. IX.

(2) « L'armée prussienne a été mise en déroute. Le général Pajol est à sa poursuite sur les routes de Namur et de Liège.» (Lettre déjà citée, écrite vers huit heures du matin, de Fleurus, par le major général à Ney.)

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