CHAPITRE ONZIÈME. 25b
fut instruit, il dut attendre le mouvement concentrique de Napoléon par Marnais; mouvement qui, fait à temps, aurait assuré la perte de Wellington.
Il est incontestable, néanmoins, qu'il aurait bien fait de marcher aux Anglo-Hollandais quand leur retraite se dessina nettement. Mais qu'en serait-il résulté? Que notre armée serait arrivée un peu moins tard sur les hauteurs au delà de la Maison-du-Roi ; que l'ennemi aurait perdu deux ou trois mille hommes au lieu de deux ou trois cents, car la poursuite dirigée par Napoléon n'eut pas d'autres conséquences. Or, cela n'aurait pas modifié d'une manière sensible le résultat de la journée : le temps aurait toujours manqué pour livrer bataille.
Un grand coup avait pu être frappé, le matin, sur les Anglo- Hollandais, et ne l'avait pas été. L'occasion manquée ne pouvait pas se retrouver le soir.
Grouchy a été sacrifié comme Ney, dans l'intérêt d'une justification impossible.
Napoléon, dans ses Mémoires, raconte, d'abord, le départ de Grouchy de manière à donner la conviction qu'il quitta Ligny vers le point du jour; puis il dit : « Le maréchal avait poursuivi Blùcher sur les routes de Mont-Saint-Guibert et de Gembloux; mais, des rapports lui ayant fait croire que la majeure partie de l'armée prussienne s'était retirée par Gembloux, il se porta avec ses principales forces sur ce point; il y arriva le 17, à quatre heures du soir; il y apprit que le corps de Bulow y était arrivé pendant la nuit. Il envoya des reconnaissances dans les deux directions de Wavre et de Liège, à la suite des deux arrière-gardes ennemies qui s'y étaient retirées. Cela fait, Grouchy fit prendre position à ses troupes; il n'avait, cependant, fait que deux lieues (1). Sur le soir, il reçut des renseignements positifs que les principales forces de l'ennemi étaient dirigées
(1) De Ligny à Gembloux, il y a dix kilomètres en ligne droite, plus de douze par chemins.
sur Wavre; mais il était plus de six heures, les soldats faisaient leur soupe, il jugea qu'il serait à temps, le lendemain, de suivre l'ennemi, qui se trouvait ainsi avoir gagné trois lieues sur lui (1). »
Ce récit dissimule bien, en chargeant Grouchy, l'inaction de Napoléon pendant la moitié de la journée et l'ignorance où, par suite de cette inaction, on resta de la direction prise par l'armée prussienne. Mais il ne résiste pas à l'examen.
Grouchy reçut, à midi passé, son commandement.
Il se mit, non à la poursuite, mais à la recherche des Prussiens; ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
Ses deux corps d'infanterie ne s'ébranlèrent qu'à deux heures et à trois (2), de Saint-Amand et de Ligny, par les causes que nous avons dites et qui ne lui sont pas imputables.
Il ne fit pas marcher une seule colonne « sur la route de Mont-Saint-Guibert, » et il eut tort, nous l'avons dit, d'imiter en cela Napoléon.
Il se porta sur Gembloux avec ses principales forces, non parce que « des rapports lui avaient fait croire que la majeure partie de l'armée prussienne s'était retirée sur ce point, » mais parce que Napoléon lui en avait donné l'ordre formel par écrit (3).
Il n'y arriva pas « à quatre heures du soir avec ses forces, » mais à neuf et à dix.
Il n'y apprit pas « que le corps de Biïlow y était arrivé
(1) Mémoires, t. IX.
(2) « Le 4e corps reçut vers midi et demi, le 17, l'ordre de se mettre en mouvement vers Gembloux, en suivant le 3e corps. Le général Hulot, qui formait la tête de colonne, fut obligé d'attendre que la gauche du général Vandamme eût déblayé, pour pouvoir se mettre en route. Ce n'est que vers trois heures qu'il a commencé à marcher ; il a constamment serré sur le 3e corps. (Quelques documents, etc., par le général Gérard.)
(3) « Monsieur lemaréchal, rendez-vous à Gembloux avec le corps dePajol (suit l'énumération des corps mis sous le commandement de Grouchy). » (Instructions signées par Bertrand au nom de Napoléon. — Voir page 219.)